
Histoire de l'âme bretonne
Réalisation : ABP – 475 vues
Conférence intégrale sauf pou la présentation et le film à la fin sur les photos Yvon Boëlle.
À l'occasion du Festival Interceltique de Lorient, l'historien et géographe Jean-Michel Le Boulanger est venu présenter son dernier ouvrage, Bretagne Monde, réalisé avec le photographe Yvon Boëlle. Pendant un peu plus d'une heure, il s'est interrogé sur ce qui, au-delà de l'histoire et de la géographie, constitue « l'âme de la Bretagne ».
Le point de départ du livre est une phrase de l'écrivain Laurent Gaudé : « L'histoire fera le récit des faits. Qui fera le récit des âmes ? » Après avoir consacré de nombreux ouvrages au « récit des faits », Jean-Michel Le Boulanger explique avoir voulu cette fois explorer quelque chose de beaucoup plus subjectif : ce lien intime qui unit les Bretons à leur territoire.
Comme avant lui Pierre-Jakez Hélias (1914_1995) et encore avant le grand naturaliste écossais John Muir (1838-1914) : "We are now in the mountains and they are in us", Jean-Michel Le Boulanger insiste sur ce lien intime entre l'homme et son territoire : " Nous habitons un territoire et le territoire nous habite en retour ".
Paysages, langue et résistances
Cette âme bretonne, Jean-Michel Le Boulanger la recherche d'abord dans les paysages, dans leurs limites souvent incertaines entre terre, mer et ciel, mais aussi dans la langue, la toponymie, les spiritualités et ce patrimoine religieux omniprésent.
Mais son récit est aussi celui des résistances et de ce qu'il appelle « l'insolence » bretonne : les sardinières de Douarnenez, la Résistance, Glenmor, Gilles Servat, Stivell, les luttes contre les marées noires, Plogoff, Diwan ou encore les filières bilingues.
Faire confiance à la jeunesse
L'ancien vice-président de la Région Bretagne refuse surtout l'idée régulièrement avancée selon laquelle nous assisterions à la disparition des « derniers Bretons ». Chaque génération, rappelle-t-il, a cru voir disparaître la Bretagne qu'elle avait connue.
« La Bretagne de 2050 ne sera pas tout à fait la Bretagne de 2026. C'est la vie des territoires. Mais il faut aussi faire confiance à la jeunesse. »
Il souligne notamment la jeunesse des milliers de musiciens et danseurs des bagadoù et cercles celtiques, preuve selon lui que la transmission se poursuit et que la culture bretonne continue de produire des formes nouvelles.
Dans la dernière partie de sa conférence, Jean-Michel Le Boulanger esquisse enfin la Bretagne qu'il souhaiterait voir émerger : une Bretagne autonome (le mot n'est pas prononcé mais on l'a compris), capable de ralentir face à l'accélération permanente du monde contemporain, ouverte sur le monde tout en restant enracinée, attachée au bénévolat et au collectif, et laissant une place aux valeurs, aux artistes et à l'imaginaire face à une société de plus en plus gouvernée par les chiffres.
Ceux qui ont écouté Jean-Michel Le Boulanger auront certainement envie de lire le livre : combiner ainsi des mots et des images magnifiques est rare.
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Commentaires (22)
Très très bon papier !
Et le boulanger est bien loin d'être une bille…
...et pourtant, elle roule...
