
Cornwall wants to become the next celtic tiger
Réalisation : ABP – 78 vues
Sortir des hydrocarbures exige d'électrifier l'économie. Électrifier exige du lithium et d'autres minerais stratégiques. Si l'Europe refuse de les extraire, elle restera dépendante soit des hydrocarbures, soit de pays comme la Chine. C'est le raisonnement défendu par Perran Moon, député travailliste de Camborne et Redruth, qui accompagne la renaissance minière de la Cornouailles. Une orientation qui contraste fortement avec celle prise en Bretagne.
Le retour des mines en Cornouailles
La Cornouailles fut l'un des grands territoires miniers d'Europe. Le député travailliste de Camborne and Redruth en Cornwall, Perran Moon rappelle qu'au XIXe siècle, elle connut une prospérité exceptionnelle grâce à l'exploitation du cuivre et de l'étain. L'exploitation de l'étain cornouaillais remonte à la préhistoire. Perran Moon affirme dans l'entretien que les Phéniciens venaient en Cornouailles chercher l'étain et le cuivre. Avec le déclin des mines, les mineurs cornouaillais partirent ensuite par milliers exporter leur savoir-faire aux États-Unis, en Australie, en Afrique du Sud ou en Amérique latine.
Aujourd'hui, la Cornouailles mise notamment sur son lithium, indispensable aux batteries, mais aussi sur l'étain et le tungstène. Pour Moon, exploiter ces ressources est une condition de la sortie des hydrocarbures et de l'indépendance stratégique de l'Europe. Il reproche cette contradiction aux environnementalistes.
« Que faisons-nous ? Soit nous dépendons de la Chine, soit nous dépendons du pétrole et du gaz, soit nous ouvrons des mines pour extraire les minerais dont nous avons besoin afin de cesser d'utiliser le pétrole, le diesel et le gaz. »
En Bretagne, le choix inverse
Ce débat trouve aujourd'hui un écho très concret en Bretagne. Selon Perran Moon, la relance minière ne rencontre pas d'opposition majeure en Cornouailles, notamment parce qu'il s'agit principalement de rouvrir d'anciennes mines. Mais en Bretagne, plusieurs mobilisations ont eu lieu contre les projets de recherches minières Taranis, Bélénos et Epona, portés par Breizh Ressources, filiale du groupe canadien Aurania Resources. Si des permis exclusifs de recherches ont été accordés par l'État en décembre 2025, en février 2026, le Conseil régional de Bretagne a demandé leur « retrait immédiat », en invoquant notamment les conséquences environnementales, sanitaires et sociales de l'activité minière. Dans son vœu, la Région affirme que « l'extraction minière "propre" n'existe pas ».
La position bretonne se situe donc à l'opposé de celle défendue par Perran Moon et soutenue par une majorité en Cornouailles.
Sortir du tout-tourisme
La divergence est d'autant plus frappante que les deux territoires connaissent des problèmes économiques comparables sans même parler de la même crise du logement pour les locaux.
La Cornouailles est devenue une destination touristique majeure. Pendant quatre mois de l'année, explique Moon, sa population double. Les résidences secondaires contribuent à la hausse des prix immobiliers et de nombreux jeunes Cornouaillais ne peuvent plus se loger dans leur propre pays.
Moon dénonce une économie trop dépendante d'emplois touristiques saisonniers, faiblement rémunérés et peu qualifiés. Il veut retrouver une économie plus équilibrée, reposant en particulier sur le sous-sol, les énergies renouvelables, l'industrie et les métiers qualifiés.
Sur la question minière, les deux péninsules celtiques semblent donc emprunter des chemins divergents. Pourtant, ne l'oublions pas : le sous-sol breton est lui aussi d'une richesse extraordinaire.
Commentaires (12)
Toute la question est de savoir quelle économie nous voulons ? Continuer à consommer beaucoup d'énergie ou en consommer moins ? Extraire massivement des terres rares comme le lithium ou se tourner vers l'avenir : les batteries au sodium déjà lancées sur le marché ? La Cornouailles comme la Bretagne semblent parfaitement bien placées pour exploiter les énergies renouvelables. Effectivement, il n'existe pas d'extraction minière propre.
Le lithium est sans doute important pour les batteries, mais son stock est limité et doit absolument être recyclé. Cependant, que se passera-t-il ensuite ? L'extraction minière 'propre' pourrait exister, même si elle est plus coûteuse, à condition qu'elle soit imposée par les autorités publiques dans le cahier des charges et les conditions particulières. La Bretagne doit le démontrer. En ce qui concerne l'éolien, la Cornouaille et la Bretagne disposent d'un énorme potentiel. De plus, les résidences secondaires, souvent très mal isolées, sont généralement équipées de radiateurs électriques vieillots peu performants. Un gros effort doit être entrepris dans ce domaine.
Le sous-sol breton est d'une richesse extraordinaire, ce serait dommage de ne pas laisser une entreprise canadienne se servir dans nos ressources stratégiques.
Le choix pour la Bretagne est le suivant : devenir la résidence secondaire des Européens plus fortunés et un immense EHPAD français, avec tous les services de soutien qui vont avec, tels que cuisiniers, crêpiers, plongeurs, maçons, réparateurs et joueurs de binioù, ou bien créer une nouvelle industrie minière de minéraux critiques pour renforcer ou sauver son industrie des composites.
Que font les Bretons, en plus de faire des crêpes, de produire des bons produits locaux et de jouer du biniou ?
