L’activité des députés de Bretagne de 2012 à 2017

L'évaluation des activités professionnelles est aujourd'hui pratiquée de plus en plus. Elle permet aux personnes évaluées d'évoluer. Les élections législatives approchant, la revue "Capital" (1) s'est livrée, en utilisant les données collectées par le collectif "Regards Citoyens" (2), à une évaluation quantitative des activités des député(e)s de la mandature 2012-2017. "Si une majorité travaille intensément, d'autres ont une productivité toute relative".

Les activités retenues pour cette évaluation sont au nombre de 5 : le nombre de rapports rédigés, d'amendements proposés, de présences en commission, d'interventions dans l'hémicycle, de propositions de loi écrites et de questions orales posées au membres du gouvernement.

Appliqués aux députés des 5 départements bretons, les résultats sont les suivants:

Quantitativement, les 7 meilleurs de ce classement sont, en premier Molac, suivi de Le Fur. Viennent ensuite Benoit, Guittet, Lurton, Raimbourg et Ferrand. Les 7 derniers sont Bouillé puis Priou, Rouillard, Le Bris, Appéré, Ménard et Errante.

Il est intéressant de compléter cette analyse quantitative par une analyse qualitative. A savoir, sur quelle thématique travaillent-ils prioritairement ? Et en particulier, quel est leur engagement pour la Bretagne ? Sachant que, comme le définit la Constitution, les députés ne sont pas élus selon le principe du mandat impératif et donc, tout député est un élu de la Nation française avant d'être celui de sa circonscription et de sa région. Mais, malgré cela, entendent-ils aussi agir comme des élus de la Bretagne ? Les députés écossais au Parlement de Londres, les députés hongrois au Parlement de Bucarest, assument ainsi collectivement la défense de leur minorité dans leurs Parlements respectifs.

Cette analyse qualitative peut se faire en étudiant les champs lexicaux de chacun des députés, c'est-à-dire sur l'ensemble des mots qu'ils ont été amenés à utiliser lors de la législature passée (3). Il y a bien entendu corrélation entre le nombre de mots utilisés et la quantité d'activités effectuées.

Ces lexiques de mots font apparaître deux classes de députés : les britto et les franco selon qu'ils défendent des problématiques bretonnes (et françaises) ou essentiellement françaises. Les typologies proposées pour les décrire ne sont que des approximations et indiquent une dominante. Elles mériteraient d'être plus fouillées.

Sur les 14 députés retenus, 4 sont britto : Molac, Le Fur, Benoit et Lurton; ces deux derniers plutôt britto-modérés. Étonnamment, on constate que ce sont aussi parmi les plus actifs !

10 députés sont franco. Cela va, dans le groupe des meilleurs, du franco-modéré au franco-comptable (en pleine actualité actuellement), une députée étant totalement franco-hors-sol. Dans le groupe des derniers, on trouve la franco-culturelle, le franco-écolo, deux franco-militaro, la franco-métro, le franco-pédago et la franco-agro.

Bien entendu, on ne manquera pas de faire remarquer que la partie des activités qui se déroulent dans la circonscription du député n'a pas été prise en compte. Mais, les assistants parlementaires sont là pour en réaliser certaines. Et puis, on peut se poser des questions sur le caractère "favoritiste " et parfois corrupteur des permanences du député.

Que conclure ? Que tous les députés des 5 départements bretons sont loin d'avoir montré la même assiduité aux travaux parlementaires durant la dernière législature et qu'une majorité n'assume pas la défense de la Bretagne au Parlement français.

Ceux ou celles qui se représenteront méritent-ils d'être réélus ?

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(1) (voir le site)

(2) (voir le site)

(3) (voir le site)

Voir aussi : L’activité des députés de Bretagne de 2012 à 2017 (suite et fin) par Le Coadic

©agence bretagne presse

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Auteur de l'article :

Le Coadic

Professeur honoraire de science de l'information - CNAM ----------------------------------------— Courriel = yvesfrancois.lecoadic@gmail.com _______________________________________

Vos commentaires :

Léon-Paul Creton
Mardi 6 juin 2017

Tout d’abord, YF Le Coadic, la distinction que vous faites entre « députés bretons ou Bretons députés » et « députés de Bretagne » est pour moi celle qui marque bien la différence nécessaire; et qui s’imposerait s’ils n’étaient pas tous seulement, dans les faits, des "députés de, et en Bretagne" ! Pour moi il n’y a pas de députés authentiquement Bretons, lorsqu’ils se maintiennent dans des partis français. Tous à mes yeux jacobins, démonstration étant faite de la stérilité d’y être, du moins pour un combat breton.

