
Histoire de l'âme bretonne
Réalisation : ABP
Conférence intégrale sauf pou la présentation et le film à la fin sur les photos Yvon Boëlle.
À l'occasion du Festival Interceltique de Lorient, l'historien et géographe Jean-Michel Le Boulanger est venu présenter son dernier ouvrage, Bretagne Monde, réalisé avec le photographe Yvon Boëlle. Pendant un peu plus d'une heure, il s'est interrogé sur ce qui, au-delà de l'histoire et de la géographie, constitue « l'âme de la Bretagne ».
Le point de départ du livre est une phrase de l'écrivain Laurent Gaudé : « L'histoire fera le récit des faits. Qui fera le récit des âmes ? » Après avoir consacré de nombreux ouvrages au « récit des faits », Jean-Michel Le Boulanger explique avoir voulu cette fois explorer quelque chose de beaucoup plus subjectif : ce lien intime qui unit les Bretons à leur territoire.
Comme avant lui Pierre-Jakez Hélias (1914_1995) et encore avant le grand naturaliste écossais John Muir (1838-1914) : "We are now in the mountains and they are in us", Jean-Michel Le Boulanger insiste sur ce lien intime entre l'homme et son territoire : " Nous habitons un territoire et le territoire nous habite en retour ".
Paysages, langue et résistances
Cette âme bretonne, Jean-Michel Le Boulanger la recherche d'abord dans les paysages, dans leurs limites souvent incertaines entre terre, mer et ciel, mais aussi dans la langue, la toponymie, les spiritualités et ce patrimoine religieux omniprésent.
Mais son récit est aussi celui des résistances et de ce qu'il appelle « l'insolence » bretonne : les sardinières de Douarnenez, la Résistance, Glenmor, Gilles Servat, Stivell, les luttes contre les marées noires, Plogoff, Diwan ou encore les filières bilingues.
Faire confiance à la jeunesse
L'ancien vice-président de la Région Bretagne refuse surtout l'idée régulièrement avancée selon laquelle nous assisterions à la disparition des « derniers Bretons ». Chaque génération, rappelle-t-il, a cru voir disparaître la Bretagne qu'elle avait connue.
« La Bretagne de 2050 ne sera pas tout à fait la Bretagne de 2026. C'est la vie des territoires. Mais il faut aussi faire confiance à la jeunesse. »
Il souligne notamment la jeunesse des milliers de musiciens et danseurs des bagadoù et cercles celtiques, preuve selon lui que la transmission se poursuit et que la culture bretonne continue de produire des formes nouvelles.
Dans la dernière partie de sa conférence, Jean-Michel Le Boulanger esquisse enfin la Bretagne qu'il souhaiterait voir émerger : une Bretagne autonome (le mot n'est pas prononcé mais on l'a compris), capable de ralentir face à l'accélération permanente du monde contemporain, ouverte sur le monde tout en restant enracinée, attachée au bénévolat et au collectif, et laissant une place aux valeurs, aux artistes et à l'imaginaire face à une société de plus en plus gouvernée par les chiffres.
Ceux qui ont écouté Jean-Michel Le Boulanger auront certainement envie de lire le livre : combiner ainsi des mots et des images magnifiques est rare.
Commentaires (4)
Très très bon papier !
Et le boulanger est bien loin d'être une bille…
Demat deoc'h ; il ne faut pas avoir peur de prononcer le mot autonomie ; c'est un concept qui a fait son chemin dans la population bretonne ; le temps du « Feuleubeu » est oublié, ou presque ; le terme est utilisé officiellement pour le projet pour la Corse. Nous pouvons nous étonner de la politique menée par le Conseil régional de Bretagne (B4) ; quelle passivité face à Paris ! Pas de coup de poing sur la table, pas d'engeulades franches et massives. Nos élus sont bien timorés ; la Cornouaille/Kernow a rattrapé la Bretagne dans tous les domaines ; Londres reconnaît la particularité celtique du Cornwall, et désormais la langue, le Kernewek, est reconnue. Quid des Bretons de Letavia ? Quand on connaît la force des revendications galloises, nous pouvons baisser la tête, avec un Conseil qui gère une piètre situation. Qui connaît bien les élus du CRB ? Pas grand monde. Le silence appelle le silence (oh ! phrase historique, notez bien s'il vous plaît !). Si un jour, Paris décide de piquer un bout du sud du Morbihan (co/Penestin) pour le placer en 44 et donc en Pays de la Lune (Loar), qui bougera ? Nobody. Où est le Front patriotique breton ? Où est le parti qui représente les patriotes bretons ? Il n'y en a pas. L'Udeubeu mange au râtelier de LFI (à Gôche toute), et les partis plus modérés, libéraux, ont disparu. Setu enta ar saviad Tud yowank a Vreizh izel. Gwelet vo pelloc'hig gant ar re yowank, marse. A wir galon, YG
La Bretagne est la province de l’âme. « Julien Gracq. »
Parler de « l'insolence » bretonne est une édulcoration des luttes vitales menées depuis tant de siècles en Bretagne contre la pure violence (la révolte du Papier Timbré, Saint-Marcel), l'absolue bêtise et l'hégémonie centralisée (l'ethnocide). Le « Joint Français », la lutte antinucléaire à Plogoff, ..., etc., cela fut !