Gilles Denigot : Du gauchisme au macronisme par défaut

-- Politique --

Interview
Par Philippe Argouarch

Publié le 20/05/18 19:13 -- mis à jour le 21/05/18 08:04

Ancien docker de Saint-Nazaire et ancien leader syndicaliste bien connu en Loire-Atlantique, Gilles Denigot a été découvert par les militants de la réunification lors des élections régionales de 2015 où il était tête de la liste «Réunifier la Bretagne». ABP avait capté son intervention bien articulée à Nantes en septembre 2016 lors de la dernière manifestation unitaire pour la réunification (voir notre article) . Gille Denigot a été élu conseiller municipal de Saint-Nazaire pour deux mandats sous l'étiquette EELV, puis Conseiller départemental. Il a quitté EELV en 2014. En janvier 2017 il décide de rallier la campagne présidentielle d'Emmanuel Macron où il retrouve son vieil ami Daniel Cohn-Bendit.

Je connais Gilles Denigot depuis trente ans au moins et nos engagements ont toujours été côte à côte. À Saint-Nazaire comme à Notre-Dame des Landes et sur bien d'autres terrains, nous avons toujours été frères de luttes.__Daniel Cohn-Bendit

Gilles Denigot intervient dans le documentaire «La Traversée» imaginé par Daniel Cohn-Bendit et réalisé par Romain Goupil (projeté hors compétition dans la sélection officielle du festival de Cannes). Ces anciens gauchistes ont parcouru la France en 2017, rencontrant anonymes et personnalités politiques. Leur film est un instantané de l’état de la France quelques mois après l’élection d’Emmanuel Macron. Le film sera projeté lundi soir sur France 5.

[ABP] Vous êtes dans un film documentaire réalisé par Daniel Cohn-Bendit et Romain Goupil qui sera projeté à la télévision lundi prochain, cela porte sur quoi ?

[Gilles Denigot] : C’est un film qui ne porte pas sur 68, mais qui tente de donner un regard sur la complexité du paysage politique de la France 50 ans après 68. Pas un film « idéologique » mais davantage sur ce que des personnes, des associations disent et tentent de réaliser. Un film pour essayer de comprendre la montée du FN, pour ne pas faire comme si ça n’existait pas, un film qui sort des incantations traditionnelles et partisanes.

[ABP] Vous connaissez Daniel Cohn-Bendit depuis très longtemps, vous êtes amis je crois, il semblerait que vous ayez le même parcours politique de mai 68 à un soutien actif au candidat Manuel Macron lors des élections présidentielles. Un longue évolution vers des choix rationnels ?

[Gilles Denigot] : Effectivement, je connais Dany depuis environ un demi siècle. Nos parcours sont différents, lui adjoint à l’immigration à Frankfort pendant cinq ans, moi conseiller municipal en charge des questions maritimes à St Nazaire. Lui député européen pendant vingt ans, moi conseiller général pendant trois ans. Nous avons une passion commune de la démocratie, des débats, de l’Europe, du dialogue social, des doutes face aux certitudes… Je ne parle pas d’une autre passion commune qui est celle du football…..

Oui, lui comme moi, avons soutenu Emmanuel Macron aux présidentielles, qui sont des élections où il faut choisir et comparer les candidats. Moi car je ne voulais ni Le Pen, ni Fillon, ni Mélenchon… Quant aux autres, ils étaient presque invisibles, même avec de bonnes jumelles….

Une élection présidentielle peut-elle découler d’un choix 'rationnel' ? Là est peut-être la question, on ne peut néanmoins pas faire comme si les réalités n’existaient pas. Il nous faut toujours choisir et militer, offrir autre chose et essayer de convaincre….

[ABP] Comme DCB vous étiez opposé à NDDL. Certes vous avez gagné mais que proposez-vous comme solution à l'augmentation fulgurante du transport aérien et à la nécessité pour la Bretagne de se désenclaver de Paris-CDG ?

[Gilles Denigot] : Cette question est posée et des réponses existent.

Je ne souhaite pas revenir sur mon propos mille fois explicité: Quand bien même Nantes serait saturé (on peut néanmoins y augmenter sensiblement le trafic) rien ne justifie le choix du site de NDDL.

