La Cinémathèque de Bretagne : hommage à Jean Certain, grand cinéaste amateur breton

-- Nécrologie --

Communiqué de presse de Cinémathèque de Bretagne
Porte-parole: Gaël Naizet

Publié le 29/11/14 20:05 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Texte de Pascal Le Meur, de l'antenne de la Cinémathèque à Nantes, publié à la Une d'Entrefil, la lettre d'information de la Cinémathèque de Bretagne de décembre 2014, (voir notre article)

Monsieur Jean Certain (1932-2014)

Monsieur Jean Certain était un homme discret qui n'a jamais ni fait partie, ni concouru au sein d'un caméra club. Son existence fut centrée sur sa vie de famille, son métier, ses amitiés et les habitants de son quartier.

Se mettre en avant n'était pas sa priorité pour cet être qui partagea son existence entre Dinan (où il a vu le jour en 1932, dans la ville qui accueillit Roger Vercel), Rennes (où il arrive en 1942, rue du Primauguet, côtoyant l'écrivain Robert Merle et l'universitaire Charles Dédéyan), Saint-Nazaire puis Saint-Herblain en 1968, sa dernière escale.

Homme simple et chaleureux, aimant la lecture, cultivant une pointe d'humour toujours bienveillante, cet ancien ingénieur des PTT spécialisé dans les télécommunications aimait la mer, et avait rêvé, autrefois, de naviguer sur quelques cargos. Saint-Brévin était le lieu de ses villégiatures estivales et des instants heureux qui ont ponctué sa vie (comme son mariage en 1959).

Parmi les 54 films (surtout en 8mm, son format de prédilection pratiqué avec sa fidèle Paillard Bolex), Le Greix (1) apparaît comme un résumé de ses centres d'intérêt : famille, amitié, symbiose avec la nature.

Le 26 février 2002, nous partions pour la ferme du Petit Greix en Corsept (2) en compagnie de son épouse Catherine pour rendre visite aux Gruand.

C'est sur cette exploitation agricole qu'en 1963 et 1964 Jean Certain réalise l'un de ses premiers films montés (le premier film date de 1962 et met en scène sa fille Sophie) ; grâce à cette entrevue, André et Suzanne Gruand ont témoigné de l'histoire de leur ferme (exploitée et acquise par son père en 1936, dresseur de boeufs) et du développement de leur activité avec l'élevage de truies (avec en vedette le verrat Nénuphar), cultivant la betterave pour alimenter les bêtes, achetant de nouveaux outils (moissonneuse Claas), pratiquant la vendange avec la famille Certain et le dernier né Yves.

De 1962 à 1984, nous voyons les enfants grandir (avec une dernière venue, Béatrice), les grands-parents, les rites initiatiques, la pratique du sport, les plaisirs de la plage et les voyages en France et à l'étranger, le cirque Pinder à Saint-Brévin, les retrouvailles avec des amis, le quartier de l'avenue des Pinsons qui évolue selon les constructions et les nouveaux arrivants.

C'est à travers ce monde des plaisirs simples vécus dans le partage, hors des accointances et des familiarités, que Jean Certain (3) exprimait avec modestie et à travers sa sensibilité ce qui lui était proche et cher.

Il est difficile de refermer le grand livre de la destinée, que nous avons compulsé ensemble, mais nous pouvons souligner que Jean Certain nous a montré le chemin de la mémoire et de la connaissance de soi pour mieux “éclairer” son entourage.

Achevons par ces vers, provenant de la dernière strophe du poème de Lamartine Les Adieux à la mer (issu des Nouvelles méditations poétiques) :

Flotte au hasard sur quelque plage

Que tu me fasses dériver

Chaque flot m'apporte une image

Chaque rocher de ton rivage

Me fait souvenir ou rêver.

Pascal Le Meur, antenne de Loire-Atlantique, Cinémathèque de Bretagne

Le Greix de Jean Certain

Agriculture, ferme du lieu-dit Le Greix près de Corsept (près de Paimboeuf), maison de la ferme, travaux dans les champs, camionnette, sélection des betteraves avant leur repiquage, charruage de la terre à l'aide d'un tracteur, cheval blanc sert à l'action de repiquage effectué par deux personnes, cour de la ferme, tracteur au champ avec au fond la raffinerie de Donges, le même tracteur défait les mottes de terre et un cheval tire un rouleau qui permet d'aplanir la terre, moisson, faucheuse et batteuse mécanique (marque Claas junior) pour le blé, sacs de grains se remplissant et bottes de foin se formant, sacs de grains sur une charrette tirée par un tracteur, stockage des grains dans le grenier, élevage de cochons, battage, vendanges, vigne, ramassage du raisin noir et blanc, emploi d'un pressoir actionné par une manivelle dans les champs, cueillette du raisin avec un sécateur, barriques permettant de recueillir le raisin préservé dans le pressoir et de les transporter (4).

Notes

(1) Le Greix est un hameau de Corsept. Manoir du Greix du XVIIe : (voir le site) de infobretagne, page Corsept. Le Greix est aussi orthographié Le Grais.

(2) (voir le site) de la Cinémathèque de Bretagne, page du film. Un extrait video serait proposé...

Muet, 19'10, couleur, 1965.

Mots-matière (tags) : agriculture, Bretagne, Corsept (44), Donges (44), Loire Atlantique (44), moisson, porc, travail à la ferme, viticulture.

(3) Jean Certain, décédé à l'âge de 82 ans. Obsèques le samedi 15 novembre 2014, à Orvault, inhumation au cimetière ancien de Saint Brévin (voir le site)

(4) La Collection Mémoire du travail. Avec le soutien du ministère de la Culture et de la Communication et de la DRAC Bretagne, la Cinémathèque de Bretagne, numérise depuis 2010 des films illustrant le travail urbain et rural.

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Créée en 1986, pionnière en France dans son domaine, la Cinémathèque de Bretagne fait figure de cinémathèque d'un nouveau genre : son fonds de films d'amateurs est sans doute le plus important en France. La Cinémathèque a pour mission d'inventorier, de recueillir, de sauvegarder et diffuser le patrimoine cinématographique breton (cinéma amateur, militant ou professionnel), de valoriser le patrimoine de films d'amateurs, en s'attachant à la multitude des images et non à des œuvres cinématographiques d'un auteur ou d'un genre en particulier.

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