L'Institut culturel de Bretagne récompense 4 nouveaux herminés

-- Histoire de Bretagne --

Au cours d'une cérémonie qui s'est tenue, le 9 novembre 2013, à Saint-Nicolas-de Redon, l'Institut culturel de Bretagne a remis le Collier de l'Hermine à Jean-Jacques Monnier, historien de la Bretagne, Yves-Pascal Castel, historien de l’art religieux breton, Martial Ménard, spécialiste de la langue bretonne, lexicographe et Tangi Louarn, co-fondateur de Diwan, acteur politique et culturel breton.

Biographies des personnalités honorées

– Yves-Pascal Castel

Né en 1928 à Saint-Pol-de-Léon, il est ordonné prêtre du diocèse de Quimper en 1951. Ancien professeur, il est actuellement aumônier au Juvénat de Notre-Dame de Châteaulin.

Docteur en histoire de l'art et coauteur du dictionnaire des poinçons de l'orfèvrerie française. Chercheur à la Commission Inventaire de Bretagne (en 1980). En 1979, il est enquêteur avec Marie-Madeleine Tugorès pour le compte de la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC-ministère de la Culture) de la Région Bretagne, afin d'alimenter le Service régional de l'Inventaire.

Sa bibliographie est immense et, semble-t-il, non publiée. Auteur de nombreux livres sur l’art religieux en Bretagne, il s'est fait particulièrement remarquer pour son Atlas des croix et calvaires du Finistère publié par la Société archéologique du Finistère, en 1980. Ouvrage monumental d'une petite équipe sous sa direction, ce livre de référence décrit quelque 3.000 croix et calvaires du département. Un croquis de chaque croix a été réalisé pour l'occasion. Une nouvelle édition serait possible, puisque l'auteur a réuni, depuis, 500 nouvelles fiches. Son étude sur Roland Doré et les enclos paroissiaux, publiée par le Musée des Jacobins de Morlaix en 1988, a renforcé sa notoriété. Il a publié aussi des articles dans le Bulletin de la Société Archéologique du Finistère et dans ArMen, dont un sur les sirènes sculptées des églises et chapelles.

Il a aussi publié une étude sur les croix à cercle de Bretagne Association du cercle et de la croix sur les croix monumentales de Bretagne dans Britannia Monastica, n° 8, p.175-182, Corona Monastica : moines bretons de Landévennec, histoire et mémoire celtiques : mélanges offerts au père Marc Simon, Landévennec, 2004, 427 p., ainsi que dans une réédition de “Tro Breiz” en tête ou “fou comme l'oiseau” de Joseph Thomas (1983), récit d'un pèlerinage aux Sept-Saints de Bretagne durant l'été 1983.

On peut consulter ses nombreuses contributions récentes dans la rubrique « Art et Histoire » du site Chemins de Bretagne (voir le site) , une série d'articles sur l'art religieux dans le Finistère : les cadrans solaires, la main énigmatique, les Anges, les Pietà, le culte de saint Jacques en Finistère, le culte de sainte Marguerite en Finistère aussi, le culte de saint Isidore en Bretagne, les 70 sibylles du Finistère, le retable des Évangélistes de Rumengol (commune du Faou) et Michel Le Nobletz, prédicateur du XVIe siècle en Basse-Bretagne.

Maryvonne Cadiou

– Jean-Jacques Monnier

Jean-Jacques Monnier, né en 1944 à Londres, de parents faisant partie des Forces françaises libres, est longtemps resté l'un des auteurs anonymes des nombreuses éditions de l'Histoire de la Bretagne et des pays celtiques publiées par Skol Vreizh à Morlaix. Celle-ci est une émanation d'« Ar Falz », dont il est membre et qui regroupe des enseignants bretons de gauche, soutiens du breton et de la culture bretonne dans l'école publique.

C'est l'« Histoire de Bretagne pour tous », diffusée d'abord en petits films sur la chaîne publique FR3-Région Bretagne, puis publiée sous forme d'un livre avec disques CD (audio-livre) qui, en collaboration avec Olivier Caillebot, l'a fait connaître d'un plus large public et l'amène à donner des conférences partout en Bretagne.

