-- Economie --

La ligne aérienne Lannion-Orly très menacée

Chronique de Jean-Jacques Monnier (porte parole Jean-Jacques Monnier) publié le 21/02/18 19:51

« Si nous n’avions plus d’aéroport, comment voulez-vous faire venir des entreprises ? »

C’est la déclaration à la presse de la regrettée députée Corinne Erhel en 2014, lorqu'elle se battait pour obtenir une prolongation de l'aide de l'Etat.« Depuis près de 60 ans, la ligne a permis de maintenir la recherche et des industries de pointe dans le Trégor. La Cour des comptes reconnaît qu’il faut maintenir l’aéroport quand la liaison par train vers les aéroports de Paris demande plus de 3 heures (1). Lannion est actuellement à 3h34 de Paris en moyenne par train. C’est pour cela que la ligne aérienne reçoit encore une aide de l’Etat au titre de l’aménagement du territoire, beaucoup moins élevée toutefois que celles de Brive, Aurillac et Agen.

Lannion est à 3h34 en moyenne de Paris-Montparnasse, les conditions d’une suppression ne sont donc pas remplies et l’Etat continue à subventionner la ligne.

On invoque la baisse de la fréquentation, normale puisque la compagnie Hop a annulé 42% des derniers vols qu’elle a assurés. La Chambre de commerce a brutalement diminué son aide. L’aide du Département a également été comptée : 8 fois moins par passager que pour Saint-Brieuc. S’ajoutent les recours judiciaires de la compagnie concurrente.

Bien que proposés tardivement, les vols du week-end vers Pau sont un succès. Beaucoup avaient déjà réservé par train. L’an prochain, le plein succès était assuré. Autre cause : l’absence de solidarité départementale, des responsables ne manquant aucune occasion de cibler le déficit et la fréquentation en baisse. La solidarité aurait pu aussi jouer alors que le club de football local – largement aidé par la collectivité - utilise un charter à l’aéroport de St-Brieuc en faisant venir en heures supplémentaires le personnel de Rennes ou Brest alors qu’un tel personnel travaille à temps plein à Lannion.

L’un des centres de recherche de Lannion pousse son personnel à utiliser le train, ce qui a fortement baissé la fréquentation. Le personnel qui se rend à Marseille ou Toulouse met un jour de plus à faire l’aller-retour, d’où un jour de travail perdu. De quoi inciter ledit centre à embaucher dans les métropoles bien desservies du point de vue aérien, ce qu’il fait en annonçant des centaines d’embauches à Rennes.

Tout le monde semble avoir oublié que 30% des passagers d’affaires font du transit et changent d’avion à Orly, beaucoup des destinations n’existant pas encore à Brest. Pour eux non plus, le TGV ne présente aucun intérêt.

Le Trégor, aux activités de pointe loin des grandes villes, est menacé dans sa survie. Un centre de recherche ne peut vivre en autarcie, sans contacts avec l’extérieur. Raison de plus pour laisser à la compagnie quelques mois pour faire ses preuves et pour réfléchir, collectivement. Beaucoup d’entre nous ne prenons jamais l’avion. Ce n’est pas une raison pour ne pas penser à l’emploi des jeunes et moins jeunes dans le Trégor.

Le risque est bien qu'en raison des difficultés de transport, les grands centres de recherche et une partie des industries du Trégor se relocalisent dans les métropoles ou en Ile-de-France.

Il n'en va pas que de l'intérêt local, mais aussi de l'intérêt breton. Dans des secteurs de pointe comme l'optronique, le Trégor est en concurrence avec de grands centres de recherche français ou européens. C'est un atout pour la Bretagne et plusieurs milliers d'emplois sont en jeu.

(1) Cour des comptes, La grande vitesse ferroviaire, 2014

Contact pour un collectif : vivredeciderlannion @orange.fr

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©agence bretagne presse

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