Comme ce député, je pense qu'une économie trop axée sur le tourisme est une économie fragile. Mais, selon mes informations, le sodium devrait pouvoir bientôt remplacer le lithium dans les batteries. Par ailleurs, certains affirment que la transition pétrole / électrique échouera par manque de cuivre.
La solution n'est pas évidente mais le débat est intéressant.
Les composites, comme les PFAS, posent un problème que nous aimerions résoudre rapidement. Leur dépollution pourrait nous coûter cher. L'avenir semble se tourner vers les énergies renouvelables, notamment l'hydrogène. Par exemple, dans le marais breton-vendéen, se trouve l'usine Lhyfe, qui est maintenant implantée dans les pays nordiques. Les anciennes méthodes appartiennent déjà au passé.
Faute de stratégie politico-industrielle française sur l'hydrogène, la situation de Lhyfe est plus que fragile. - Elle a licencié 30 % de son personnel. - Elle a cédé 30 % de son capital. - Lors de son introduction en bourse, l'action était à environ 8 €. Aujourd'hui, c'est 2 €.
Jack Leguen, bien dit, refuser de racheter à prix d'or nos propres ressources à une entreprise minière canadienne, ce serait se tirer une balle dans le pied.
Le problème, c'est qu'il n'y a plus de Bretagne ! Si vous voulez des décisions bretonnes, il nous faut un Parlement breton qui serve la Bretagne (5 départements, évidemment, et Nantes comme capitale économique). Autrement, ça tourne en rond chez les partisans de l'industrie "propre", quand ce ne sont pas des moqueries (comme plus bas) sur les "activités" des Bretons... qui n'existent plus non plus. Vous êtes en République française, donc allez faire vos demandes à Paris. Nous, en Bretagne, on ne peut rien faire. Trugarez vraz.
Il se trouve que je viens de faire une conférence dont le titre était : "La Cornouailles, nos voisins d'en face" dans le cadre du FIL (Festival Interceltique de Lorient) et j'aborde ce sujet dans mon dernier chapitre (La Cornouailles aujourd'hui).
A ma connaissance, il n'existe pas encore de production de lithium mais d'essais et de mise au point de techniques de recherches pour extraire ce minéral alcalin dont nos futures batteries ont besoin.
En premier celui de la "Cornish Lithium" qui développe un projet innovant en tentant d'extraire le lithium des eaux thermales chaudes associé à de la géothermie. Les mines les plus profondes atteignent - 700 m)
La seconde société est "British lithium" (projet Iméris) qui prévoit d'extraire le lithium à partir de granite concassé.
Des recherches sont également en cours pour prospecter la présence des minerais corniques traditionnels (étain et cuivre) mais aussi de tungstène appelé aussi wolfram.
En effet les cornouaillais (ou corniques) sont beaucoup moins "réfractaires" que nous vis à vis des mines car les XVIIIe s et le XIXe s furent, pour eux une époque de plein emploi et de relative prospérité. La dernière mine cornouaillaise a fermé en 1998 mais la production était déjà réduite depuis 1991. Les anciennes mines cornouaillaises en bord de côtes sont en effet classées au "patrimoine mondial de l'UNESCO" (sites industriels remarquables).
En effet, toutes les extractions minières polluent (comme d'ailleurs l'agriculture intensive). La Bretagne fut aussi dans son passé, une terre d'extraction. L'étang qui jouxte Saint Renan (Bas Léon) est une ancienne mine d'étain gauloise puis romaine. Des monts d'Arrée, nous avons extrait du Kaolin, du plomb argentifère (Locmaria Berrien, Poullaouen et Huelgoat), du plomb argentifère également des mines de Trémuson (à coté de St Brieuc) sans oublier les mines de Pont Péan (arrêt de l'extraction en 1904 et arrêt de production vers 1951/1955) qui fut le plus gros employeur de Bretagne jusqu'à l'ouverture de l'usine Citroën de La Janais en 1961.
Pour la Bretagne à 5 départements, ne pas oublier la mine d'étain d'Abbaretz (Loire Atlantique) qui poursuivra de 1952 à 1957 une exploitation à ciel ouvert, sponsorisée par le Plan Marshall.
Concernant le projet de la société "Breizh ressources" et ses 3 sites de recherches (Epona, Taranis, Belenos) (à capitaux canadiens) qui prospecte seulement la branche Nord de la faille Sud Armoricaine qui s'étend de Pointe du Raz à Angers, je ne suis, ni pour, ni contre, j'attends de voir. Pour l'instant ce ne sont que des prospections et non de l'extraction.
il faudrait, je pense, nous tourner vers nos députés pour éventuellement modifier la loi qui fait que seul l'état français est propriétaire du sous-sol. Les citoyens, les communes, les départements, les régions n'ont pas leur mot à dire.
Pensez-y lors des prochains votes nationaux et demandez aux futurs candidats comment voient-ils la chose.
Rappelez vous que François Mitterrand fût élu en 1981, en partie, en raison de son engagement à ne pas poursuivre le développement des centrales nucléaires, à Plogoff mais aussi ce qui devait suivre, Beg an Fry, Erdeven et Le Pellerin puis Le Carnet.
C'est finalement une histoire étonnamment moderne : mondialisation → désindustrialisation → dépendance extérieure → redécouverte de la souveraineté minérale. Et elle commence en Cornouailles bien avant la désindustrialisation européenne de la fin du XXᵉ siècle.