La Bretagne, un horizon démocratique... : un brillant manuel pour les régionalistes bretons

-- Politique --

Presentation de livre
Par Christian Rogel

Publié le 9/01/15 19:10 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Le livre de Daniel Cueff, présenté ici, est paru depuis plusieurs mois et c'est un ouvrage qui restera comme une référence, même pour ses contradicteurs, car il marque une étape rare de l'évolution politique de la Bretagne, celle de la formulation précise d'un régionalisme mature qui n'a jamais fait l'objet d'une réflexion politique cohérente.

Les nationalistes bretons, opposés au principe du régionalisme, se récrieront, mais ils n'ont jamais rien prouvé de ce côté-là, leurs rares théoriciens étant souvent proches du néo-thomiste très droitier, Jacques Maritain, alors que l'auteur se réclame d'une pensée personnaliste.

L'existence de ce livre dévalue singulièrement les maigres pensées produites par le mouvement politique breton, porté à l'anti-intellectualisme, qui est trop souvent dans la critique de l'État et de ses politiques conjoncturelles, donc, le contraire d'une vision politique.

Ce n'est pas un hasard que Daniel Cueff ait forgé son expérience politique à distance, et du Parti socialiste, et de l'Union démocratique bretonne. L'écologiste revendiqué (il fait partie du groupe Bretagne Écologie au Conseil régional de Bretagne) est aussi très sceptique sur la dérive extrémiste d'une fraction d'Europe Écologie-les Verts.

Il est l'allié politique de tous ces partis, mais, l'allié qui ne s'en laisse pas compter et ne confond pas les postures avec la réflexion. C'est à la fois quelqu'un qui cherche, qui se cherche et qui sait ce dont il ne veut à aucun prix. On comprend qu'il ne puisse que se heurter aux apparatchiks socialistes, Delaveau, Apperé et Couët, dont l'obsession est de faire avaler par Rennes toutes les communes se trouvant à portée. Ils ont subi des échecs retentissants : pertes de communes importantes et refus de Daniel Cueff de fusionner sa communauté de communes, le Val d'Ille. Il ne mâche pas ses mots à l'égard des dinosaures politiques à la Pierre Maille ou Claudy Lebreton qui appuient sur le frein sans jamais rien proposer.

La métropolisation, mise en place par une loi de juin 2014, lui semble être une vieille lune pour technocrates qui n'ont rien compris à la manière dont le monde est en train de s'organiser en réseaux non hiérarchiques et il la combat depuis 2010. Ce qu'il prône, c'est une organisation en rhizomes, dont l'assemblée principale pour notre pays, l'Assemblée de Bretagne, ne serait pas un soviet suprême, mais le lieu où se rencontreraient toutes les cellules composant le corps politique. La Bretagne des cinq départements serait composée d'établissements publics intercommunaux plus au moins taillés sur les pays

Daniel Cueff a été influencé par le fameux rapport de Michel Rocard, « Décoloniser la province » (1966) dans lequel il est écrit : « Il n'y a pas de démocratie sans que les décisions soient prises le plus près possible de ceux qui les appliqueront ou les subiront ». Il réfute la société pyramidale, les théories du ruissellement de la richesse du centre vers les périphéries du géographe Davezies et estime que l'État-Nation a fait son temps et doit s'effacer devant le fédéralisme. Il ne veut pas mettre en cause la République, ni prôner l'indépendantisme, mais il réfute le souverainisme, fût-il intérieur à la Bretagne.

Son discours est irrigué par l'expérience d'un «petit » élu (Langouët, dont il est maire depuis 15 ans, n'a que 562 habitants) qui connaît bien la méthode « char d'assaut » qui est celle de ses confrères PS et UMP. Il montre bien ce qu'a de pervers le discours sur la décentralisation qui aboutit à transformer les élus régionaux en prestataires et non en responsables politiques.

Il s'insurge contre les dévôts de la métropolisation, croyants d'une religion « plate et encalminée » qui n'auraient pas peur de rendre nomades les travailleurs qui devraient proposer leurs services de métropoles en métropoles (Attali).

Il appelle au débat et à la réinterrogation permanente des manières de gouverner. La liste des personnes citées est d'un éclectisme impressionnant, car, il lit beaucoup et sait capter les idées majeures ou à critiquer chez des auteurs très divers (Attali, Cohn-Bendit, Castoriadis, Ivan Illich, Luc Boltanski Jacques Ellul, Paul Houée, Paul Virilio, Marcel Mauss, etc.).

Les thèmes traités sont innombrables et sont autant de portes ouvertes vers la discussion. Il adopte une position nuancée sur le Bonnets rouges, car, il a compris que taxer les transports dans une région agricole, dont les marchandises ont une valeur au poids peu élevée, revenait à détruire son agriculture, bien qu'il regrette la perte d'un principe qu'il approuvait.

Daniel Cueff est, aussi, un acteur qui a pris des initiatives pour le développement durable dans sa commune et co-fondé BRUDED (Bretagne rurale, rurbaine et développement) qui rassemble de nombreuses petites communes.

Il est donc à lire comme on lit un guide de réflexion, avec des idées qu'on peut ne pas toutes accepter, mais, qui, à chaque pas, sont des amorces de discussion sur l'avenir même du pays.

Daniel Cueff, La Bretagne, un horizon démocratique pour notre République, Pornic, Le Temps Éditeur, 2014, 128 p. ISBN9782363120182. 13 euros.

Christian Rogel

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