HIKS - "Bezañ en e vutun"

-- musique --

Chronique de Culture et Celtie
Porte-parole: Gérard Simon

Publié le 22/04/19 10:11 -- mis à jour le 22/04/19 10:11
CD de HIKS - "Bezañ en e vutun" "Amzer vremañ (Rond de Saint-Vincent)" - Extrait de 01:05. CD de HIKS - "Bezañ en e vutun"
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Jaquette CD HIKS - Bezañ an e vutun

5 albums pour 13 ans d’existence. Un signe de longévité et d’évident succès pour… HIKS !

5 ans après son « Opération Malicorne », au moment où cet incontournable groupe de la scène du fest-noz électrisé s'appropriait, en le revisitant et avec la participation de ses cautionnants créateurs, Gabriel YACOUB et Marie SAUVET, le répertoire de la légendaire formation française de musique folk, crée en 1973, HIKS nous propose son nouvel opus : « Bezañ en e vutun ».

« Bezañ en e vutun », que l’on peut, littéralment, traduire par « Je suis dans mon tabac » !

Une expression utilisée lorsqu’on est à l’aise.

Et pourquoi ce nom… HIKS ?

Cette appellation renvoie à la lettre « X » qui ne figure, pas plus que le « C », notifié seul, ou le « Q » dans l’alphabet breton.

Dès sa fondation, évitant, bien évidemment, la néfaste résonnance de la seconde lettre absente, le groupe souhaitait, par ce « HIKS », ainsi, créé, souligner son intention d’apporter une contribution originale et novatrice à la musique de fest-noz, en inscrivant celle-ci, certes, dans la continuité de la mélodie, dite traditionnelle, en tout cas, de la musique populaire, jouée dans ce style de fête, typiquement bretonne, où l’on magnifie la danse populaire.

Une musique à danser qui a, toujours évoluée, à travers siècles et modes, avec son temps !

Comme nous accueillons, grâce à l’envoi postal de leur CD, pour la première fois et avec autant de plaisir que d’intérêt ce « quintet électro-pop-rock, au gros son qui fait de la musique à danser, de Bretagne », laissez-nous, chers visiteurs, vous présenter les musiciens qui le composent.

Commençons par les deux créateurs de HIKS, en 2006 :

- A la bombarde, le puissant talabarder et inventif compositeur, Gaël LEFEVERE.

Tiens, vous l’aviez, déjà, rencontré sur nos pages, associé à Nicolas QUEMENER, Ciàran SOMERS et David BOULANGER, pour le projet COEFF.4 - « Du vent dans les cordes » (Voir la chronique)

- Aux guitares : Yann LE GALL qui s’exprime en plusieurs duos ou en groupe comme dans Pevar Den.

Puis,

- Aux guitares basses et programmations : Stéphane de VITO, (notamment, ex Are Yaouank - 1991).

- Aux violons et claviers : Pierre DROUAL qui participe à plusieurs projets, dont Gwenfol.

- A la batterie et aux programmations, depuis 2013, Benoît GUILLEMOT (dont Kreiz Breizh Akademi #6).

Puisque nous en sommes aux présentations, mentionnons, également, pour cet enregistrement, deux invités :

- Au chant, Jorj BELZ, pour la seule pièce vocale présentée dans ce programme.

- Au biniou, Lionel LE PAGE (Kreiz Breizh Akademi #7, Startijenn…).

La réunion de tous ces talents, vous le constatez, d’expérience(s), nous livre, à parts égales, entre traditionnels et compositions, un inventif, généreux, puissant disque qui allie, pour un son actuel, dans un habile équilibre, instruments, voire chant... et machines !

Financé par ses fans, via la plateforme participative bretonne Kengo, « Bezañ en e vutun », distribué par Coop Breizh, se décline en 10 plages à danser qui ont, pour point commun, par leurs titres empruntés à la dénomination, en breton, des temps de conjugaison, cette notion de temps qui passe sur les choses, les êtres et les us…

La jaquette qui renferme le CD et le livret contenus dans celle-ci, réaffirment, avec humour, talent et beaucoup d’à-propos, cette intention de mettre, « au goût du jour », ce patrimoine musical existant ou les créations qui, dans le même esprit, le prolongent.

Par le jeu de photomontages, en noir et blanc, prenant la forme d’anciennes cartes postales détournées, grâce à la conjugaison des talents du graphiste, Benjamin DEPAEPE et du photographe Eric LEGRET, le visuel du contenant adresse, d’entrée, à l’œil, un signal fort.

Sur cette carte postale, initiale scène de mariage datant de 1920, on voit une femme, en costume traditionnel du Pays Pourlet, qui pose la main sur une énorme enceinte acoustique subwoofer, surmontée d’une fleur jaillissant d’un vase… à l’origine c’était sur l’épaule de son mari, qu’elle portait son geste !...

