Brest soleil couchant sur la rade.
Brest soleil couchant sur la rade. © ABP

Découverte il y a peu dans mon ignorance crasse, la poésie de Blaise Cendrars se vit tout autant qu' elle se lit. Elle s'enrichit de textes évoquant Brest et divers ports du monde. Edmond Soufflet, chroniqueur brestois, l'avait lui aussi remarqué en son temps. Partageons ici quelques impressions brestoises autour de deux textes de ces deux auteurs.

Début janvier, même si on a repris le travail pour certain(e)s d'entre nous, il est grand temps de savourer les cadeaux que l’on a parfois reçus lors de Noël dernier. Des babioles, des livres, un set de torchons, un mixeur, de la vaisselle… Des livres, surtout.

Pour ma part, ce furent deux livres, mais aussi un poème. Poème grandiose dont je souhaite partager l’impression avec vous ici. Poème qui me ramène - une fois de plus - à mon port d'attache : Brest !

C’était le soir du 24 décembre, nous allions commencer à réveillonner. Assises toutes les deux auprès d’un feu, mon amie et moi nous trouvions bien inoccupées. C’est que tout était déjà prêt ! Elle enclencha alors la diffusion d’un morceau. Sans un mot, juste avec les yeux, elle semblait murmurer : « Chuuut, c’est un cadeau, écoute. ».

Ce que j’entendis alors - d’abord une voix - c’est un poème en transe, un poème qui se lit, un poème qui se dicte, un poème qui se clame, un poème qui se vit. Un poème qui se vit et s'écoute avec une musique derrière, une musique dans le fond. J'aime beaucoup ce poème : il est long, il dure longtemps. C'est d'ailleurs un comédien mort voici bientôt trente ans qui le lit. On en trouve une version en ligne, c'est très beau - si par curiosité vous l’écoutez, pensez à Brest !

Amis bretons, pensons à tous les ports du monde, pensons à la Russie. Car, oui : de Brest on peut rallier Vladivostok ! Cela prend des jours et des semaines mais on peut le faire. L' écrivain Hervé Bellec l'a fait. Il en a écrit un livre intitulé Les Sirènes du Transsibérien, dont je vous recommande la lecture. C’est un texte très humain, très chaleureux, auquel ne manque - à mon sens - ni humour ni sentiment. Sans évoquer son caractère historique précisément documenté, et ainsi rendu passionnant.

Le Transsibérien. Il y eut aussi, et c’est le sujet de ce poème que D. me faisait écouter le soir du réveillon, Blaise Cendrars pour emprunter (peut-être !) ce phénoménal train voici plus d’un siècle. Cendrars aura-t-il traversé la Russie avec un joaillier ? Ce récit, ce poème, ce livre, - on peut l'emprunter dans n'importe quelle médiathèque brestoise - c'est La prose du Transsibérien et la petite Jeanne de France. On peut l'écouter aussi. Car le comédien qui l'a lu - j'en reviens à mon cadeau de Noël, on y arrive ! - mort depuis longtemps, est probablement le meilleur pour le déclamer. Voici le lien à consulter si vous voulez l’ écouter à votre tour

C’est ainsi qu’aujourd'hui je souhaite partager avec vous les embryons de recherches que j'ai entreprises au sujet de ce poème-transe, et de ce Transsibérien. Au sujet de Brest, qui est ma ville et dont on ne parle, ni ne part, pas impunément, Cendrars écrit aussi dans Bourlinguer. Ce n’est pas passé inaperçu auprès d’un certain Edmond Célestin Soufflet « né à Cambrai (Nord) le 18 novembre 1900 » (il est mort à Brest le 1er octobre 1981).

« Nommé enseignant au lycée de Cherbourg, (Soufflet) y est élu maire (RPF) en 1947, succédant à René Rosette. Il reste en poste jusqu'en 1953. En 1951, il accueille le général Eisenhower, débarqué à Cherbourg, du Queen Elizabeth. Il revient ensuite à Brest, où il enseigne aux lycées de l'Harteloire et de Kérichen, puis au Collège universitaire. Ne quittant pas la politique pour autant, il intègre le conseil municipal de la ville. Il est le premier président de la Société d'études de Brest et du Léon (1954-1979). Il collabore aussi pendant vingt ans au quotidien Ouest-France en tant que chroniqueur artistique. » (Cette biographie est extraite d’une page Wikipedia.).

Et ce cadeau, alors, me demanderez-vous ? Patience... Revenons tout d’abord à "Blaise Cendrars et Brest" par Edmond Soufflet. Voici le texte de extrait de Feuille de routes No. 21 (Novembre 1989), pages 14-16 (éditions Classiques Garnier) texte de Soufflet transcrit par mes soins malhabiles car je n'en ai trouvé que des feuillets typographiés qui sont difficilement lisibles en ligne.

« Un de plus ! ». Les "Impressions brestoises" des grands passants foisonnent. J’ai eu jadis l'intention de les rapprocher dans un livre qu'on ne manquerait pas d'appeler aujourd'hui : un… Brestorama. Le bon François Menez avait salué avec joie cette initiative. Je n'ai pas été au bout de mon projet parce qu'ils sont trop nombreux ceux qui ont subi l'incantation de Brest et noté leur propre réactions. Quand on en citerait cent, on en oublierait, on en oublierait mille, quand on en évoquerait mille, on en laisserait de côté, beaucoup plus. Brest et Brest seul parmi les ports de Guerre, a, dans la littérature, ce visage innombrable. » à suivre...

logo Albertine Dalloway est une chroniqueuse qui rédige des articles sur la culture en général, et sur la scène musicale indépendante en particulier. Basée à Brest, elle écoute les sorties récentes et écrit ses chroniques tout autant qu\\\'elle évoque à la radio ses coups de coeur musicaux.