La force tranquille du maire de La Remaudière
Interview de Philippe Argouarch

Publié le 12/08/09 6:31 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Un petit village peuplé d'irréductibles Gaulois ?... Non, un petit village breton peuplé d'irréductibles Bretons, résiste encore et toujours aux opérations subtiles et silencieuses de débretonisation du département de Loire-Atlantique qui, comme chacun sait, ne fait pas partie de la Bretagne administrative, mais d'une région « Pays de la Loire » créée de toutes pièces en 1957 avec les anciennes provinces de l'Anjou, du Maine et de l'ancien comté nantais qui faisait partie de la Bretagne depuis plus de 1000 ans.

Ce village est La Remaudière, tout près de la perle bretonne de Clisson, ce trésor historique fabuleux et méconnu, qui gardait d'antan le duché des invasions françaises. La Remaudière est au coeur du Vignoble Nantais, pas très loin du Maine-et-Loire (ancienne province de l'Anjou comme son nom ne l'indique pas).

En 2008, c'est Alan Coraud qui en est devenu le maire devançant 5 autres listes. Son premier acte, hautement symbolique, fut de hisser un Gwenn ha Du au fronton de la mairie. Approuvé d'ailleurs par l'ensemble des conseillers municipaux sauf un, nous précise Alan.

Coraud menait son combat pour sauver l'âme bretonne du Vignoble Nantais depuis déjà longtemps. Son nouveau mandat légitimise un peu plus sa vision des choses et donne plus d'aura à l'identité qu'il défend. Tout spécialement, il se bat pour conserver le label Muscadet, vin breton. Il refuse l'appellation « Val de Loire » qu'on essaye d'imposer aux viticulteurs du vignoble. Il avoue que "le Muscadet est dans une crise sans précédent à cause de sa perte d'identité, d'image, de référence à l'Océan, le Massif Armoricain, Le Pays Nantais , la Bretagne ....bref tout ce qui a fait son succès en Europe et dans une moindre mesure en France sauf les Bretons de Paris et de Bretagne qui s'identifiaient à leur vin ".

D'ailleurs il n'hésite pas à préciser que le NON est possible comme pour les paludiers de Guérande ou les professionnels du tourisme en Loire-Atlantique, qui ont bien compris ce qu'ils avaient à perdre s'ils abandonnaient, comme on le leur demandait, le label « Bretagne » – pour un vague et vide de sens « Pays de la Loire ». Malheureusement la majorité des viticulteurs du Vignoble Nantais « n'ont pas senti venir le danger » déplore Alan Coraud.

Alan place son combat sur le plan de la démocratie, pas sur celui du nationalisme. Il ne s'agit pas d'une lutte entre deux identités précise-t-il, mais d'un combat entre les démocrates et les républicains. Bien sûr, il ne s'agit pas là de « démocrates » et de « républicains » à la sauce américaine, mais bien du nouveau clivage de l'hexagone qui, progressivement, remplace l'ancienne gauche-droite.

Pour Alan, les républicains sont les partisans du système français, dit « jacobin », ce sont ceux qui parlent constamment des valeurs de la république mais qui ne font que défendre un ensemble de privilèges établis par une région, l'Île-de-France, qui a réussi à imposer sa langue, son droit, sa culture et surtout la subordination du reste du territoire à ses propres intérêts. Ce sont souvent de simples nationalistes français déguisés nous explique Alan – qui vient aussi de l'expliquer à un journaliste de L'Express venu tout spécialement l'interviewer à La Remaudière..

« Moi je suis un démocrate », affirme le Maire de la Rémaudière. Les démocrates étant ceux qui croient au respect du droit des minorités et à la dévolution, ceux qui croient en une démocratie véritable des citoyens, représentés par d'autres citoyens sans cumul de mandats, et consultés régulièrement par référendums à tous les échelons des collectivités. Là est la force tranquille du maire : sa conviction de se battre pour la démocratie. Conscient de faire avancer les choses, il admet que s'il s'était présenté sous l'étiquette d'un parti breton, il n'aurait pas été élu. Il regrette cette situation mais explique que ce n'est pas nécessaire pour agir. Il y a en effet des choses qui ne peuvent pas attendre.