Demat deoc'h ; il ne faut pas avoir peur de prononcer le mot autonomie ; c'est un concept qui a fait son chemin dans la population bretonne ; le temps du « Feuleubeu » est oublié, ou presque ; le terme est utilisé officiellement pour le projet pour la Corse. Nous pouvons nous étonner de la politique menée par le Conseil régional de Bretagne (B4) ; quelle passivité face à Paris ! Pas de coup de poing sur la table, pas d'engeulades franches et massives. Nos élus sont bien timorés ; la Cornouaille/Kernow a rattrapé la Bretagne dans tous les domaines ; Londres reconnaît la particularité celtique du Cornwall, et désormais la langue, le Kernewek, est reconnue. Quid des Bretons de Letavia ? Quand on connaît la force des revendications galloises, nous pouvons baisser la tête, avec un Conseil qui gère une piètre situation. Qui connaît bien les élus du CRB ? Pas grand monde. Le silence appelle le silence (oh ! phrase historique, notez bien s'il vous plaît !). Si un jour, Paris décide de piquer un bout du sud du Morbihan (co/Penestin) pour le placer en 44 et donc en Pays de la Lune (Loar), qui bougera ? Nobody. Où est le Front patriotique breton ? Où est le parti qui représente les patriotes bretons ? Il n'y en a pas. L'Udeubeu mange au râtelier de LFI (à Gôche toute), et les partis plus modérés, libéraux, ont disparu. Setu enta ar saviad Tud yowank a Vreizh izel. Gwelet vo pelloc'hig gant ar re yowank, marse. A wir galon, YG
La Bretagne est la province de l’âme. « Julien Gracq. »
Parler de « l'insolence » bretonne est une édulcoration des luttes vitales menées depuis tant de siècles en Bretagne contre la pure violence (la révolte du Papier Timbré, Saint-Marcel), l'absolue bêtise et l'hégémonie centralisée (l'ethnocide). Le « Joint Français », la lutte antinucléaire à Plogoff, ..., etc., cela fut !
La Bretagne n'est ni espiègle ni opiniâtre, elle fut vaincue par l'hubris d'un prédateur et n'est même plus une province.
m J M Le Boulanger écrit pour plaire et le fait bien, parle très bien et le fait bien à voir le nombre de femmes dans les salles où il se produit.
Il a été de longues années haut placé au C R à Rennes. Qu'a-t-il fait pour les langues bretonnes ? Rien selon moi, je l'ai rencontré deux fois avec mon ami Y B à ce sujet. Écouter aussi, il sait faire, mais ensuite ?
A-du penn-da-benn gant skridoù Yvan Guehenneg. Chesnay Girard a zo iun « andouilhenn » dinerzh hag aonek liammet penn-da-nenn ouzh « pennoù-bras Paris ». N’ei netra da c'hortoz digantañ. Al lod vrasañ an dilennidiber Vro-ni a zo plegañ dindan al levezon strolladoù gall.
Ni, Bretoned, a zo kaoz ivez hor stad politikel mantrus : n’eus ket tu da lakaat ar strolladoù-brujun breton da labourat asambles evit ur pal : Emrenerezh Breizh.
Jean LE MEE e penn an ARB-EKB
Dans votre commentaire, vous reprenez des propos de Monsieur Le Boulanger affirmant que « chaque génération a cru voir disparaître la Bretagne qu'elle avait connue ». Je ne le pense pas. Le jacobinisme républicain et la politique de remembrement ont détruit une Bretagne rurale avec ses parlers régionaux. Ma génération a vu la disparition des haies et des pommiers à la vitesse des bulldozers. Je ne suis pas passéiste, mais la langue bretonne a connu son coup de grâce. Les écoles Diwan n'ont pas été soutenues... Monsieur Le Boulanger, qui dirige le magnifique festival « Étonnants voyageurs » à Saint-Malo, défend à juste titre les cultures du monde entier, mais ce festival devrait aussi être l'occasion de défendre ce qui reste de culture bretonne. Il y a 2 ans, la venue de Nolwenn Korbell fut un grand moment. Continuez votre beau festival, mais n'oubliez pas la BRETAGNE...
En Bretagne, nous avons au contraire bien plus besoin de personnes très terre à terre qui regardent notamment les chiffres, les réalités du moment, qui ont également des réseaux extérieurs à la Bretagne (et à la France) également, réellement engagées au service de la Bretagne (même si cela ne paie pas, personnellement) que de conteurs sur des concepts aussi évanescents que « l'âme celte » (ou bretonne) et qui sont là finalement pour vendre un livre, un pins, un disque, un autocollant, aux couleurs de la Bretagne peut-être, mais sans faire, précisément, preuve d'un quelconque engagement réel, sans faire de vagues.
La société n'a pas plus besoin de l'un que de l'autre : les deux sont indispensables et font appel à des talents différents. Sans nos poètes, écrivains, peintres, musiciens et tout le monde artistique, notre société est privée de sa part de rêve et peut mourir. La Bretagne ne survivra pas avec le seul poids des lobbyistes, fussent-ils les meilleurs.