Ancien professeur d'histoire à Lannion, dont il est, depuis longtemps, conseiller municipal Union démocratique bretonne, il a quelque temps été amené à s'opposer au maire socialiste qui avait refusé de subventionner Diwan en 1997. Il est issu de la mouvance catholique sociale qui a eu une grande influence dans l'évolution politique de la Bretagne.

Son expérience de la politique bretonne depuis ses vingt ans lui ont permis d'écrire une thèse sur le comportement politique des Bretons, dont il est un spécialiste reconnu, et il écrit de nombreux articles dans le Peuple breton, organe de son parti, dont il a été directeur de publication pendant plusieurs années et, membre quasi-permanent des instances supérieures, il a siégé pendant 15 ans à son Bureau politique.

Ses compétences d'historien et ses activités politiques lui ont été utiles pour se plonger dans l'histoire complexe des militants bretons pendant la Seconde Guerre mondiale.

Il en a corrigé le tableau habituel, souvent peu objectif, en montrant que l'amour de la Bretagne n'avait pas été incompatible pour une partie d'entre eux avec une résistance active à l'occupation nazie.

Plus récemment, le mouvement des Bonnets rouges d'octobre 2013, qui conteste les poids de la taxation, lui a donné l'occasion de rappeler avec précision ce qu'a été le mouvement d'insurrection précurseur de 1675 dirigé contre un État omnipotent et centralisateur.

Bibliographie :

Histoire de la Bretagne et des pays celtiques (en collaboration), Skol Vreizh, diverses éditions depuis 1972 ;

Le comportement politique des Bretons (1945-1994), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 1994 (thèse de doctorat d'État) ;

Histoire de l'Union démocratique bretonne, Presses populaires de Bretagne, 1998 ;

La mouette et l'ajonc : un demi-siècle de combats pour la Bretagne ou l'itinéraire d'un Breton de gauche, Terre de brume, 1999 (roman autobiographique) ;

Toute l'histoire de Bretagne : des origines à la fin du XXe siècle (en collaboration), Skol Vreizh, 2003 ;

Été 44 : Résistances et Libération en Trégor, Skol Vreizh, 2004 ;

Résistance et conscience bretonne (1940-1945) : l'hermine contre la croix gammée, (préface de Mona Ozouf), Yoran Embanner, 2007.

Christian Rogel

– Tangi Louarn

Tangi Louarn, né en 1947, est un des militants les plus actifs, depuis presque cinquante ans pour l'illustration, la promotion et la défense de la langue et de la culture bretonnes.

Ancien fonctionnaire du Travail, il a mené des actions intensives et prenantes dans différents organismes bretons, mais, aussi européens et, comme il le dit lui-même, ces actions ont toujours été menées dans un cadre collectif.

Ayant eu le privilège d'être élevé en breton et d'avoir été brièvement scolarisé en breton, à Plouézec, il s'est investi avec sa s½ur, Lena Louarn, autre Herminée, en premier lieu dans Skol an Emsav (l'École du relèvement ou du mouvement breton) qui, depuis Rennes, a propagé en plusieurs lieux la soif de réappropriation du breton, et, finalement, le désir d'une jeune génération de rétablir la chaîne de la transmission de la langue dans la famille.

Skol an Emsav a donc été un des socles pratiques et intellectuels de l'aventure hors-norme de la création d'un réseau d'écoles, de la maternelle au lycée, dans lesquelles l'enseignement est donné en breton.

Fortement impliqué dans la genèse de l'association fondatrice en 1976-1977, il a joué avec son épouse, Anna-Vari Chapalain, un rôle majeur dans la création de l'école maternelle Diwan de Quimper en septembre 1977.

Ses fonctions dans les organes directeurs de Diwan l'ont conduit à des contacts étroits avec les instances de l'Union européenne et avec celles du Conseil de l'Europe, promoteur de la Charte des langues minoritaires que la France est l'un des rares États à refuser de ratifier. Il est le représentant de la Bretagne dans le Bureau européen des langues moins répandues (EBLUL).

Dans sa ville de Quimper, il a présidé au regroupement des associations culturelles bretonnes dans le cadre de l'association Ti ar Vro Kemper qui anime un foyer actif de la culture bretonne.