Philippe Argouarch

Philippe Argouarch

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Philippe Argouarch est un reporter multi-média ABP pour la Cornouaille. Il a lancé ABP en octobre 2003. Auparavant, il a été le webmaster de l'International Herald Tribune à Paris et avant ça, un des trois webmasters de la Wells Fargo Bank à San Francisco. Il a aussi travaillé dans des start-up et dans un laboratoire de recherche de l'université de Stanford.
Vos 8 commentaires
baron yannig
2010-08-31 23:27:40
Bravo pour ce beau combat pour le démocratie dont les "républicains" mode french n'ont rien à cirer puisque pour eux elle s'arrête la où commence la raison d'état... Kenavo Y B
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Jack Leguen
2010-08-31 23:27:40
En réponse à Yannig, je ferais la remarque qu'il y a toutefois un point commun entre les républicains américains et les républicains français. Un républicain américain (du parti républicain) est souvent prêt à sacrifier la démocratie des autres si les intérêts économiques de l'Amérique sont en jeu. Il ne verra pas d'inconvenients à soutenir la monarchie féodal d'Arabie Saoudite ou autrefois des dictatures comme celles de Pinochet ou du Chah d'Iran si ca sert ses intérêts. Et ceci tout en se présentant un champion des libertés américaines garanties par sa constitution. Pour un républicain américain la démocratie s'arrête le plus souvent à la frontière du pays. La même chose est valable pour un républicain français, mais au niveau de la politique intérieure. Pour lui la démocratie est valide tant qu'elle ne remet pas en cause les privilèges de l'Ile de France. C'est une démocratie qui s'arrêterait aux limites de la région parisienne en quelque sorte. Sa politique, qu'il dénomme "unité de la République" ou "valeurs républicaines", est en fait absence de démocratie véritable dés qu'elle d'applique au reste de l'hexagone et encore plus aux DOT-TOM.
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Hervé Leray
2010-08-31 23:27:40
Merci pour cette interview trés sympathique d'Alan Coraud. Pourquoi pas un jour une autre inteview plus longue? , je suis sûr qu'il aurait beaucoup dechoses à dire et d'anecdotes qui pourraient marquer tous les Bretons. pour que les Bretons de "B4" se rendent compte à quel point nous sommes "colonisés" mentalement par les PDL !
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Jakez CASTREC
2010-08-31 23:27:40
La force tranquille n'est peut-être pas de mise. Mais les propos d'Alan Coraud sont à la fois évidents et rassurants. Je persiste à dire que le mouvement breton a pour devoir d'adopter une "discriminisation positive" pour le territoire appelé "Loire Atlantique".
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Léon-Paul Creton
2010-08-31 23:27:40
Monsieur Hervé Leray, c'est une interview non seulement sympathique de Mr Alain Coraud, mais aussi découverte d'un Breton de notre Bretagne du Sud, comme il nous en faudrait beaucoup à se lever en B4 pour refuser avec vous ce qui se passe chez-vous…chez nous.
Oui il en faudrait de ces Bretons, notamment dans les partis dits bretons, qui s'ils ne voient pas la nécessité d'unifier les efforts et de faire évoluer les combats à mener à la lueur de ce témoignage et engagement, n'ont plus aucune utilité… hors de cette voie, car condamnés à l'inefficacité. Il est consternant de constater que ces partis et organisations divers, qui auraient dû mettre a bas depuis longtemps toutes les conventions archaïques et figées concernant les alliances en politique, sont à ce point timorés et si peu progressistes dans une lutte qui nécessitait non conformisme, adaptation rapide, agilité intellectuelle contre tous les conservatismes dogmatiques, auxquels ils se sont conformés. Je suis de ces Bretons qui n'acceptent plus de voter pour des « 3 à 4% garantis » de moyenne aux élections, pour cette masse critique insuffisante au déclenchement d'une réaction significative du « Peuple Breton ». Les partis français que l'on sait, oh combien sclérosés, voient l'obligation qu'ils ont de réaliser des alliances que leurs rigidités n'ont pu imaginer par le passé. Et nous serions pires qu'eux ? Pour une cause sûrement plus vitale que la pérennité d'un parti ou le seul gain d'une (ou des) élection ?
