La montée de la haine nous concerne tous !

-- Justice et injustices --

Chronique de Yvon Ollivier
Porte-parole: Yvon Ollivier

Publié le 2/11/19 14:10 -- mis à jour le 02/11/19 14:25

La montée de la haine nous concerne tous !

On n’entend plus parler que de déclin de l’Occident, fin du monde, chaos économique et financier en raison d’une dette démentielle. Les collapsologues s’en donnent à cœur joie sur la fin programmée de l’humanité, non sans quelque solides raisons.

La crise de confiance est mondiale mais elle touche plus particulièrement la France. La France et son système étatique et protecteur sont minés de l’intérieur et ne reposent plus que sur l’endettement. La République a échoué sur son seul vrai terrain, celui de l’égalité. Elle ne sert plus qu’à légitimer la domination du centre et de ses élites technocratiques sous la férule discrète des forces du cac 40. La France n’a jamais été aussi inégalitaire, travaillée par de multiples discriminations. Quel échec cinglant !

L’économie française ne tardera pas à s’effondrer lorsque la bulle formée par la politique monétaire permissive depuis des années, nous explosera à la figure. Ce ne sont donc pas les raisons qui manquent de désespérer.

Mais il en est une autre, beaucoup plus grave encore à mon sens et qui menace de tout emporter : la montée irrépressible des haines. Désormais, nous savons que la vie commune entre Français de souche et musulmans ne fait plus sens. Les Français ne veulent plus vivre avec les musulmans, à moins qu’ils demeurent invisibles. S’ils restent attachés aux grands principes de non-discrimination, ils trouvent très majoritairement qu’il y a trop d’étrangers en France et que les musulmans constituent la menace. L’affaire du voile lors des visites scolaires le démontre bien. Tous les sondages vont dans la même direction : plus de 70% des Français veulent sa suppression. Les politiques ne sont pas en reste puisque le Sénat vient de voter l’interdiction des signes religieux ostensibles lors des voyages scolaires. Et sous le coup du rejet, la communauté musulmane est tentée par la radicalisation. Si elle fait mine de lutter contre le communautarisme et l’islamisme, il va de soi qu’elle se sent de moins en moins française.

Qu’y a-t-il de si grave pourtant dans ce bout de tissu porté par les mères de famille dans leur vie quotidienne ? Leur visage n’est aucunement masqué. Vraiment pas de quoi terrasser la République que de les voir accompagner leurs enfants en visite scolaire. Ce serait même attenter à la République que de les priver de ces moments précieux passés avec leurs enfants dans un contexte éducatif en lien avec l’école. Dans certains quartiers, cette interdiction conduirait à priver les enfants de toute sortie scolaire. C’est la raison qui devrait triompher au service d’une possible vie commune entre gens de confession différente.

Mais il est vrai que Daesch est passé par là. Nous sommes nombreux à ne plus voir le salafisme de la même manière, suite au déferlement terroriste. Comme beaucoup, je considère que le salafisme entretient une vision du monde, totalitaire, irréconciliable avec la démocratie et la tolérance. La vie en société ne paraît plus possible dans ces conditions.

Mais faut-il pour autant cultiver l’amalgame et en faire payer le prix à toutes les femmes de confession musulmane qui n’ont que le tort de porter dans leur vie de tous les jours un bout de tissu rappelant qu’elles sont musulmanes ?

Je ne le crois pas. La volonté exprimée de faire de l’espace public éducatif un sanctuaire républicain n’est que le paravent d’une haine de tous les jours, inexprimable ou voilée de l’impératif de laïcité.

Le bout de tissu rappelle qu’elles sont musulmanes à des gens qui très majoritairement haïssent cette religion et ses pratiquants.

La religion musulmane est en passe de se retrouver illégale sur la place publique et confinée dans l’invisibilité la plus parfaite des consciences.

Pour l’instant, le Président Macron tient bon, mais il ne pourra trop longtemps s’éloigner de la volonté des Français. Des signes nous montrent qu’il est en train de glisser.

La digue tiendra d’autant moins que la France a échoué définitivement sur le terrain de l’égalité. A part la haine, qu’est-ce qui pourra encore maintenir l’unité de l’ensemble France ?

Nous avons amorcé un long glissement vers la haine et plus rien ne l’arrêtera. A terme, l’extrême droite viendra au pouvoir de manière inéluctable, à l’instar de ce que nous voyons un peu partout en Europe et aux Etats-Unis.

Partout la démocratie recule devant les forces populistes qui ne rechignent plus à exacerber les peurs bien présentes, à grand renfort de fake, d’odieux matraquage médiatique sur la toile.

Le combat pour l’égalité est perdu. Le clivage gauche droite a vécu. Il ne reste que la haine. Mais la haine est une spirale infernale qui requiert toujours son tribut. C’est le fameux mécanisme du bouc émissaire théorisé par René Girard, et nous deviendrons tous les jouets de cette dynamique délétère.

Comme la situation ira de mal en pis, le pouvoir s’éloignera de la démocratie et des valeurs de tolérance pour jeter au bon peuple en pâture l’hydre communautariste au nom des belles valeurs républicaines. Le glissement sémantique de la lutte contre l’islamisme vers le communautarisme en dit long sur le fait que les musulmans ne seront pas les seuls à en payer le prix.

La pression souverainiste augmente déjà sur nos épaules, comme en atteste l’introduction récente et exclusive du drapeau français dans nos classes d’école, dans le silence total de nos élus bretons.

Vous aurez compris mon pessimisme viscéral quant à l’évolution de la société française. Ce sont les risques de cette dérive infernale que j’ai voulu souligner par le roman « Les frères Kerveguen ».

Avec le rassemblement national au pouvoir, on peut être certain que très rapidement, les vieilles minorités comme la nôtre paieront le prix fort, prenant figure de l’éternel victime expiatoire. Le peu de Bretagne qu’il nous reste, deviendra, aux yeux de la majorité des Français, d’autant plus intolérable et menaçante que l’identité française aura perdu toute signification. Seule la mort du bouc émissaire lui donnera sens.

De droite et de gauche ressortiront les coupeurs de tête, réunis par la même haine que celle qui glace le regard des journalistes turcs célébrant le viol et le massacre odieux de la jeune kurde Hevrin Khalaf.

Et si j’avais raison ?

Yvon OLLIVIER

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