Membre du Conseil culturel de Bretagne, il a pu constater que l'intégration de celui-ci aux organes consultatifs officiels de la Région Bretagne administrative avait pour effet de souligner la nécessité d'un lieu dans lequel pouvaient s'exprimer la vitalité et la force de proposition des nombreuses associations culturelles bretonnes. Il porte donc leurs paroles au nom de leur fédération, Kevre Breizh (Fédération de Bretagne) basée à Carhaix-Plouguer, qui est aussi la ville du lycée Diwan.

Christian Rogel

– Martial Ménard

Martial Ménard, né en 1951, symbolise parfaitement l'idée qu'un fil conducteur n'empêche pas d'avoir une vie faite de rebondissements et d'acquérir à la force d'un travail sérieux et rigoureux le respect des plus savants dans l'enveloppe d'une personnalité joyeuse dotée d'un grand humour et d'une grande liberté de pensée politique.

Né en 1951, de parents originaires de Lanrelas, entre Loudéac et Rennes et émigrés à Paris, il est orienté vers le métier de cuisinier, mais, un service militaire en Guadeloupe déclenche l'envie pressante de venir au pays de ses ancêtres et de pratiquer leur langue originelle.

En neuf mois, par des leçons hebdomadaires à Paris et l'aide des cours par correspondance de Skol Ober, il parvient à s'exprimer en breton et s'installe à Quimper à l'âge de 23 ans, y ayant trouvé un emploi de cuisinier. Il y donne des cours de breton et rencontre des jeunes, dont Yann-Kel Kernalegenn, prêts à mener des actions spectaculaires pour des raisons politiques.

Un an après avoir commencé à participer à des opérations explosives, il est arrêté en 1979 avec plusieurs membres du FLB-ARB et est condamné à sept ans de prison. L'amnistie qui suit l'élection de François Mitterrand lui vaut de n'en subir que deux. Ces deux années de réclusion seront le temps d'une autoformation de haut niveau, qui lui permet d'approfondir sa connaissance du breton.

Il est prêt à le transmettre aux plus petits et participe à l'aventure des écoles maternelles Diwan. Il obtient, en 1983, l'assentiment des membres de la fédération des écoles Diwan pour se consacrer à l'édition de livres jeunesse en breton, réussissant à négocier des contrats de coproduction avec des éditeurs européens afin de fournir aux petits Bretons le meilleur de la production. An Here (Les Semailles) publie plus de 150 ouvrages avant de devoir fermer en 2006, en partie du fait d'attaques politiques jacobines orchestrées.

Pour fournir un outil indispensable aux collégiens brittophones, il oriente une partie de l'activité d'An Here vers l'élaboration du premier dictionnaire tout en breton et, avec l'aide d'une équipe comprenant plusieurs universitaires, le fait publier en 1995. Une version augmentée suit en 2001. Entre temps, il a reçu un manuscrit exceptionnel en français et le publie en 1998. Ce sont les mémoires inédits d'un paysan et commerçant libre-penseur de la région de Quimper, qui a été soldat sous Napoléon III en Algérie, comme au Mexique, a appris plusieurs langues et est mort dans la misère en 1905. Les mémoires d'un paysan bas-breton de Jean-Marie Déguignet ont connu un succès extraordinaire (plus de 200 000 exemplaires). Il est aussi un spécialiste du vocabulaire breton de la sexualité, ainsi que des expressions populaires satiriques ou insultantes.

Martial Ménard se replie ensuite dans des activités moins en vue comme la presse militante sur papier et sur Internet (Breizh Info), puis sur la vulgarisation et l'illustration du breton par des petits livres et des chroniques dans le quotidien Ouest France depuis 1998.

En 2012, son Dictionnaire français-breton de 1465 pages et 51 116 entrées est un monument qui sera d'une importance majeure pour le développement des lettres et des sciences en breton, puisqu'il permet de quasiment tout dire en breton, même dans les domaines les plus pointus. Il entre définitivement dans le sillage des grands lexicographes du breton, comme Grégoire de Rostrenen, Louis Le Pelletier, Jean-François Le Gonidec, Amable Troude, François Vallée et Roparz Hemon.

Christian Rogel

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©agence bretagne presse

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la rédaction de l'abp

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