Quotidiennement je m'informe de ce qui se passe en Loire Atlantique de Bretagne et par extension en Pédélie. La frustration et colère sont bien souvent au rendez-vous lorsque je vois ce qui s'y passe. Je le ressens de la même façon que les coups portés à mon identité dans mon Finistère, comme en tout autre endroit de Bretagne.
A wir galon
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jan michel
2010-08-31 23:27:40
;;;à monsieur Léon-Paul Creton : vous avez tout à fait raison ! Donc concrêtement,que proposez-vous ??? dans sept mois !! il y a les Régionales ! Que proposez-vous pour que les partits politiques Breton : UDB, Parti Breton, Emgan, Adsav arrivent à s'unir , à présenter un programme commun, une liste commune ???
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Léon-Paul Creton
2010-08-31 23:27:40
Oui ! Plus que sept mois avant de nouvelles régionales ! Et les étapes électorales se succèdent depuis plusieurs décennies, toutes aussi prévisibles les unes que les autres.
À vous lire Monsieur Jan Michel, je vous sens _tout comme moi-même et d'autres_ très préoccupé par les régionales de 2010 et que vous recherchez désespérément des propositions dont le concret magique transformerait le théorique, le virtuel, le rêve en réalité qui elle-même se devrait également et évidemment d'être concrète. Faire une proposition pour que les partis Bretons s'unissent ? Là vous m'embarrassez beaucoup car je ne crois pas qu'ils puissent avoir un jour proche, une conviction commune et proclamée, telle que celle-ci transcende les dogmes et les pratiques routinières qui se sont installées élections après élections. Mais je pense que c'est en refusant de continuer à les soutenir à coup de menus pourcentages dispersés que cela pourra pousser les Bretons nouveaux vers une force unique…Peut-être ! Une force solidaire et unifiée mais pas obligatoirement avec les partis existants qui peuvent être mis de côté car inefficaces et plus adaptés mais toujours utiles par la structure, à condition de changer les logiciels. En passant vous n'avez pas cité les Verts ?... Tirez-vous la conclusion qu'ils ne représentent pas un parti breton ? Les électeurs conscients et concernés doivent donc se retrouver dans une structure (eh oui !), qui remette en question les choix politiques et électoraux de ces partis, bref leur stratégie globale, et qu'elle s'impose éventuellement aux partis. Les partis ne sont plus des guides traçant la voie, l'ont'ils seulement été ces dernières décennies, en Bretagne, les électeurs de plus en plus nombreux…ont appris à lire et à penser un peu par eux-même.
Des forces unifiées pour un peuple et non un «électorat» au service de partis dispersés.
Mais je pense que c'est la réflexion, le travail collectif de ceux qui veulent se retrouver pour progresser enfin. Mais je pense que tous ces (les) partis doivent un jour se dire qu'ils n'ont plus un électeur de sûr, d'acquis… Et vous ? Quelle proposition concrète faites-vous
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Pierre CAMARET
2010-08-31 23:27:40
Tres bien .Seulement aujourdhui 22/8 ai ecoute l'interview de Alain CORAUD . Interview honnete et objectif .J'aime ce language .Mr CORAUD est un hero breton , qui dans sa dimension continue le combat . Il en faudrait 100 000 comme lui et les choses seraient differentes . Elections Regionales qui POURRAIENT etre importantes pour la Bretagne .Je suis pessimiste , si les choses continuent en l'etat ; UDB 2% PB 2% Emgan o,01%, les autres 1,1% allons disons 6 % et vous les verrez au lendemain TOUS celebrer victoire , avec des analyses tres mensongeres des resultats .Je me souviens il y a X annees un des leaders du POBL , me disant 2% de vote, signifie 7% d'electeurs potentiels ????? je n'ai pas encore compris , il est vrai que mon cerveau 50% germanique , n'a pas la souplesse de celui d'un militant taliban breton ,au niveau interpretation . Conclusion :Bravo Mr Alain CORAUD,si j'en ai l'occasion , je viendrai boire un coup de Muscadet dans votre tres sympathique petite Mairie (ou au bistro d'en face ).
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