La Bretagne déclarée "généreuse" par vocation culturelle ! Et si la France reconnaissait vraiment l’identité bretonne ?

-- Société --

Communiqué de presse de Bretons du Monde - OBE
Porte-parole: Reun Allain

Publié le 19/04/12 11:13 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

La Bretagne vient d'être déclarée comme la seconde région à l'indice de générosité : « cette générosité est ancrée dans la culture bretonne », « la Bretagne est une région modèle », etc.

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Ce sont des appréciations rapportées dans la presse en Bretagne (Ouest France et Le Télégramme respectivement les 16 et 17 avril 2012). Elles sont exprimées par Jean-Claude Dupont, président du Comité régional des associations de donneurs de sang réunis en assemblée générale le 15 avril à Loudéac.

L'indice de générosité exprime le rapport entre le nombre de personnes qui offrent leur sang et celles en âge de donner. Avec 5,3 %, la Bretagne arrive donc sur la deuxième marche du podium, derrière l'Alsace, alors que sur toute la France, cet indice est de 4,2 %.

On retrouve la similitude de comportement entre Bretagne et Alsace constatée à bien des points de vue, et en premier lieu en matière de lutte pour la survie linguistique face au jacobinisme toujours régnant... Cette générosité permet de compenser la défaillance des régions déficitaires comme l'Île de France ou la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur (PACA).

Nous sommes bien entendu très heureux de voir féliciter les Bretons, alors qu'ils sont encore par ailleurs plus d'une fois moqués, attaqués et parfois jalousés. Un coup à ne pas s'en remettre, si peu habitués qu'ils sont à recevoir autant d'éloges. Un coup aussi à réclamer que justice leur soit également rendue en matière linguistique. Auront-ils droit un jour à la réparation historique ?

Car la France reste une république qui s'auto-proclame « une et indivisible ». Sa campagne électorale actuelle, qualifiée de futile à juste titre, ne révèle une fois de plus aucun candidat, à deux exceptions près sur les dix en lice, susceptible de rompre avec la tradition jacobine qui traduit égalité de droits et devoirs des citoyens par uniformité culturelle de l'administré depuis l'an I de la République française. Qu'il s'agisse de l'un ou l'autre des deux favoris de l'élection présidentielle, on peut compter sur lui pour conserver une place purement symbolique et mémorielle aux langues minoritaires de France…

C'est ainsi que cette France jacobine refuse de ratifier la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires tout comme elle dénie la possibilité à la Bretagne de recouvrer son unité territoriale avec le retour de la Loire-Atlantique dans sa région historique dont elle fut arrachée à la faveur de l'occupation nazie. Sur ces deux fondamentaux de l'identité bretonne, la Bretagne et les Bretons ne sont pas écoutés !


Revenons à présent à l'indice de générosité attribué à la Bretagne.

« Cette générosité est ancrée dans la culture bretonne », indique le président Jean-Claude Dupont.

A l'exemple de ce dernier, tout le monde devrait aujourd'hui se féliciter de ces particularités « régionales » contre lesquelles bataillait, par un discours du 8 Pluviose an II (27 janvier 1794), un certain Abbé Grégoire :

« Le fédéralisme et la superstition parlent bas-breton ; l'émigration et la haine de la République parlent allemand ; la contre-révolution parle l'italien, et le fanatisme parle le basque. Cassons ces instruments de dommage et d'erreur ! » (voir le site)


Mais depuis lors, la position républicaine est restée inflexible jusqu'à nos jours :

– En 1870, dans la triste affaire du camp de Conlie, Gambetta intima à Keratry : « Je vous conjure d'oublier que vous êtes breton ».

– En 1972, Georges Pompidou déclara :

« Il n'y a pas de place pour les langues régionales dans une France destinée à marquer l'Europe de son sceau ».

– Quarante années plus tard, rien n'a encore changé en Jacobinie à l'écoute de Sarkozy à Marseille le 19 février 2012 :

« Quand on aime la France, on ne propose pas de ratifier la Charte des langues régionales et minoritaires ».

– Le 3 avril 2012, sur le sujet de la réunification de la Bretagne, François Hollande nous a déjà annoncé que les Bretons auraient la parole confisquée :

« Je ne suis pas partisan de modifier les frontières ». Et d'ajouter : « Il faudrait vraiment une demande unanime de tous les élus pour essayer une procédure ».

Si ce n'est pas une confiscation de la démocratie, les mots n'ont pas de sens. Lot de consolation, le candidat Hollande ne serait pas contre la ratification de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires. Gageons d'ailleurs qu'il se chargerait d'en empêcher tout effet pratique…


En résumé, si les circonstances diffèrent, toutes ces paroles sont dans le droit fil de celles de Gambetta conjurant Kératry d'oublier qu'il était breton.


Retour au fil conducteur…

En matière de don de leur sang à la France, les Bretons en connaissent un rayon !

En 1870, ils furent appelés à la « solidarité nationale » mais entassés à Conlie sans armes pour se défendre contre l'envahisseur du moment.

Ils redonnèrent encore beaucoup plus que la moyenne “nationale” dans la guerre suivante de 1914 à 1918.

En 1940, les Bretons de l'île de Sein surent être l'avant-garde à Londres d'une Bretagne massivement résistante. Mais nombre de chroniqueurs français s'appuyèrent, et le font encore, sur la collaboration d'un nombre infime de Bretons autonomistes pour en déduire une assimilation entre collaboration et culture bretonne.

Cela devint un véritable fonds de commerce pour mieux masquer le vice fondamental de la collaboration gouvernementale de Vichy avec l'Allemagne nazie, assorti du crime d’État de la déportation des Juifs et Tziganes.

Mais où se situent donc géographiquement ceux qui encensent et commandent cette république jacobine à laquelle, paraît-il, le peuple doit tout ? Un peu partout et même en Bretagne ! Mais il faut bien relever que les réflexions désagréables ou piquantes proviennent le plus souvent d'Île de France et Côte d'Azur.

Cela signifie-t-il qu'on y trouve plus volontiers qu'ailleurs ceux qui font preuve de condescendance et même d'arrogance à l'égard de ces « provinciaux » handicapés à tant de points de vue, ne serait-ce qu'en matière climatique ? Sans doute n'est-ce en fait qu'un reflet de la puissance des médias de ces deux régions, bras armés de la Jacobinie…

Dans un communiqué du 21 janvier 2010, nous publiions ici même un article intitulé « Incroyables appels à la punition des Bretons » : (voir le site)

Sur fond de psychose entretenue par les médias (dont hélas France 3 Bretagne) au sujet des risques de coupures d'électricité, certains se sont crus autorisés dans la presse parisienne à demander la punition des Bretons pour ne pas avoir su être indépendants en production électrique.

Que diraient-ils si on retournait à ces mêmes polémistes la même argumentation sur leur dépendance en produits sanguins en Île de France ? Au demeurant, cette région est encore plus dépendante de ses régions périphériques que la Bretagne en matière d'électricité !

On doit certes être intelligent et positif et savoir pardonner. Les Bretons sauront donc toujours manifester leur solidarité. Mais la solidarité en toutes choses n'est pas seulement un dû, elle doit aussi se mériter.

Cela signifie qu'il y a un devoir d'histoire bretonne à exiger ce qui nous est dû ! Ce n'est pas du mercantilisme mais une exigence humaniste de respect de l'être humain et de son identité ! Cela signifie une nécessité d'écoute politique de la demande bretonne de voir aboutir enfin concrètement les revendications fondamentales linguistiques et territoriales de la Bretagne.


Service «Communication» de Bretons du Monde – OBE

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