
Suite d' Impression brestoise #1, cet article a pour objectif de présenter deux textes sur la poésie de Cendrars, celui qui mit en prose les ports du monde, et Brest parmi ceux-ci.
(suite de l'article de Soufflet) « Je le constatais, une fois deux plus, cet été en tombant sur une notation qui n'a de valeur qu'occasionnelle.
Le médecin de Marine Bernard édite, chez Delagrave, en 1887, un Itinéraire de Cherbourg à Brest. On y lit :
« La plus fréquentée des rues est la rue de Siam. Elle forme avec une longue artère qui lui est parallèle et avec deux petites rues transversales, ce qu'on nomme le Quadrilatère, mot que l'on ne prononce pas sans sourire. Descendre la rue de Siam, prendre la petite traverse du bas, remonter l'autre rue traversante encore et redescendre la rue de Siam est une promenade de manège qu'affectionnent à certaines heures les jeunes officiers désœuvrés qui attendent leur tour d'embarquement, c'est ce qu'on appelle "faire le Quadrilatère". »
Sans doute s'agit-il d'une expression appartenant un moment de Brest, un groupe ou à une fratrie de jeunes, il valait d'être notés pour la petite histoire.
Mais, d'un point de vue plus largement littéraire, il vaut qu'on examine ce que Blaise Cendrars a consacré à Brest.
La page se trouve dans l'Édition complète Denoël 1948. Il y a là onze croquis de port sous un titre collectif : "Bourlinguer". Cela finit par Anvers, Gênes, Rotterdam, Hambourg, Paris (mais oui!), cela commence par Venise, la Corogne, Bordeaux, Brest, Toulon. Un Toulon, pitoyablement sacrifié.
De Toulon, en effet, Blaise Cendrars ne se rappelle qu'un lit divan à dos d'éléphant, qu'il appelle le Howdoh et autour duquel il tricote quelques histoires alcoolisées. Quant à la ville, tout au plus nous dit-il - ce qui est un coup de chapeau à Claude Ferrer - : « tout est noyé comme dans un rêve d’opium… ». Passez muscade ! nous ne saurons jamais si Blaise Cendrars a vu Toulon.
Et ici se constate l'extraordinaire et constante présence de Brest. Car Brest a droit à une page de choix, dont on apprécie le soin, même si on en discute les assertions, même si son titre ne laisse pas d’étonner. Car il est fait ce titre de trois mots : "Cocotte en papier".
"Cocotte en papier" ! et pour Brest, où va-t-on ? On le saura bientôt si l'on veut franchir les premières lignes. « Brest est par terre aujourd’hui… » et, aussitôt : « Certains conserveront le souvenir du Port de Guerre, etc. » et voici le mot après lequel courait cette précaution oratoire ou sentimentale : « Pour moi Brest… Brest est une séquence essentiellement féminine… »
…Une séquence féminine !… le thème est posé. Il n'est plus que de le développer avec un grand amour de Brest, mais qui ne peut nous refuser quelques critiques marginales, autant que souriantes.
Voici donc, comme dans une sonate, le premier mouvement du thème, tel que Blaise Cendrars le présente :
« Cela commence par la "Belle Poule", cette nef royale de haut bord et à trois ponts, galbée, stylisée, pleine de voussures et de dorures, pompeuse de la pomme du grand mât à la quille, et qui livra sous Louis XVI, un galant combat aux Anglais et qui explosa en rade de Brest, le feu à la Sainte-Barbe, ses batteries tirant à boulets rouges, toutes voiles dehors, la fleur de lys, la banderole, la flamme au vent… »
La phrase est si belle, elle remue en nous tant de grandes houles, que j'ai failli m'y laisser prendre, mais les livres d'histoire parlent : la première "Belle Poule" (…) »
Ce texte d’Edmond Soufflet, dont nous ne connaissons pas la fin (mais gageons qu’elle nous apprendrait que Blaise Cendrars ne peut pas avoir - historiquement - vu de "Belle Poule" en son temps, s’il s’était toutefois jamais rendu à Brest) ce texte illustre assez bien le sentiment que laisse sur chacun de ses lecteurs la prose du grand auteur Cendrars.
Et mon poème-cadeau, dans tout ça ? Je le dégusterai longtemps, et le savourerai tandis que d’énormes rafales de houle atlantique éclabousseront les vitres de mon bureau. Bloavezh mat à toutes et à tous.
Albertine Dalloway est une chroniqueuse qui rédige des articles sur la culture en général, et sur la scène musicale indépendante en particulier. Basée à Brest, elle écoute les sorties récentes et écrit ses chroniques tout autant qu\\\'elle évoque à la radio ses coups de coeur musicaux.
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