L'élection présidentielle : deux projets politiques qui ne conviennent pas à la Bretagne

-- Politique --

Point de vue
Par Philippe Argouarch

Publié le 26/04/17 10:09 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Le second tour des élections présidentielles présente deux projets politiques en collision. Il s'agit du projet «France» défini lors de la Révolution française, l'ancien projet donc, et le nouveau projet politique, le projet Europe, l'Union européenne, créée en novembre 1993 sur les bases de la Communauté économique dont les fondements furent posés en 1956. Si ces deux projets politiques correspondent à des territoires différents, ils correspondent aussi à deux solutions aux difficultés économiques de la France, le premier propose le protectionnisme et le deuxième une libéralisation.

Je n'ai jamais compris et je trouve déplorable que les leaders du PS ou des Républicains déclarent tous les jours que Marine Le Pen n'est pas républicaine. Elle serait fasciste ou je ne sais quoi. C'est un dangereux mensonge qui ne fait que la servir. Marine Le Pen est l'incarnation du projet républicain - elle en est l'accomplissement, l'aboutissement et l'essence même. Le mot nation est dans tous ses discours. Elle est nationaliste, robespierriste même, puisque adoptant à 100 % la conception française de la nation -- c'est à dire une nation à géométrie variable qui comprend les populations et les peuples contrôlés par l'État français à un moment donné de son histoire. Marine Le Pen est, de plus, la championne de la laïcité républicaine et du liberté égalité fraternité. Elle est l'héritière de toute l'idéologie républicaine. Elle est si attachée aux départements créés en 1791 qu'elle veut supprimer les régions. Sous Marine Le Pen, la Bretagne disparaît complètement. Le FN est pourfendeur de tous les «communautarismes» -- sauf celui de la nation française. Le projet est totalitaire dans la mesure où sa nation républicaine, et ceci dès son origine, est composée de la totalité niée de ses composantes.

L'autre projet, celui d'Emmanuel Macron, est le projet Europe. Je n'ai jamais cru que Macron ait été appelé par Hollande ou encore moins qu'il en soit son héritier. Hollande a tout le temps choisi la promotion de ses amis du Parti socialiste comme Sarkozy choisissait ses amis de l'UMP.

Ce sont les banques, auxquelles la France emprunte 800 millions d'euros par jour (chiffre de l'Institut de Locarn) et Bruxelles, envers qui la France avait pris des engagements sur le déficit qu'elle ne respecte pas, qui ont imposé Emmanuel Macron à François Hollande, d'abord comme conseiller, puis comme ministre de l'Économie. Macron veut libéraliser l'économie française pour qu'elle redevienne compétitive, puisse limiter son déficit et surtout puisse payer les intérêts sur la dette sans continuer à emprunter car cela finit par inquiéter au plus haut niveau de la finance internationale. Son programme est le même que celui de Fillon mais avec plus de social, un peu de pommade, pour bien faire passer les réformes.

Nous sommes confrontés à deux projets qui sont tous les deux inadéquats pour la Bretagne.

Les nostalgiques

Le projet France n'est plus acceptable pour la Bretagne car depuis le début il nie l'existence d'un peuple breton, de son histoire, de ses langues et de ses spécificités, au nom justement de cette nation française du projet France. Cette négation, les Bretons l'avaient plus ou moins acceptée car elle fut compensée par un formidable développement économique et aussi une certaine sécurité grâce à une armée française qui fut une des plus puissantes au monde. Ces deux garanties sont en voie de disparition et rien n'assure que Marine Le Pen puisse les restaurer. On est en droit d'en douter fortement. Si le projet «France» était pertinent en 1789, car la monarchie absolue n'était pas adaptée à la révolution industrielle, le projet n'est plus adapté à une économie mondialisée et numérisée. Finalement l'histoire montre que le protectionnisme est toujours suivi de mesures réciproques venant des autres pays. Il peut créer des emplois à court terme mais à la longue, le système est perdant.

Les utopistes

Le projet Europe est aussi remis en cause car si certains ont pu croire que cette Europe serait un pas vers «l'Europe aux cent drapeaux» qu'avait entrevue Yann Fouéré, il n'en est rien. Certes on a eu la paix pendant des décades mais la communauté européenne est une communauté d'États et non une communauté de citoyens européens et encore moins une communauté de régions européennes. On a vu les prises de position des commissaires contre l'indépendance de l'Écosse ou de la Catalogne. Pire, cette Europe présente des institutions très peu démocratiques qui, d'ailleurs, avaient été rejetées par référendum. Elle a été verrouillée pour que rien ne puisse y être changé puisqu'un seul État peut bloquer la volonté des 27 autres comme l'a montré François Asselineau, un des candidats du premier tour-- contrairement aux USA où il suffit de 3/5 des États pour amender la Constitution.

Les ouvriers bretons comme ceux des chantiers navals de Saint-Nazaire sont victimes des travailleurs détachés, une concurrence déloyale puisque le patron paye des charges moindres sur ces ouvriers venant de l'Europe de l'Est. Les charges sont au niveau de celles du pays d'origine. Les paysans bretons sont victimes de concurrences déloyales puisque les tomates et autres fruits et légumes d'Andalousie sont produits dans des serres où travaillent des Espagnols au noir ou des Marocains sans papiers. Les abattoirs ou les producteurs de porcs allemands sont aussi pour les Bretons une concurrence déloyale puisque le fermier allemand ne paie pas de charges sur les travailleurs saisonniers ou sous-paie des travailleurs polonais, voire des Ukrainiens.

Le projet Europe est certes plus adapté à la géopolitique mondiale de grands blocs continentaux mais sans une harmonisation fiscale, sociale et un véritable gouvernement fédéral, il sera rejeté. Le Brexit est juste le début du dé-tricotage d'un système verrouillé. Macron pourra-t-il y changer quelque chose ? On peut en douter.

Je voterai pour le moins jacobin des deux.

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