L'expression politique en faveur de la Bretagne, on a vu quelques frémissements, mais des percées pour celles en faveur de l'Alsace et du Pays basque

-- Politique --

Point de vue
Par Christian Rogel

Publié le 24/03/15 9:17 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Un effort mal  préparé pour des candidatures d'inspiration bretonne plus diverses

Jusqu'à présent, l'Union démocratique bretonne (UDB) était la seule formation bretonne à avoir présenté un nombre significatif de candidats lors des élections cantonales, qui sont devenues, en mars 2015, les élections départementales avec des binômes femmes-hommes dans des cantons deux fois plus grands et un mode de scrutin presque inchangé (bi-nominal à deux tours).

Cela a créé des difficultés supplémentaires pour trouver des candidats, car il fallait présenter une femme et un homme et un suppléant pour chacun en faisant appel, parfois, à la solidarité familiale.

De manière générale, les postulants ont annoncé leur engagement dans la bataille au tout dernier moment, et les électeurs ont fait peu confiance à ceux qui, visiblement, n'étaient là que pour une candidature qu'ils ont perçue, peu ou prou, comme factice.

Les meilleurs résultats à ceux qui sont sortants ou élus communautaires

Après le premier tour des élections départementales, les bons résultats, mettons ceux qui sont supérieurs à 10%, n'ont été obtenus que par des personnes déjà élues, sortantes ou déléguées dans leur Communauté de communes.

De là viennent les bons résultats de Christian Troadec (35,56%),  à Carhaix, et Christian Derrien (25,59%), à Gourin et en alliance avec l'UDB, pour les listes Nous te ferons, Bretagne, ainsi que le score honorable de Daniel Kernalegenn (13,62%), bien connu dans l'ancien canton de Briec, et concourant sous le même label.

Dans la même catégorie, mais, un peu à part, se situe Yves Pelle, président du Parti Breton, et faisant équipe avec une personne connue pour son engagement à l'UMP, le binôme étant officiellement investi par l'Union de la Droite et du Centre à Rennes.

Il fait fructifier son élection à la mairie, en 2014, sur la liste d'opposition de droite, suivie d'une désignation comme conseiller communautaire de Rennes-Métropole.

Il y a là une rupture avec la maxime du Mouvement breton traditionnel qui proclamait sa neutralité, vis-à-vis de la classe politique française et de ses oppositions vues comme artificielles («Ni Rouges, ni Blancs, Bretons seulement»). Dans les 22,76% obtenus, il est impossible de distinguer les voix qui sont allées au Parti Breton et il n'est pas sûr que cette tactique fasse l'unanimité au sein du parti.

Autre résultat du à une bonne implantation, celui de Lionel Henry, auteur d'un dictionnaire du mouvement breton, dans le canton de Melesse (Ille-et-Vilaine) et dont les candidatures répétées et les fonctions d'adjoint au maire de Montreuil-le-Gast expliquent les 16,66% obtenus. Une liste divers gauche, écologiste et autonomiste a donc mis en difficulté le PS qui risque de perdre, si les électeurs «dissidents» du second tour se dérobent et l'exaspération contre l'impérialisme de Rennes-Métropole est un bon motif.

Des alliances à géométrie variable qui rendent les positions peu lisibles

La stratégie de l'UDB a été diverse dans plusieurs cantons des Côtes-d'Armor où elle s'était associée à des partis de gauche (PS, Front de Gauche, EELV) avec des formules variables, souvent en fournissant un ou deux suppléants. Les résultats ne peuvent, alors, clairement lui être imputés. A Guingamp, Mona Bras obtient, sans alliance, 5,02 %.

Plus intéressant est le résultat du binôme Le Gall-Lefresne dans le canton de Rostrenen, car, sous les seules couleurs de l'UDB, il obtient 11,24%. On peut y voir, et le résultat de candidatures passées et un effet de bord du mouvement des Bonnets rouges qui avait ému les habitants, agriculteurs et petits entrepreneurs de cette zone.

La jeune nomenklaturiste PS, Sandra Le Nouvel, aura besoin de leurs voix pour ne pas trébucher (1), alors que les zones très rurales se sentent délaissées par l'Etat métropolisateur.

Les 7 binômes présentés en Loire-Atlantique l'étaient tous en autonomie complète et ont obtenu des votes oscillant entre 2,11% et 5,25%. En Morbihan, les 4 binômes sans alliance ont des résultats légèrement meilleurs, mais restent très faibles. Même Yann Syz, adjoint au maire de Lorient, ne valorise pas sa position (2,58%). Les résultats de Rennes, Brest 5 et de Douarnenez sont de même niveau.

A noter, un réel effort dans la communication : affiches de bonne facture et un site de campagne. 

Pendant ce temps-là, en Alsace et au Pays basque-Nord

En Alsace, Unser Land-Mouvement alsacien était présent dans la moitié des 40 cantons. bien que souvent jeunes et n'ayant songé à faire campagne qu'en janvier, les candidats, portés par la vague d'indignation provoquée par la prétention socialiste à abolir un vieux pays d'Europe, ont réussi à faire de l'autonomisme alsacien, la troisième force politique de leur nation sans Etat qui avait su se gérer elle-même avant de retomber dans la grisaille jacobine. Il n'a manqué que 25 voix à un binôme pour être au second tour.

Au Pays basque-Nord, les candidats nationalistes de gauche d'Euskal Herria Bai se sont qualifiés pour le second tour dans plusieurs cantons, obtenant 16% en moyenne, et peuvent remporter des sièges. Ils ne donnent pas de consignes de vote ailleurs.

Trop de stratégies locales, pas assez de doctrine

L'année  2015 est celle de la perte de toute notion de cohérence dans la stratégie des chapelles du mouvement breton. L'UDB est frondo-gauchiste en Kreiz Breizh, social-légitimiste ou écologiste radicale, ici ou là (2), Nous te ferons, Bretagne fait le grand écart entre l'image divers gauche de son leader et ses alliances diverses avec le Parti Breton, Breizh-Europa et... l'UDB (pas celle de Carhaix, bien sûr : elle peine à s'allier avec Troadec).  Le Parti Breton met son drapeau indépendantiste dans la poche à Rennes et le déploie à Vannes.

Evidemment, les faibles résultats sont la faute aux méchants médias, mais on pourrait proposer une approche différente, celle de faire de la «vraie politique». Cela pourrait passer par un programme sans impasses sur la vie quotidienne des gens, des alliances claires ou mieux une plateforme commune, des candidats se préparant plusieurs mois à l'avance, de l'entrisme au niveau communal et une direction de campagne ferme et souple.

Car, être persuadé soi-même d'avoir raison n'a jamais convaincu quiconque.

(1) L'UDB Kreiz Breizh annonce ne pas donner de consignes de vote en raison des «compromis libéraux du gouvernement» et de la baisse des dotations de l'Etat aux communes.

(2) L'UDB dit qu'elle fait alliance avec ceux qui sont d'accord avec ses principes fondamentaux, mais omet de rappeler lesquels.

Merci au politologue Tudi Kernalegenn d'avoir autorisé l'ABP à publier sa carte montrant les résultats du mouvement breton

Christian Rogel

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