Les illustrations internes du livret ne sont pas en reste, puisqu’on y découvre une quimpéroise en costume et coiffe, casque audio sur les oreilles… et Smartphone à la main, puis une jeune fille fileuse Pontivyenne, au noir et ancestral costume tenant, à présent, par substitution, une perche à selfie, sur une autre page, une vue de la Pointe du Raz avec une anachronique carcasse de voiture accidentée, abandonnée en surplomb de la baie des trépassés, à deux pas de gardiennes de vaches en costume d’époque. Sur un autre feuillet, voici une ancienne vue du Faouët surmontée, en second plan de ses maisons traditionnelles, de tours d’immeubles qui « grattent le ciel », composition légendée, Banlieue sud !

Se terminant par deux danseuses du pays Pourlet, posant à côté d’un baffle, cette fresque fusionnant l’hier et l’aujourd’hui d’une Bretagne qui, comme toute région, évolue et vit pleinement son temps, en étant, souvent, même, dans bien des domaines, une figure de proue !

C’est tout l‘esprit de cet inventif et audacieux opus. C’est du « drum’n Breizh », griffé HIKS !

Renforçant le message de cette identité visuelle, le disque est, malicieusement, parsemé, sur quelques morceaux, d’extraits sonores anciens, prélevés dans les archives de l’Institut National de l’Audiovisuel.

Parmi d’autres samples, on entend, ainsi, dans « Doare gourc'hemenn » (Bal Fisel), la poétesse Anjela DUVAL (1905-1981), parler de son rapport à la terre, puis, dans « Doare divizout tremenet (Ton doubl Fisel) », un journaliste parisien décrire le monde paysan du Centre Bretagne et ses traditions au cours d’un Journal télévisé de 1954, en ponctuant son discours de cette expression qualificative désobligeante : « comme au moyen-âge ! ».

Les judicieux habillages visuels et sonores de sa production musicale révèle, de la part de HIKS, une véritable ligne artistique, je dirais, même, une ligne éditoriale de passeurs désirant, par l’actualisation du fonds patrimonial, assurer la pérennité culturelle de celui-ci, en lui adjoignant, bien sûr, des créations nouvelles respectueuses des fondations.

Côté contenu, la danse étant l’expression fondamentale du groupe, tous les instrumentaux, nous entraînent, sans nous lâcher un instant, dans un univers aérien, joyeux, martelé d’un « gros son ».

Les Ronds, Fisels, Hanter-Dro, Mazurka, et Kas a Barzh, se succèdent pendant près de 39 minutes, ce qui nous semble, finalement, bien court, tant les « écritures » sont variées et subtiles au-delà d’une rythmique bien présente qui ne masque aucunement les finesses d’interprétation.

La suite de Loudéac est particulièrement attractive, très binaire, bien marquée, avec de beaux accords, une basse de Stéphane DE VITO et une batterie de Benoît GUILLEMOT qui renforcent, à merveille, la cadence.

Revenons, aussi, sur la seule musique à danser chantée de l’album qui figure en plage 5.

L’Hanter Dro, « Amzer vremañ kevrennek », est interprété par son auteur Jorj BELZ.

Il tenait, particulièrement, à cœur, à Gaël LEFEVERE d’accueillir dans l’album d’HIKS, ce pontivyen, bretonnant de naissance, professeur d’histoire, organiste, chanteur fort reconnu dans le répertoire traditionnel vannetais, qui avait, lui-même, accueilli et hébergé le « nordiste » Gaël, lors de son arrivée en Bretagne, il y a plus de 18 ans !

A noter qu’au début de HIKS, le fils, Goual BELTZ, était à la basse.

Datant des années 1970, ce texte, ici chanté par son auteur, reste d’actualité, puisque dans sa seconde partie, aux propos, d’ailleurs, assez dissociés des 2 premiers couplets, Jorj BELZ aborde « Ceux qui sèment la mort », comme le chante Alan STIVELL, dans son album « Back to Breizh » (2000), ou ce qui « Naviguait dans une vieille poubelle, pour épargner quelques dollars », comme le condamne Gilles SERVAT, dans son opus « Comme je voudrais », avec « Erika, Erika », paru la même année, suite au drame maritime et pétrolier de l’Erika, intervenu le 12 décembre 1999.

Pour sa part, Jorj BELZ, avait, très certainement, en tête, le naufrage, en bordure des côtes bretonnes, du pétrolier supertanker libérien Torrey Canyon, le 18 mars 1967 !

Sur une ligne de programmations et le soutien d’une deuxième voix, celle du violon de Pierre DROUAL, rejoints, en crescendo, par les autres instrumentistes, Jorj BELZ, chante, en breton, notamment, ces couplets :

…/…

« A-pa sav an avel`ãr hor bro,Breizh-Izel,

E soñj ar Vretoned en o martoloded

Pa ve(zo)nt en o labour garv, 'welant bagoù ar marv

E-passiñ e-talde, leun o bouzelloû gete.

