Kenavo Fañch…
Communiqué de presse

Publié le 17/01/23 9:30 -- mis à jour le 17/01/23 09:30

Témoignage de Jean-Jacques Monnier qui a bien connu Fañch Péru.

“Des militants de la période du grand revival breton (1950-90) nous quittent un à un…

Fañch était l’un des plus discrets mais l’un des plus présents, actifs et créatifs depuis plus de 60 ans.

J’ai fait sa connaissance à mon arrivée dans le Trégor il y a un demi-siècle, comme jeune enseignant comme lui dans le même lycée (et collège) de Tréguier. Il enseignait aux jeunes le français et surtout le breton, et le soir encore le breton au cours du soir pour les adultes. Il faisait des conférences sur la culture bretonne ou sur ses voyages dans les pays celtiques. Je le retrouvais aussi chez lui avec Marie-Thérèse lors des premières réunions de la section de Tréguier de l’UDB, où lors des sorties scolaires où le car emmenait nos classes voir tel spectacle d’Alan Stivell ou Le printemps des Bonnets rouges, la pièce de Paol Keineg. À vrai dire, je l’avais déjà croisé au stage d’été d’Ar Falz qu’il fréquentait depuis longtemps avec son épouse Marie-Thérèse, qui partageait la plupart de ses activités et de ses engagements depuis l’âge de… 18 ans.

Poursuivant son enseignement à Tréguier, il s’installe dans la petite commune rurale de Berhet dont il devient vite conseiller municipal (1977) puis maire (1983-2001). Adhérent fidèle de l’UDB, il la représente aux élections cantonales de 1979 où il atteint 10 % des voix (mais 45 % dans sa commune), face à un bulldozer de la politique, son ami bretonnant Pierre-Yvon Trémel, qui, lui, a l’avantage d’être maire d’une commune 5 fois plus peuplée. C’est avec lui qu’il dirige longtemps l’association des élus bretonnants, qui œuvre au développement du bilinguisme dans les communes de Bretagne.

Son engagement au service de la collectivité est constant : il fait grandir sa commune de 180 habitants. Elle va même devenir un pôle culturel. C’est l’époque du Seizh Awel, le café-cabaret de Daniel et Mireille Thénadey qui offre plus de 100 spectacles et animations par an, des stages de danses irlandaises et des multiples événements, notamment liés aux sports et jeux bretons.

Plus que tout autre, Fañch est enraciné et sait se fondre dans son environnements, écouter, prendre des notes. En 1984, je deviens directeur du mensuel Le peuple breton et souhaite faire vivre un supplément en langue bretonne dans chaque numéro. J’ai besoin des capacités de Fañch pour fournir du contenu et corriger les articles, les typographes n’étant pas bretonnants. Commence une décennie de collaboration permanente, l’auteur fournissant avec une ponctualité parfaite un feuilleton mensuel qui, une fois terminé, devient un livre en breton publié aux éditions associatives Skol Vreizh. Une dizaine de ses 22 ouvrages paraîtront ainsi, en deux étapes. Quelques ouvrages sont bilingues, essentiellement la poésie. Au quotidien, Fañch ne se sépare jamais du petit carnet sur lequel il note sans cesse des détails sur le monde qui l’entoure, les conversations qu’il entend. Il nous restitue dans ses livres une bonne part de cette réalité du Trégor profond, avec le petit décalage que permet le roman. C’est donc une mine d’informations sur un pays et son évolution depuis les années 1940.

Une œuvre énorme, riche, adaptée à tous les publics, en particulier les jeunes. Un breton écrit idéal, conciliant à la fois les formes parlées trégorroises et le breton enseigné dans les écoles. Une synthèse réussie traduite par des livres abordables où le bretonnant de naissance se sent lui-aussi à l’aise. Et Fañch est là, dans les écoles bilingues, pour partager ses ouvrages par la lecture, ou dans les salons du livre, pour faire une dédicace à tous ceux qui la lui demandent. Il peut aussi participer à la section jeux bretons de l’Institut culturel, rédiger une plaquette, intervenir sur les jeux bretons en conférence ou par des articles.

Jusqu’en 2021, Fañch et Marie-Thérèse sont aussi là pour faire revivre bénévolement le café de la gare de Kerauzern et la saboterie adjacente, lieux de l’enfance bretonnante de Fañch, en musée gratuit où, au milieu du mobilier traditionnel, le couple sert le café aux visiteurs et ajoute bientôt un musée du jouet.

Unité de lieu, le Trégor intérieur, unité de vie tournée vers les réalités locales dont la culture bretonne, unité du couple autour de l’animation locale.

Cette cohérence totale ne doit pas faire oublier que Fañch est un grand écrivain et un grand poète et que l’entendre lire ses textes aux sonorités choisies avec soin montre que le militant était avant tout un grand créateur culturel, des statues en bois qu’il sculptait aux poèmes bilingues dont on attend avec impatience la publication, la 23ème, aux éditions Skol Vreizh, liée au mouvement culturel Ar Falz dont il fut membre toute sa vie d’adulte.”

Jean-Jacques Monnier, militant de l’UDB Lannuon-Perroz

Voir aussi : Michel François nous a quitté…

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Vos 1 commentaires
  Marie-Josée Christien
  le Mercredi 18 janvier 2023 17:47
Fañch avait confié certains de ses textes à la revue "Spered Gouez / l'esprit sauvage" dans les années 2000. J'avais fait sa connaissance au festival du livre de Cahaix.
C'était un grand poète, à la personnalité discrète.
De ses recueils, je me souviens d'avoir aimé "Koroll an haiku", "Ur vuhez kazh (Une vie de chat)", "Kan ar stivell (Le chant de la source)".
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