Bien entendu, mais justement, le mouvement breton, actuellement, se préoccupe bien plus du domaine culturel et patrimonial. Il le fait du mieux qu'il le peut ; cependant, il a abandonné la sphère économique et également les problèmes sociétaux. C'est justement ces thématiques qui peuvent faire la différence au niveau du grand public lors des échéances électorales. Et ce n'est pas le tout d'être élu, mais il faut faire face à des problèmes de plus en plus compliqués, ce qui demande des compétences.
Bien entendu, mais justement, le mouvement breton, actuellement, se préoccupe bien plus du domaine culturel et patrimonial. Il le fait du mieux qu'il le peut ; cependant, il a abandonné la sphère économique et également les problèmes sociétaux. C'est justement ces thématiques qui peuvent faire la différence au niveau du grand public lors des échéances électorales. Et ce n'est pas le tout d'être élu, mais il faut faire face à des problèmes de plus en plus compliqués, ce qui demande des compétences.
Une terre de légendes, de culture celtique, de bardes et de druides, c'est aussi la spiritualité, l’âme de la Bretagne, comme les légendes et les mythes avec ses conteurs. Notre conférencier les a quelque peu oubliés, bien qu'il ait cité Anatole Le Braz. Brocéliande, Graal et Roi Arthur ?
Relire d'Ernest RENAN cette note en bas de page (p. 407) de : « La poésie des races celtiques » (in : « Essais de morale et critique ») ;
« (...) très peu de personnes savent comprendre avec délicatesse ces sortes de questions relatives à l'esprit des races. Il arrive souvent que la résurrection d'un vieil esprit national se produise sous une forme très différente de celle à laquelle on se serait attendu, et par des individus qui n'ont aucune conscience du rôle ethnographique qu'ils accomplissent. »
Voici de quoi espérer.
A
Je préfèrerais que la Bretagne ait moins d'âme et plus d'intégrité territoriale, de droits linguistiques et d'autonomie.
« Au-delà de l'Histoire et de la Géographie » : c'est bien tout le problème.
Je crains que cet au-delà ne soit qu'un en-deçà trop bien emballé.
++ Trouble à vous relire associer « Bretagne » et « Bretons » à : « problème »… ! (déjà en avril - mai 2026)
A
La démagogie de cette prétendue âme bretonne persistante ne chercherait-elle pas à nous dédouaner d'avoir renié notre histoire, notre géographie, nos identités diverses ? L'acculturation ne serait donc pas un problème ?
Dans : « La poésie des races celtiques » (in « Essais de morale et de critique », BNF Gallica), Ernest RENAN a, avant tant d'autres, admirablement traité de l'âme celtique et ainsi bretonne.
« Ce qui frappe au premier coup d'œil, surtout dans les compositions idéales des races celtiques, quand on les compare à celles des races germaniques, c'est l'extrême douceur de mœurs qui y respire. » (p. 393)
« Le héros kymrique, (...), même dans ses plus étranges écarts, semble dominé par des habitudes de bienveillance et une vive sympathie pour les êtres faibles. Ce sentiment est un des plus profonds chez les peuples celtiques. » (p. 394)
L'âme est un concept spirituel et je crains que la Bretagne, sur ce point, ait perdu son âme depuis longtemps.
L'effondrement de la religion et la mort de notre langue (il ne reste plus que quelques dizaines de milliers de locuteurs de naissance) constituaient le socle de l'âme bretonne et cette réalité n'est plus. Ce n'est pas la résonance de quelques noms de lieux souvent mal prononcés par les non-brittophones ou de beaux paysages de landes, côtes... qui suffisent à démontrer que l'âme bretonne est toujours vivante. La disparition de la langue bretonne, dont le génie propre façonnait la manière de penser et la compréhension du monde, a transformé les Bretons en des Français comme les autres. Il suffit de vérifier le vote des Bretons à chaque élection pour le constater. L'heure n'est plus à des complaintes nostalgiques teintées d'un romantisme néoceltique du XIXe siècle. La seule priorité pour la Bretagne est désormais de ménager et maîtriser ses intérêts propres. Cela passe à minima par l'autonomie et, à terme, par l'indépendance. Si cette étape est atteinte, alors peut-être l'âme bretonne, même transformée, sera-t-elle à nouveau perceptible.
À galon