La France en état de panique ?

-- Politique --

Point de vue
Par Christian Rogel

Publié le 2/08/14 11:08 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Panique dans la machine gouvernementale ?

Hier, 1er août, Manuel Valls, premier ministre, a expliqué que c'était les politiques économiques de l'Europe, pas assez axées sur la relance et l'emploi, qui plombaient la croissance de la France. Il faut fabriquer une raison à l'impuissance du gouvernement à tenir ses engagements sur le déficit budgétaire : ce sera 4,4% en 2014, loin des prévisions. Mais, assécher les recettes fiscales en poussant à l'augmentation du travail au noir est-il une bonne méthode?

Ce même jour, Marianne publie un sondage qui démontre que voir Marine Le Pen en tête du premier tour de l'élection présidentielle n'est plus inimaginable (MLP 27%, Sarkozy 26%, Hollande ou Valls 17%, centristes 13%). En clair, le Parti socialiste est menacé de ne plus être que l'appoint à une droite qui serait revancharde.

Panique au Parti socialiste ?

Le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, dit, sans vergogne, que c'est l'Europe qui fait monter le FN : « La France a fait des efforts, l'Europe ne veut pas en faire. Pas de croissance, pas de relance, pas de projet ». En clair, les dirigeants français ont toujours été meilleurs que les autres, mais, ceux-ci sont mauvais joueurs. On dirait du Poutine dans le texte.

Interrogé sur le fait que le PS pourrait mourir, il répond : « C'est une hypothèse qu'il faut envisager sérieusement. Si le PS ne se rénove pas et s'il ne (fait pas) l'unité des forces de gauche, (il peut se trouver comme) la SFIO finissante».  Notons que la SFIO finissante a fait une réforme territoriale, en décembre 1956, qui a séparé la Loire-Atlantique de la Bretagne. Toujours les mêmes marottes anti-bretonnes. Pour la chute du PS en Bretagne, voir (voir notre article) et (voir notre article).

Panique dans l'opposition parlementaire ?

L'opposition parlementaire de droite est presqu'aussi consternée par le sondage de Marianne, car elle n'est même pas sûre d'avoir reconstruit ses partis à l'échéance de 2017. Les scandales à l'UMP et la faiblesse congénitale de l'UDI créent trop de rancoeurs et de divisions. Elle sait que la victoire trop facile de Chirac en 2002 a été catastrophique pour la dynamique, si bien que devoir se réfugier dans les bras du matamore Sarkozy a été la punition de son indolence.

Comme l'explique Bernard Debré, député UMP, dans Marianne, une victoire de la droite risquerait d'arriver devant une Marine Le Pen à 40%, donc, un cauchemar total.

Panique générale en France ?

Pour le moment, les grands partis décadents et leurs annexes (EELV, Front de Gauche et UDI) refusent d'imaginer ce qu'une grande partie des citoyens entrevoit, la victoire de Marine Le Pen à la présidentielle. Il y aura pléthores de scandales de détournement d'argent et de corruption pour l'y aider. Le discrédit finit par toucher les élus de tous les niveaux.

Certains invoquent une unité nationale à maintenir, sans voir qu'au moins deux fractures graves l'ont reléguée aux antiquités et vont concourir à augmenter les votes FN. Il y a les populations reléguées dans les habitats sociaux et celles relégués dans les zones dites péri-urbaines et rurales, dans lesquelles elles n'ont plus droit aux services publics de base. Les premières zones vont être des foyers de tensions urbaines croissantes et les secondes vont rendre inaudible le discours de l'État central, car « citoyen de deuxième zone n'a pas d'oreille » et il sait qu'il n'y a plus d'argent.

Quand l'État alimente la panique

On découvrira, cet automne, que s'être lancé dans une réforme aussi improbable que celle des régions va se retourner contre ses promoteurs. En octobre, au moment où viendra une avalanche de mauvaises nouvelles, principalement des licenciements massifs (en Bretagne, dans le secteur de l'agroalimentaire et du bâtiment), le Parlement débattra du sexe des anges et paraîtra abandonner le front de la vraie vie.

En touchant à des limites qui sont plus ancrées dans le psychisme des gens qu'il ne le croit le gouvernement créée un traumatisme dans beaucoup de régions, témoin le grand succès de la pétition pour demander que l'Alsace ne soit pas fusionnée  (voir le site)  (1). L'incendie couve aussi en Languedoc-Roussillon, en Savoie et même dans le Nord-Pas-de-Calais, sans compter la frustration du Centre qui veut être Le Val de Loire. La Bretagne inquiète le gouvernement (voir notre article) et (voir notre article).

Panique = réactions de défense

Dans tout mouvement de panique, il y a ceux qui cherchent des solutions d'évitement. Cela incite à rêver à des refuges, voire à se désolidariser. A peu d'intervalle est apparue la même réflexion qui envisage que la machine de l'État s'effondre. Depuis l'Alsace et depuis la Bretagne, il était prophétisé que la prise de pouvoir par Marine Le Pen soit le signal de la décomposition de la France et que les régions concernées y gagneraient leur autonomie.

L'hypothèse d'un effondrement de l'État apparaît comme très osée, mais, en 1940, les gens n'en ont pas cru leurs oreilles et cela constitue un précédent. Faut-il imaginer que ce serait l'Allemagne qui viendrait jouer le rôle de Alliés ?

La politique française se décompose lentement depuis des dizaines d'années (depuis 1968? 1981? 2002?) et il faudrait plus qu'une opération de ravalement, du genre de la « réforme territoriale », pour y remédier. Au minimum, l'abandon du régime présidentiel et une vraie politique de transfert des pouvoirs locaux.

La pétition initiée par le maire UMP de Mulhouse, Jean Rottner, est crânement intitulée : « Nous, Alsaciens, devons prendre notre destin en main » et précédée du slogan : « Arrêtons de subir ! ».

Christian Rogel

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