La FUEN : un acteur essentiel et méconnu pour les nations européennes minoritaires

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Communiqué de presse de François Alfonsi
Porte-parole:

Publié le 12/09/21 17:16 -- mis à jour le 12/09/21 20:24

Connue par son acronyme anglais FUEN (Federal Union of European Nationalities) cette ONG a été créée après-guerre, en 1949. Fortement implantée en Allemagne et en Europe centrale, elle fédère des organisations représentant les minorités nationales issues de la nouvelle carte des Etats-nations surgie de l’éclatement de l’empire austro-hongrois : hongrois de Roumanie et de Slovaquie, minorités allemandes en Hongrie, en Roumanie, en Italie (Sud-Tirol), les Slovènes, qui sont représentés par un Etat depuis 1991, mais il existe aussi les Slovènes d’Italie et d’Autriche, ou encore les Frisons, partagés entre Allemagne et Pays Bas, ainsi que la minorité danoise en Allemagne, tout comme son homologue, la minorité allemande du Danemark, de l’autre côté de la frontière.

Le siège de la FUEN est à Flensburg, au nord de l’Allemagne (land du Schleswig-Holstein), là où vit la minorité danoise aux droits reconnus et respectés par l’Allemagne depuis un referendum d’autodétermination qui s’est tenu il y a un siècle, en 1921, pour délimiter la frontière entre les deux pays. A Flensburg se trouve également le siège du Centre Européen des Minorités (ECMI, European Centre for Minority Issues), organisation culturelle très active autour de la question des minorités culturelles d’Europe.

Ces organismes bénéficient de financements du gouvernement allemand, de plusieurs länder allemands et autrichiens, de la région italienne du Sud-Tirol et de cotisations de ses organisations membres. Ils ont été à l’origine de l’Initiative Citoyenne Européenne « Minority SafePack » qui est une des rares ICE ayant réussi à franchir tous les seuils introduits par la procédure adoptée lors de la signature du Traité de Lisbonne en 2009. Cette ICE a provoqué un débat au Parlement Européen, puis le vote très majoritaire d’une résolution (524 voix contre 67) en sa faveur. Mais la Commission a refusé de donner une suite législative et réglementaire à ce vote.

Le Congrès 2021 de la FUEN s’est tenu à Trieste, grand port européen, ancien débouché maritime de l’Empire austro-hongrois, historiquement slovène et situé en territoire italien. J’y ai été invité par son Président Lorant Vincze, député européen issu de la minorité hongroise de Roumanie, membre du PPE (droite européenne désormais séparée du Fidesz de Viktor Orban). Avec Lorant Vincze, nous co-présidons l’Intergroupe des Minorités et des Traditions Nationales au sein du Parlement Européen.

Accueillis par la sénatrice de la minorité slovène d’Italie, ce Congrès a été l’occasion de vérifier la qualité de l’organisation et des interlocuteurs institutionnels de cette ONG qui est accréditée aussi bien auprès du Conseil de l’Europe que des Nations Unies. Au débat auquel j’avais été convié participait également le Rapporteur Spécial des Nations Unies sur les questions relatives aux minorités, le québécois Fernand de Varennes.

Pour tous les intervenants le constat est commun d’un durcissement des Etats centraux et d’un recul général de l’attention portée aux droits des minorités dans le monde, et particulièrement en Europe. L’attitude de la Commission Européenne a été très critiquée, qui a évacué le Minority SafePack d’un revers de manche, alors qu’il était porté par 1,2 million de signatures de citoyens émanant de tous les pays d’Europe, et alors qu’il était soutenu par le Parlement Européen et par plusieurs parlements nationaux dont le Bundestag en Allemagne.

La censure par le Conseil constitutionnel en France de la loi Molac a été elle aussi mise en exergue : comment peut-on en arriver à censurer au nom de principes constitutionnels une simple méthode éducative indispensable à la sauvegarde des langues régionales ? D’autant plus que cette même méthode d’enseignement par immersion est par ailleurs tolérée pour une langue étrangère, en l’occurrence l’anglais, comme l’a rappelé dans son intervention Fernand de Varennes.

Ce Congrès a été occasion de nouer de fructueux contacts avec cette mouvance régionaliste enracinée dans le monde germanique et dans la plupart des pays de l’Europe Centrale. Et de favoriser une convergence des initiatives pour que la question des minorités soit mise en avant lors de la Conférence sur l’Avenir de l’Europe.

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Membre de Femu a Corsica et préside depuis 2014 l'Alliance libre européenne (ALE). Élu une première fois député européen le 7 juin 2009, Il est de nouveau élu député européen le 26 mai 2019, sur la liste Europe Écologie Les Verts.
Vos 2 commentaires
Kerbarh
Lundi 13 septembre 2021

Les états nations européens font la morale aux pays du monde entier mais sont incapables de respecter leur minorités.

Rafig
Lundi 13 septembre 2021

C'est facile les droits humains et la démocratie en République Française !
Elle ne connaît ni les autres langues, ni les autres peuples que le français.

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