La salle du Congrès de Versaillee
La salle du Congrès de Versaillee

Le gouvernement a déposé un projet de loi constitutionnelle ouvrant la voie à une autonomie de la Corse au sein de la République. Reconnaissance d'une communauté historique, linguistique et culturelle, pouvoir normatif local, adaptations législatives : derrière les slogans politiques, voici ce que prévoit concrètement le texte.

Une autonomie inscrite dans la Constitution

Le projet de loi constitutionnelle présenté par le gouvernement crée un nouvel article 72-5 dans la Constitution. Pour la première fois, la Corse se verrait reconnaître explicitement un statut d'autonomie au sein de la République française.

La reconnaissance d'une communauté historique, linguistique et culturelle

Le texte reconnaît les caractéristiques propres de la Corse : son insularité méditerranéenne, sa communauté historique, linguistique et culturelle ainsi que le lien particulier développé avec son territoire. Cette formulation constitue l'une des principales nouveautés du projet.

Un pouvoir normatif local

La Collectivité de Corse pourrait adapter certaines règles aux réalités de l'île et, dans des domaines définis par une loi organique, édicter ses propres normes.

Des limites clairement fixées

Les compétences régaliennes de l'État demeurent exclues. La nationalité, la justice, la défense, la monnaie, les affaires étrangères et les libertés fondamentales resteraient du ressort exclusif de l'État.

Le contrôle du Conseil constitutionnel

Les normes adoptées par la Collectivité de Corse resteraient soumises à un contrôle juridictionnel garantissant leur conformité à la Constitution.

Une loi organique pour préciser les compétences

La révision constitutionnelle n'accorde pas immédiatement de nouvelles compétences détaillées. Une future loi organique devra préciser les domaines concernés et les modalités d'exercice des pouvoirs normatifs.

Une évolution institutionnelle sans précédent depuis la décentralisation

Si elle est adoptée par le Parlement puis par le Congrès à la majorité des trois cinquièmes, cette réforme constituerait la plus importante évolution du statut institutionnel de la Corse depuis plusieurs décennies.

La France à la croisée des chemins ?

Au-delà de la Corse, c'est donc une question plus large qui est posée : la France est-elle prête à reconnaître constitutionnellement sa diversité territoriale, historique et linguistique ?

En reconnaissant l'existence d'une communauté historique, linguistique et culturelle corse et en ouvrant la voie à un statut d'autonomie, le projet marque une évolution importante de la tradition jacobine française. Ses partisans y voient une adaptation nécessaire aux réalités territoriales du XXIe siècle et un rapprochement avec les pratiques en vigueur dans la plupart des États européens. Les opposants redoutent une remise en cause du principe d'indivisibilité de la République.

Le Conseil constitutionnel ne peut s'opposer à une révision de la Constitution elle-même. Le véritable obstacle est politique : pour entrer en vigueur, le projet devra être adopté dans les mêmes termes par l'Assemblée nationale et le Sénat, puis obtenir la majorité des trois cinquièmes du Congrès réuni à Versailles.

Philippe Argouarch & AI

Ancien webmaster de la Wells Fargo Bank aux États-Unis puis de l’International Herald Tribune à Paris, je suis revenu en Bretagne en 2005 pour gérer et développer ABP.bzh, le média que j’avais créé en octobre 2003. Auteur de plus de 2700 articles signés et contributeur à de nombreux autres, que ce soit au sein de la rédaction ou avec l’IA.