Les éditions Yoran Embanner, installées à Cléden-Poher (Finistère), publient une version modernisée et non expurgée du livre XII de l'Histoire de Bretagne de Bertrand d'Argentré. Cet ouvrage, consacré aux années 1458 à 1532, restitue notamment les passages censurés à la fin du XVIe siècle concernant l'union de la Bretagne au royaume de France.
Un ouvrage saisi sur ordre du pouvoir royal

Bertrand d'Argentré (1519-1590), juriste et historien breton, entreprend au XVIe siècle la rédaction d'une vaste Histoire de Bretagne, à la demande des États de Bretagne.
Achevé au début des années 1580, l'ouvrage provoque rapidement la colère des autorités royales françaises. Avant même sa commercialisation, les exemplaires imprimés sont saisis à l'initiative du procureur général Jacques de La Guesle.
Le livre est accusé de contenir des passages portant atteinte à l'honneur et aux droits du royaume de France. Une commission est chargée d'examiner le texte et d'en faire supprimer ou modifier les passages jugés inacceptables.
Une version remaniée paraît en 1588, sous le règne d'Henri III. Des exemplaires du texte original échappent cependant à la censure, permettant sa conservation jusqu'à nos jours.
Ce que le pouvoir royal voulait faire disparaître
La censure concerne principalement le livre XII, qui retrace les dernières décennies du duché de Bretagne indépendant, jusqu'à son union avec la France en 1532.
Les passages les plus sensibles portent sur les circonstances de cette union et, particulièrement, sur les débats des États de Bretagne réunis à Vannes en 1532.
Bertrand d'Argentré rapporte les objections formulées par certains représentants bretons, hostiles à une union qui risquait, selon eux, de faire disparaître les libertés et les institutions du duché.
Ces opposants redoutaient notamment l'attribution des charges administratives à des Français, l'alourdissement de la fiscalité, l'affaiblissement du commerce maritime et la remise en cause des droits et privilèges de la Bretagne.
Dans les éditions expurgées, les développements faisant apparaître les réticences des États et les difficultés rencontrées par le pouvoir royal furent supprimés ou remaniés.
Ces passages contredisaient l'image d'une union unanimement désirée et librement acceptée par les Bretons.
Une source historique à redécouvrir
Le témoignage de Bertrand d'Argentré est particulièrement intéressant parce qu'il restitue une vision bretonne des événements qui ont conduit à la disparition du duché souverain.
Son œuvre constitue un document essentiel pour comprendre les débats autour de l'intégration de la Bretagne au royaume de France et la manière dont cette histoire fut ensuite racontée.
Une édition adaptée aux lecteurs d'aujourd'hui
L'initiative de Yoran Embanner consiste à rendre accessible un texte dont la langue du XVIe siècle et les nombreuses références historiques rendaient la lecture difficile. Le français a été modernisé, les passages latins traduits et les noms de lieux actualisés. Les personnages historiques sont identifiés plus précisément et des éléments de contexte permettent de mieux comprendre les événements.
Surtout, les passages autrefois censurés sont signalés en rouge, permettant au lecteur d'identifier directement ce que le pouvoir royal avait voulu faire disparaître.
Cette réédition présente ainsi un double intérêt : redonner accès à un texte majeur de l'historiographie bretonne et permettre de mesurer concrètement l'intervention du pouvoir royal dans l'écriture de l'histoire.
Plus de quatre siècles après sa première rédaction, l'Histoire de Bretagne de Bertrand d'Argentré retrouve ainsi une nouvelle actualité, en offrant aux lecteurs la possibilité de découvrir que l'édit royal de 1532 n'a été qu'une union forcée.
Commentaires (2)
Bertrand d'Argentré s'interroge-t-il sur cet édit qu'on fait passer pour un traité ?
J'espère qu'il y a une préface de Jean Kerhervé ?