L'attentat de Nice remet en cause les grands festivals bretons comme les Vieilles Charrues

-- Festivals --

Chronique
Par Philippe Argouarch

Publié le 15/07/16 10:41 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Il ne s'agit pas d'avoir peur, mais il ne s'agit pas non plus de vouloir continuer à courir comme des autruches la tête enfoncée sous son aile pour ne pas faire du tort aux commerces locaux si dépendants des festivités d'été en Bretagne. Même s'il y a eu une trêve pendant l'Euro, les grandes concentrations de foules sont devenues des cibles des terroristes, de désespérés et de cinglés de toutes sortes donc des zones de danger en France.

Si le but de DAESH et de ceux qui se prétendent de DAESH est de faire le plus de morts possible et, en plus, de faire comme en Égypte, d'atteindre l'industrie du tourisme, pour toucher aux caisses d'une industrie de plus en plus importante en France et tout particulièrement à Paris, mais aussi en Bretagne comme sur la Côte d'Azur, il est évident que se rendre dans un grand festival est se mettre volontairement dans une zone de danger.

Le vendredi matin, on apprenait qu'Emmanuel Macron avait annulé son déplacement à Carhaix. Les voitures étaient aussi fouillées à l'entrée des parkings des Vieilles Charrues, mais on ne peut ignorer que l'imagination et la haine des terroristes sont sans limites et adaptent sans arrêt leurs méthodes. Un camion bien conduit est l'équivalent d'un char d'assaut et aucune clôture, aucun policier, même armé, ne peut prétendre pouvoir assurer à 100 % la sécurité d'une foule. Pour DAESH, les Vieilles Charrues ne sont qu'un super Bataclan et sont forcement une cible privilégiée.

Pourquoi le festival des Vieilles Charrues est-il une cible prioritaire pour DAESH ?

Selon un sondage publié par le Huffington Post en 2013 (voir le site) , les festivaliers «préfèrent l'alcool, la drogue et le sexe à la musique». La musique serait juste un alibi. Plus de 100.000 litres de bière sont consommés via 850.000 gobelets. Les drogues douces circulent aussi un peu partout. Quant aux campings, tout le monde sait que c'est un vaste baisodrome où les jeunes ont souvent la première occasion de «coucher» loin du regard des parents. C'est presque devenu un rite d'initiation. Un passage vers la vie adulte, diraient les sociologues.

Le problème c'est que l'État islamique est juste l'opposé. Le festival concentre tout ce que les islamistes haïssent profondément. Au Khalifat, l'alcool, le tabac, le hash sont strictement interdits, comme d'ailleurs le sexe hors mariage. Ce qui se passe pendant quatre jours aux Vieilles Charrues rend les islamistes fous furieux et ce n'est qu'une question de temps avant qu'un nouveau carnage survienne. Et ce n'est pas la prise de Mosoul et de Raqqa qui changera quoi que ce soit car l'ennemi est dans nos murs y compris en Bretagne.

Nous ne sommes pas à l'ouest mais en Bretagne

L'ironie du sort est que la West Web Fest qui, depuis 3 ans, veut profiter de la popularité des Vieilles Charrues pour organiser au même endroit, au même moment, une fête de l'internet, se retrouve aujourd'hui avec tous les problèmes du festival : problèmes aigus de sécurité, problèmes aigus de parkings et difficulté d'accès pour les journalistes, les conférenciers et les intéressés. Le tout vous coûtera en plus l'exorbitant 400 euros pour deux jours. Oui, vous avez bien lu, plus d'un tiers de SMIC pour écouter parler ceux qui ont plus ou moins réussi avec leur start-up parisienne. Pour la plupart des succès sur-valorisés - sauf pour blablacar. Et Le Bon Coin n'est pas une idée française comme on essaie souvent de nous le faire croire. Si on compare avec ce qui sort d'une autre vallée, je veux nommer la Silicon Valley, où sont installés Google, Apple, Facebook et 3.000 autres, ce qui se passe en France et en Bretagne est quasi nul. Les idées existent certes, elles sont encouragées même, mais au niveau du passage de la start-up à la PME c'est le fiasco total sauf si justement on part en Amérique.

Fanfaronnades irresponsables

Continuer à faire la fête à Carhaix, après ce qui s'est passé à Nice et alors que le reste de la France pleure les victimes dont de nombreux enfants et malgré l'état de deuil national décrété, est indécent. Quant aux organisateurs qui s'obstinent vers le toujours plus grand, toujours plus de monde, toujours plus de démesure, ils porteront une part de responsabilité le jour où un cinglé se fera péter dans la foule ou foncera à travers la clôture pour écrabouiller nos jeunes. La fanfaronnade du directeur général des Vieilles Charrues, Jérôme Tréhorel, qui se félicite dans Le Télégramme du lundi 18 juillet, d'avoir atteint un nouveau record de fréquentations pour l'édition 2016, est aussi indécente et montre bien le degré d'irresponsabilité et de déni de la nouvelle réalité, voire de l'état de guerre dans lequel nous sommes.

Modifié le 18/07/2016 , ajouté le paragraphe : Pourquoi le festival des Vieilles Charrues est une cible prioritaire pour DAESH.

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Philippe Argouarch est un reporter multi-média ABP pour la Cornouaille. Il a lancé ABP en octobre 2003. Auparavant il a été le webmaster de l'International Herald Tribune à Paris et avant ça, un des trois webmasters de la Wells Fargo Bank à San Francisco. Il a aussi travaillé dans des start-up et dans un laboratoire de recherche de l'université de Stanford.
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