La disquette saugrenue (procés ARB)
Dépêche de Skoazell Vreizh

Publié le 17/03/04 13:38 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

La disquette saugrenue

Le 19 avril 2000 a lieu l'attentat mortel de Quévert (Côtes d'Armor), immédiatement attribué par la procureure Stoller et la police à l'Armée révolutionnaire bretonne (ARB), ce qui provoque une invasion en Bretagne de la part de la presse française, et une image plus que douteuse sur l'ensemble du mouvement breton, Emgann en particulier.

Une dizaine de jours plus tard, un scoop met en vedette l'émission de midi de Canal+ " Le Vrai Journal " : par une disquette reçue dans sa boîte aux lettres par un journaliste de l'agence Capa, réalisatrice de l'émission, l'ARB dément toute participation à l'attentat de Quévert. Dans ce communiqué, elle revendique l'attentat d'Argentré du Plessis commis auparavant, et la tentative contre le MacDo de Pornic - qui jusqu'alors n'a jamais été évoqué dans la presse. " Les enquêteurs doivent expliquer où est le matériel de Pornic. Nous savons que la DST est en Bretagne depuis plusieurs mois. "

Ce qui laisse entendre que la DST pourrait être responsable de l'attentat de Quévert en ayant utilisé les explosifs de Plévin. Ce qui n'est pas totalement improbable, le passé breton a déjà connu au moins une situation de ce type, qui n'avait cependant pas provoqué de mort.

La vérité sur la disquette

Le lundi suivant, Victor Robert, journaliste de Capa, est placé en garde à vue, dans les heures qui suivent il donne la version réelle à la police : la disquette contenant ce communiqué lui a été remise le lundi de Pâques, quelques jours après l'attentat de Quévert, à Carhaix par Gaël Roblin accompagné d'un autre homme - il reconnaîtra Kristian Georgeault sur la photo que lui montre la police - alors qu'il était en reportage en Bretagne. Ce qui provoquera l'arrestation de Gaël Roblin et d'autres militants bretons.

Pendant longtemps, l'histoire de cette disquette est restée dans le flou. Mais son histoire a été racontée dans le détail mardi 16 mars au procès de l'ARB 1993-2000 par ses auteurs, Gaël Roblin et Kristian Georgeault.

La pression médiatique et policière contre le mouvement breton, dans les jours qui suivent l'attentat de Quévert, devient traumatisant pour les militants. " Kristian Georgeault et moi avons décidé de faire un communiqué de substitution si l'ARB ne réagissait pas ", explique Gaël Roblin. " Pourquoi cette idée saugrenue ? " interroge le président de la cour d'assises spéciale. " Nous avions décidé d'instrumentaliser la presse comme la presse nous instrumentalisait ", répond Kristian Georgeault. " C'était une improvisation totale ", ajoute Gaël Roblin. " Ce n'est sûrement pas ce que nous avons fait de plus intelligent ", déplore Kristian Georgeault.

Leur but est de faire sortir l'ARB du silence, mais c'est raté : " L'ARB ne se manifestera à nouveau que pour revendiquer la restitution des explosifs de Plévin plusieurs mois plus tard ", signale le président.

Vrai, faux et peut-être

C'est pendant le week-end de Pâques que les deux militants concrétisent leur projet, chez un autre militant d'Emgann, Yann S., qui vient juste de démissionner du mouvement tant il est bouleversé par la mort de Laurence Turbec. Yann S. récupère un logo ARB sur internet et ils rédigent le texte.

L'existence de la tentative d'attentat de Pornic, Gaël Roblin en a eu connaissance dès le 14 avril 2000, jour des deux actions contre Pornic et Quévert, ce qu'il avait déjà reconnu lorsqu'il avait expliqué qu'il avait au début de cette année accepté de faire le lien entre un militant de l'ARB et les journalistes qu'il connaît.

Pour Quévert en revanche, ils ignorent totalement si l'ARB y a ou non une responsabilité. L'attentat d'Argentré-du-Plessis, Kristian Georgeault, membre de l'ARB, " est bien placé pour le savoir ", commente le président. " Mais lorsque vous tentez d'impliquer la police en disant que les enquêteurs doivent expliquer où se trouve le matériel, vous y croyez ? " " Pas un instant ", reconnaît Gaël Roblin. " C'est nous qui l'avons inventé. "

" Le service barbouzard (" service de police " corrige le président) est présent en Bretagne ", précise Kristian Georgeault. " Nous ne comprenons pas pourquoi, s'il s'est réellement passé quelque chose à Pornic, la police le passe sous silence. Nous voulions envoyer les médias sur la piste. Nous avons voulu jouer les manipulations. Nous n'avons pas réussi... ".

En conclusion...

A l'issue de cette audience, des certitudes sont donc déposées : l'ARB n'est pas l'auteur de ce communiqué, on ignore si elle est ou non liée au dossier de Quévert, l'attentat d'Argentré du Plessis entre bien dans le dossier " classique " de l'ARB reconnu au cours de ce procès... Mais on ignore toujours la réalité de la tentative d'attentat du MacDo de Pornic, considérée au départ comme du simple vandalisme, niée par la gendarmerie de Pornic le soir de l'attentat, lorsque des journalistes de Presse Océan leur téléphonent pour vérifier l'information que l'ARB avait transmise à Gaël Roblin, et annoncée plusieurs jours plus tard comme un attentat similaire à celui de Quévert...

Rappelons que pour le dossier de Quévert, aucune trace ADN n'a permis de désigner le moindre participant. Aucun militant actuellement jugé n'est accusé de l'avoir commis. Les quatre " complices " présumés le sont pour une incitation à l'action (l'accusation l'attribue à Gaël Roblin et Kristian Georgeault, ce qu'ils nient avec conviction et qui ne relève que d'une théorie intellectuelle) et une participation à la construction des explosifs (ce que démentent Paskal Laizé et Stefan Philippe, appuyés par la preuve concrète que les explosifs utilisés contre les deux MacDo ne sont pas exactement semblables à ceux des attentats qu'ils reconnaissent.)

SK VZH : 16/03/2004


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