Libre propos sur l'esprit bourgeois que je ressens très souvent ces derniers temps, ici à l'occasion d'un commentaire nous renvoyant autour de la buvette pour la réunion "ensemble pour l'autonomie" du 20 juin prochain. Je veux dire ici que l'esprit breton n'a rien à voir avec l'esprit bourgeois. C'est l'antithèse. Quel esprit à soufflé à Liffré à l'occasion du "souffre breton" ? Le souffle breton ou le souffle bourgeois? A chacun sa réponse.

Il y a quelques jours, j’ai reçu un commentaire singulier de Stéphane Péan du Breizh Civic Lab - commentaire qui semble avoir été retiré depuis- sur un de mes post facebook qui annonçait la réunion publique « ensemble pour l’Autonomie » à Carhaix pour le 20 juin prochain. Le commentaire saluait la démarche en ces termes gratifiants : « vous allez vous réunir autour de la buvette.. » sous-entendu votre réunion ne servira pas à autre chose qu’à picoler. C’est du moins ce que j’ai compris.

Sur le coup, je n’ai pas trop réagi. On lit tellement de bêtises sur les réseaux. Et je trouvais l’individu plutôt sympathique et pertinent sur sa critique du centralisme. Et puis je viens de voir que Stéphane Péan se trouvait au « souffle breton » de Liffré et glorifiait ce moment sympathique passé sous les auspices du grand breton qu’est Loig Chesnais-Girard.

Et là, j’ai tout compris ! Car l’important, c’est l’esprit ! Je me suis demandé tout d’abord s’il y avait une buvette à Liffré pour accueillir François hollande et les autres stars parisiennes. Certainement, me suis-je dit, mais ils devaient y servir du bon champagne. Je n’en sais rien mais j’imagine. Une tout autre buvette en tous cas que celle de l’espace Glenmor à Carhaix où l’on boirait plutôt de la bière, ou quand bien même y boirait on aussi du champagne, on ne le ferait pas avec les bonnes manières. Une buvette de ploucs en quelque sorte.

Et je me suis dit que les propos de Stéphane Pean sur la buvette, trahissait la suffisance de l’esprit bourgeois des métropoles, à l’endroit des ploucs des campagnes.

En me renseignant un peu, je me suis rendu compte que le Breizh Civic Lab souhaitait incarner la Bretagne moderne des métropoles, avec toute l’intelligence politique requise bien sûr, une Bretagne à laquelle sans doute on ne songerait pas assez, au profit des villes de taille moyenne et de nos campagnes ultra privilégiées.

Tous ces ingrats qui profitent du « ruissellement » et se montrent si peu reconnaissants en retour...

Loin de moi d’être médisant, il se trouve juste que je suis sensible à l’esprit des gens. Issu de la paysannerie du Léon, j’ai grandi à Brest où les ploucs que nous étions se trouvaient confrontés à une bourgeoisie commerçante du centre-ville, souvent venue d’ailleurs après la guerre et très condescendante. C’est d’ailleurs comme ça qu’on la reconnaissait. Ce regard suffisant porté sur les ploucs, je le ressens mieux que personne.

Alors la Bretagne des métropoles, c’est quoi ? Est-ce encore la Bretagne avec cet esprit de bourgeois ?

Je dirais que non. L’esprit bourgeois, c’est l’individualisme roi et la coupure avec l’altérité, pour reprendre les réflexions de Roland Barthes. J' ajouterais juste que c’est aussi l’enflure.

Et bien moi je dis que ce n’est pas ça la Bretagne. La Bretagne n’est pas là lorsque l’on regarde avec mépris les petites gens, ceux des villes de taille moyenne et des campagnes qui se réunissent autour de la buvette pour parler Bretagne ;

La Bretagne, c’est le lien, le plaisir simple de se retrouver autour de la buvette ou pas, c’est le lien avec ceux qui nous ont précédés et c’est encore notre lien avec notre terre, sa culture, ses langues. C’est encore la volonté de se choisir un avenir commun, où les gens ne vivent pas dans le chacun pour soi, ou l'individualisme bourgeois.

La Bretagne, c’est tout sauf le mépris bourgeois. Donc le 20 juin prochain, nous serons autour de la buvette de l’espace Glenmor pour refaire la Bretagne.

Il est toujours dangereux de vouloir faire parler les morts, mais je crois pouvoir dire que nos grands éveilleurs, les Xavier Grall, Glenmor, Youenn Gwernig et tous les autres, ce n’est pas au souffle breton de Liffré qu’on les aurait trouvés, mais avec nous autour de la buvette.

Avant bien sûr de rejoindre le fest-noz pour danser avec tous les « attardés » chers à Beatrice Mace, membre de l’équipe à LCG.

A Liffré, le discours de LCG a beaucoup parlé de la France, et peu de la Bretagne. Il aurait pu tenir le même discours dans le Berry, m’a-t-on dit. Pourquoi Le Berry ? je n’en sais rien. Pas anormal en somme, puisqu’à Liffré, ce n’est pas le souffle breton qui a soufflé, mais l’esprit bourgeois, sans doute pour plaire à ces messieurs venus de Paris et de conforter, l’espace d’une journée, une stature que l’on voudrait nationale. Ça aussi, c’est l’esprit bourgeois.

Paul Molac n’y était pas m’a-t-on dit. Et c’est une bonne chose. Car le connaissant un peu, je pense que sa place est plus à Carhaix avec nous.

Grâce notamment à Stéphane Péan et à Béatrice Mace, j’ai enfin compris la théorie du ruissellement chère à Laurent Davezies et je les en remercie. Ce n’est pas l’argent qui ruisselle sur nos villes et villages de ploucs en provenance de la métropole, mais le mépris. Et ça ruisselle dur !

Et si en retour, notre esprit breton pouvait ruisseler un peu sur les métropoles ?

Yvon OLLIVIER

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