Sur le plan politique, que s’est-il passé depuis les années 50/60 ? Quels ont été les choix idéologiques et les alliances des députés et sénateurs ? Élus que l’on considère, très rapidement, négligemment, mais certainement abusivement comme Britto-compatibles. Et de plus ces élus seraient porteurs des multiples revendications bretonnes et ce simplement sur émission "d’éléments lexicaux" appropriés aux campagnes électorales diverses, et largement oubliés ensuite?

Ceci étant fait, ou tenté, quels ont été les résultats, les bénéfices dans les champs politiques, sociétaux et culturels couverts par les verbiages orientés ponctuellement et opportunément à faire croire à des prétentions et engagements profondément locaux ? Cette société bretonne en a t-elle tiré profits ou au contraire à t-elle continué à se dégrader ?

Les sursauts que représentait par exemple le CELIB, qui par ailleurs mettait en lumière des points et des réflexions riches et intéressantes, n’ont été que des ralentisseurs de la chute, limités dans le temps avant que ne reprenne la descente qui semble inexorable ! Les dynamiques impulsées se sont essoufflées car ces hommes du fait de leur appartenance, et dans la durée à des partis politiques français, privés d’autonomie et des moyens nécessaires, ont été paralysés, et au final se sont laissés passer la camisole jacobine ! L’on peut également analyser les parcours des, Pleven, Bécam, Gourvennec etc… Si la Britanny Ferries en est née et est un exemple de ce qui était, et est toujours possible dans une Bretagne autonome, cette réussite n’est pas à elle seule le développement de toute la Bretagne! Les éruptions sporadiques type Bonnets Rouges est l’habitude des Bretons, apparemment auto suffisante, sans suites importantes, logiques, intéressantes, d’avenir Y a t-il matières à des débats là-dessus ? Tous ces hommes d’hier et d’aujourd’hui entrent bien dans ma classification (toute personnelle) de ces hommes politiques qui éventuellement et rapidement se disent, ou que l’on désigne, comme Bretons.

J’ai en cet instant le livre DEBOUT BRETAGNE de Monsieur Michel Philipponneau édité en 1970 - 37,50 francs sur la réalité de la Bretagne des soixante dix années passées? Que je possède depuis cette année là, je vous suggère de le lire,si vous ne l'avez pas déjà fait, de comparer avec aujourd'hui, et d’en tirer les conclusions cinquante ans après !... Ce livre vaut le détour, surtout pour la comparaison éclairante et la vision contenue.

" [...] Il (Michel Philipponneau) s’engage politiquement en 1964 lorsqu’il estime que la solution du problème breton est d’ordre politique et il joue un rôle essentiel pour faire comprendre à la gauche démocrate et socialiste l’importance des problème régionaux [...]".

Près de cinquante ans après qu’avaient-ils donc à comprendre ces socialos? Et le cherchaient-ils ? Et ces électeurs bretons qui de générations en générations se succèdent ? De PS il devient UDF. Je crois absolument à sa sincérité, à sa "bretonnitude" profonde, mais ces ambitions et qualités, ces émotions ne pouvaient, ni ne peuvent, s’épanouir dans et par un parti français. Quant aux résultats des engagements, livres, constats et analyses, à moyen et long terme, les faits et la situation bretonne parlent d’eux-mêmes. Ceux-ci dictent quasi automatiquement, ou devraient, les actes et moyens qu’il est souhaitable de mettre en place, et ceux qu’il faut considérer comme néfastes et à combattre ; et juger de la pertinence d’accepter d’être intégré au central-jacobinisme français et prétendre pouvoir à travers cette idéologie développer pleinement les nations premières de cette France ! Dont la Bretagne.

Pour moi il y a des comportements et des discours au final, stériles car aucune stratégie, aucune détermination, aucun moyen adéquat, n’est et n’a été élaboré en dehors d'analyses et constats pertinents pour une marche à suivre, Les qualités, avancées et ambitions du CELIB n’ont pas perdurées, ne se sont pas développées davantage. Dommage certainement, mais le pouvait-il en se pliant, en obéissant aux règles parisiennes imposées ?

Donc pour moi il n’existe pas de députés ou sénateurs Bretons, donc véritablement au service de la Bretagne et des Bretons. En conséquence je n’accepte plus, au moins et définitivement depuis 81/83 que des partis et des élus qui se disent bretons, avancent cette prétention si l’on regarde "l’évolution bretonne", alors qu'ils sont dans le droit fil des pratiques et illusions entretenues. Leur alignement est permanent et accepté dans les faits, sur les conceptions idéologiques de gauche ou de droite, telles qu’émises et appliquées par toutes les organisations françaises.