Ceci étant, les modes de transports intercontinentaux passent pas des hubs où les gros porteurs doivent se remplir (5 à 600 passagers ) pour être rentables. Aucun aéroport en France n’a la chalandise commerciale pour y parvenir, même Lyon a échoué.….

On voit que les avancées technologiques vont mettre sur le marché des avions long courriers moins lourds, moins coûteux avec 220 passagers à bord et une économie de 30% sur le coût du vol vers New York.

Or, tous les aéroports hors hub sont équipés pour les accueillir, le reste n’est plus qu’une volonté commerciale des compagnies… De Nantes, à Brest, Rennes, etc… des offres intercontinentales sous cette forme vont être possibles sans le passage 'obligé' vers Paris.

J’ajoute que la rénovation en cours sur Nantes Atlantique (aéroport breton...) et la mise en réseau des autres aéroports, Rennes, Lorient, Angers, Brest…avec comme dans le maritime un connaissement unifié (bon de transport) lié aux autres transports collectifs peuvent sensiblement réduire les passages parisiens et structurer plus équitablement les territoires en Bretagne….

[ABP] Vous êtes un farouche partisan de la réunification de la Bretagne, comment vous et DCB peuvent-ils influer sur le gouvernement d'Edouard Philippe pour remettre ce problème dans les priorités ?

[Gilles Denigot] : J’ai envie de dire Joker, mais pas de dérobade. Il y mille urgences pour la présidence Macron. Elles peuvent plaire aux uns et moins aux autres. Si je suis un peu 'provocateur', je dis 'mais zut alors, ces Bretons sont incapables d’unité politique pour réunifier et ils font le procès à d’autres'

Sur ce point de la réunification je ne baisse pas pavillon au contraire et là encore qui de Le Pen, Fillon, Mélenchon aurait un esprit moins vertical de la gouvernance, un esprit moins centralisateur ? Je crois que pour l’instant ils sont hélas tous centralisateurs.

La question est, comment briser ce plafond de verre ? Comment continuer à agir là où nous sommes, là ou nous avons de faibles relais ? Appuyons-nous sur nos députés, nos élus locaux sans distinction de couleur politique. Réunissons plutôt que d’opposer ! Dany Cohn-Bendit est un fédéraliste européen, des portes peuvent s’ouvrir, même si la 'marche est haute'… 'Ne désespérons pas la Bretagne'

[ABP] Le PS vous a trahi, puis les Verts vous ont trahis, La République en Marche n'est-elle pas en train de vous trahir en abandonnant la décentralisation, diminuant les recettes fiscales des collectivités, et diminuant certaines compétences des régions et surtout en ne remettant pas en cause la loi NOTRE (la réforme territoriale de 2014)... Le jacobinisme est EN MARCHE non

[Gilles Denigot] : Le PS n’a jamais été mon parti, il avait pourtant TOUS les atouts pour faire la réunification, mais son esprit jacobin a balayé nos espérances. Les Verts où j’ai été adhérent dix ans, ne sont pas hyper clairs sur le sujet, leur pouvoir est désormais bien limité, c’est dommage pour l’écologie, mais c’est un fait. La REM (dont je ne suis pas adhérent) me déçoit sur cette question comme sur d’autres sujets cruciaux. Mais là encore il faut marteler, continuer nos actions militantes pour changer la donne. Notre pays est celui des paradoxes. Il veut des changements, mais il veut toujours 'plus d’Etat', il veut la transition écologique mais personne ne veut changer son mode de vie… Il est possible de continuer ainsi les exemples à l’infini... Ce qui compte c’est de ne pas désespérer, de croire qu’il peut y avoir parfois des précipitations de l’histoire… J’aimerais tant avoir le temps de connaître une Bretagne ouverte, maritime, écologique, démocratique, devenant une force européenne dans la conjugaison des transports, des activités et des idées.

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Philippe Argouarch est un reporter multi-média ABP pour la Cornouaille. Il a lancé ABP en octobre 2003. Auparavant il a été le webmaster de l'International Herald Tribune à Paris et avant ça, un des trois webmasters de la Wells Fargo Bank à San Francisco. Il a aussi travaillé dans des start-up et dans un laboratoire de recherche de l'université de Stanford.
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