Ãr ar mor bras diroll kazfget ve(zo)nt a betrol,

Mar da ez vag da goll, vez kousiet an holl…

Mammoù ar gouelini, pa vint en angoni,

ar serrerion argant, ar re-se 'n em denno buan ! »

« Quand le vent se lève sur notre pays, la Bretagne,

les Bretons ont une pensée pour les marins

Tout à leur travail pénible, ils voient les bateaux de la mort

Passer près d’eux, ventre repus.

Surf la mer déchainée, ils sont chargés de pétrole,

Si le bateau vient à couler, tout est souillé...

Quand les mères des goélands seront à l’agonie,

Ceux qui ramassent 1'argent, fileront en vitesse ! ».

Là, encore, cette juxtaposition d’une voix et d’instruments traditionnels avec de l’électro et des rythmiques rock bien soutenues, des mots d’hier qui résonnent avec, ô combien de pertinence, sur les événements noirs du jour et, nous le redoutons, de demain, vont complètement dans l’axe du positionnement artistique et musical du groupe.

A noter, aussi, en plage 9, « Amzer dremenet ledan », un Rond de Loudéac, entièrement composé par Gaêl. LEFEVERE, avec sa couleur raga au groove additionné d’un « gros son » de guitare.

Nous avons été séduits par cet album revendicatif d’une identité bretonne actuelle bien affirmée.

Est-ce… ou n’est ce pas du traditionnel mis au goût du jour ?

Pour certains « traditionnalistes », non ; pour certains aficionados de celtic-pop-rock, oui, quand même !

Qu’importe ! Comme le suggère Gaël LEFEVERE, au cours de certaines de ses interviews, ne faut-il pas préférer le mot folklore qu’il affiche sur sa casquette québécoise, non pas dans le sens, souvent péjoratif, qu’on lui réserve dans l’hexagone, mais plus, dans son acception anglo-saxonne : « science du peuple », qui comme toute science vivante et utile, évolue.

Musique à danser… à écouter ?

Bien sûr à danser, c’est le but majeur de HIKS qui ne souhaite, aucunement que le fest-noz se fréquente comme un musée, mais, aussi, croyez-nous, à écouter, tant au-delà du tempo bien marqué et du son musclé, il y a de forts beaux moments mélodiques, extrêmement travaillés !

N’hésitez pas à pousser le volume de votre chaine Hi fi, la qualité de l’enregistrement et du mixage que nous devons à Stephan KRAEMER, le permet. Vous ne perdrez rien de la transe éléctro qui fait vibrer les basses, tout en dégustant les envolées de violon, de guitare électrique et la puissance et la vélocité de la bombarde.

Nous sommes en présence d’un savant et détonnant cocktail intergénérationnel, très personnalisé, fruit de musique bretonne, de dub jamaïcain, de rock, de punk et de musique électronique.

Cet audacieux, novateur et fort réussi « Bezañ en e vutun » que vous pourrez classer, sans vous tromper dans « musique bretonne actuelle à danser et à écouter » élargira, encore, le spectre de votre dynamique discothèque, bretonne celtique…

HIKS créé une musque prospective, certainement, tradition de demain.

« La véritable tradition dans les grandes choses n'est pas de refaire ce que les autres ont fait, mais de retrouver l'esprit qui a fait ces choses et qui en ferait de tout autre, en d'autres temps » - Paul VALERY.

Gérard SIMON

Illustration sonore de la page : HIKS - «Amzer vremañ (Rond de Saint-Vincent)» - Extrait de 01:05

D'autres extraits sonores sur Culture et celtie, l'e-MAGazine :

Les titres du CD de HIKS - «Bezañ en e vutun»

01 - Amzer vremañ (Rond de Saint-Vincent) - G. Lefevere - 03:28

02 - Doare divizout bremañ (Ton simpl Fisel) - Traditionnel - 04:55

03 - Doare gourc'hemenn (Bal Fisel) - Traditionnel - 02:48

04 - Doare divizout tremenet (Ton doubl Fisel) - Traditionnel - 04:30

05 - Amzer vremañ kevrennek (Hanter dro) (feat. Jorj Belz) - Traditionnel /J. Belz / Y. Le Gall - 04:25

06 - Amzer dazont (Mazurka) - G. Lefevere - 04:57

07 - Amzer dremenet kevrennek (Ronde de Loudia 1) - G. Lefevere / P. Droual - 04:22

08 - Amzer dremenet strizh (Baleu Loudia) - G. Lefevere - 01:38

09 - Amzer dremenet ledan (Rond de Loudia 2) - G. Lefevere - 02:35

10 - Anv gwan (Kas a-barzh) - Traditionnel - 04:59

CD «Bezañ en e vutun»

Parution : Février 2019

Auto-produit par HIKS et distribué par COOP BREIZH - ww.coop-breizh.fr

Réf : CD 1156 / DB 10

Le site Internet officiel du groupe HIKS :

© Culture et Celtie

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