Dans ces conditions, un refus de la part des électeurs Bretons « militants » devrait être la règle qu’ils se fixent. Non seulement des choix, mais des organisations et des partis locaux comme faisant alliance/allégeance sans jamais obtenir un seul bénéfice significatif pour la Bretagne et les Bretons ! Sans oublier les lamentables migrations vers les partis français qui émaillent les différents épisodes électoraux de ces six décennies passées.

Paul Molac aussi s’est fait avoir par "le système". Lui qui veut/voulait apparaître comme le plus breton en est un des derniers exemples, tout chaud et pas le moins opportuniste, EELV-UDB-PS-EN MARCHE-LREM en si peu de temps. Qu’est ce qui fait courir Paul Molac ? La Bretagne ? Et qui encore se représentera _et pendant longtemps sans doute_ aux élections si le peuple « Breton » ou de Bretagne, le lui permet! Être Breton c’est plutôt difficile tant cela demande de conviction, de rigueur et de constance dans ses engagements, ce long tunnel…

J’ai suivi les débats sur la fameuse régionalisation pendant trois jours, et tard dans les nuits, j’ai écouté et entendu les uns et les autres de ces députés de et en Bretagne… Puis d’autres débats sur des propositions de loi sur la langue…

Présenter, débattre, défendre quelque chose dont on sait que cela ne sera jamais accepté est assez confortable pour des carriéristes hexagonaux, qui préservent ainsi leur petit cheptel régional toujours très utile pour se faire élire et réélire. Des escarmouches régionalistes sans lendemain, qui amusent même les quelques "représentants" présents de l’Assemblée Nationale, bien acceptées même par les maîtres du jeu un peu condescendants certes, mais du moment qu’en fin de compte cela profite à leurs "familles" respectives cela ne les dérange pas du tout !…Et qui de plus ne sont pas dupes du jeu puéril des "provinciaux", qui ont facilement le sourire servile du soumis… Ou du roublard.

Que "nos députés" _ qui, s’ils existent, n’atteindront jamais la masse critique_ soient, aient été ou non assidus, n’est et ne sera d’aucun effet… Et, dans les mêmes conditions, ça durera encore pour longtemps!

Donc faut-il toujours et encore voter pour des ombres ? Mais enfin...ces Bretons électeurs "Que cherchent-ils au Ciel, tous ces aveugles ?"

ArSkoliad
Mardi 6 juin 2017

Très intéressant ! Ce genre d'analyse manque, et devrait être diffusé plus largement, d'ailleurs à l'ensemble des départements hexagonaux, pour leurs députés respectifs.

Ar Vran
Mardi 6 juin 2017

Merci pour cet article.

Cependant pouvez-vous nous donner plus d'informations sur les 10 députés dits "Franco" et qui classez-vous dans les différentes rubriques.

En outre vous parlez de 14 députés. Or comme la Bretagne compte 37 députés, que faites-vous des 23 autres députés?

J'aurai besoin de ces informations si je veux completer votre analyse

Yves-François Le Coadic
Mardi 6 juin 2017

Vous pouvez retrouver les correspondances entre les 10 députés franco et leurs catégories sachant que vous avez leur liste complète au troisième paragraphe.

Volontairement, seuls les 7 premiers et les 7 derniers ont été retenus pour cette étude. L’étude de l’ensemble est à paraître.

Lucien Le Mahre
Mercredi 14 juin 2017

Etude très pertinente de Y-F Le Coadic qui remet à plat, sans affect, les faux-semblants qui nous aveuglent d’autant plus que l’information habituelle joue massivement en faveur de cette cécité, au détriment d’une saine prise de conscience nécessaire à un mouvement politique breton qui n’arrive pas encore à trouver un écho assez large à ses motivations.

J’aime bien la distinction majeure entre députés " brittos" et " francos ". Dans l’Algérie française, toutes choses étant égales par ailleurs, les précurseurs des derniers avaient de leur côté acquis l’appellation peu flatteuse mais réaliste de " bénis oui-oui " .

Et puis en réponse et en complément, passionnant développement de LP Creton qui nous remet les choses (vécues) en perspective, nature humaine comprise puisque c’est en effet un des éléments du problème. Au moins, les masques tombent un à un et peu à peu les choses commencent à devenir claires.

C’est qu’on revient de loin et sans remonter aux Croisades, il y a peu nous admirions encore le Triomphe de César de la « Breizh Touch » sur les Champs Elysées, fastes certes réussis mais probablement superflus dans la cadre d’un budget déjà étriqué, et qui flattaient plus l’ego de nos francos - franco-chef en tête- qu’ils ne portaient remède aux besoins urgents de la Région.

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