Françoise Morvan revoit et corrige un livre d'Henri Fréville

-- Histoire de Bretagne --

Communiqué de presse de OMEB
Porte-parole: Gilles Delahaye

Publié le 11/07/08 4:10 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Né le 4 décembre 1905 à Norrent-Fontes (Pas-de-Calais), Henri Fréville est mort à Rennes le 15 juin 1987. Agrégé d'histoire, il était arrivé en 1932 au lycée de Rennes et il allait être élu conseiller municipal de la ville en 1947 et en être le maire de 1953 à 1977. Député de 1958 à 1968 et sénateur de 1971 à 1977, il a profondément marqué l'histoire de la ville et tout le monde s'accorde à dire qu'il a été un très grand maire. Une longue avenue de Rennes porte son nom depuis 20 ans. Éminent historien, auteur d'une thèse importante sur L'Intendance de Bretagne (1690-1790), Henri Fréville a occupé à partir de 1952 la chaire d'histoire économique et institutionnelle à la faculté des lettres de Rennes et publié un certain nombre de livres.

Le dernier, Archives secrètes de Bretagne 1940-1944 (352 pages), fut publié aux éditions Ouest-France en mars 1985, soit un peu plus de deux ans avant sa mort. Ce n'était pas à proprement parler un livre universitaire, mais bien plutôt un ouvrage engagé, un livre de témoignage et de passion, dans lequel il évoquait une période et des personnages qu'il avait connus et sur lesquels il souhaitait, avant de mourir, exprimer «sa» vérité. Ce livre avait suscité quelques remous, en raison notamment d'une erreur commise par l'auteur qui attribuait à Roparz Hemon des écrits racistes intolérables parus sous le pseudonyme de Katuvolkos (qui était en fait le nom de plume d'un professeur dénommé Roger Hervé, devenu ensuite conservateur à la Bibliothèque Nationale)...

En 2004, 17 ans après le disparition d'Henri Fréville, les éditions Ouest-France procédèrent à une nouvelle édition de son livre Archives secrètes de Bretagne 1940-1944, avec un avertissement de son fils Yves Fréville en début d'ouvrage (pages 7 et 8). On pouvait notamment y lire :

«Les éditions Ouest-France ont souhaité que son dernier livre, aujourd'hui épuisé, soit réédité. Mais comme, en ce domaine, les recherches historiques progressent, il a paru souhaitable à l'éditeur d'accompagner cette réédition de notes critiques qui ont été regroupées dans une postface. Celle-ci corrige de manière opportune et à la marge quelques erreurs d'interprétation des documents d'archives qu'Henri Fréville aurait été le premier à reconnaître s'il en avait eu connaissance...»

Et effectivement, à la fin de cette nouvelle édition, de la page 335 à la page 349, on pouvait trouver des notes et rectificatifs, dont la tonalité durcissait encore le procès fait dans l'ouvrage initial à un certain nombre de figures du mouvement breton pendant la guerre, en s'appuyant notamment sur la thèse de Ronan Calvez, soutenue entre temps, et sur d'autres livres de parution récente. L'attribution erronée d'un texte de Roger Hervé à Roparz Hemon était corrigée, mais les accusations proférées contre ce dernier étaient lourdement aggravées et l'auteur anonyme de ces notes faisait ainsi état sans aucune réserve (page 348) de la fameuse liste des agents de la Gestapo en Bretagne prétendument «découverte» en 2001 par deux soi-disants «chercheurs», liste dans laquelle figuraient les noms de Rohou, Lainé, Lannuzel, James Bouillé, Debeauvais, Delaporte, Yann Fouéré, Roparz Hemon, Morvan Marchal, Olier Mordrel et son cousin Jean Bricler... Les véritables historiens de cette période savent que cette liste, connue en fait depuis longtemps, n'a strictement aucune valeur et n'est jamais prise en considération dans leurs travaux.

Une chose était très surprenante dans cette nouvelle édition : le nom de l'auteur de la postface et des notes rectificatives ne figurait nulle part. On se perdit en conjectures pour essayer de savoir qui s'était livré à ce «travail»...

La vérité vient enfin d'éclater : les éditions Ouest-France ont en effet réédité l'ouvrage d'Henri Fréville dans la version de 2004 mais en format de poche, quasiment sans aucune modification, (le livre est vendu 9 euros au lieu de 18) et, cette fois, on peut lire sur la page de titre intérieure : Édition revue et corrigée par Françoise Morvan; la postface est également signée de son nom.

Ce choix constitue pour la communauté des historiens en Bretagne une très grande surprise. Agrégée de lettres modernes, Françoise Morvan s'est surtout fait connaître depuis une douzaine d'années par ses talents de pamphlétaire et de polémiste, elle a été l'inspiratrice de campagnes de presse d'une très grande violence contre le mouvement culturel breton, relayées par divers sites internet spécialisés, et elle est aussi l'auteure d'un brûlot, Le Monde comme si (2002) qui s'attaque à de nombreuses personnes et qui n'épargne pas le journal Ouest-France... Spécialiste reconnue des korrigans, des lutins et des fées, Françoise Morvan n'est pas historienne de formation et, outre la réédition de nombreux contes et légendes collectés par d'autres au XIXe siècle, qu'elle accompagne de ses commentaires, on lui connaît surtout comme œuvres personnelles les livres suivants : La gavotte du mille-pattes (1996), Vie et mœurs des lutins bretons (1998, rééd. 2005), La douce vie des fées des eaux (1999), Fantômes et dames blanches (2007), les Comptines de ma mère l'oie (2007) et bien d'autres livres. Elle a aussi entrepris depuis des années de réécrire à sa manière des pièces de théâtre d'auteurs étrangers, la plupart déjà traduites par d'autres auparavant...

On a du mal à comprendre que les éditions Ouest-France qui sont réputées pour la qualité de leurs productions et qui comptent parmi leurs auteurs de nombreux historiens universitaires éminents et réputés, n'aient pas fait appel à l'un d'entre eux pour cette réédition, et on a surtout du mal à comprendre la raison pour laquelle elles ont cherché pendant quatre ans, de 2004 à aujourd'hui, à cacher le nom de cette «correctrice» très zélée.

Bernard Le Nail

Voir aussi :
Cet article a fait l'objet de 2455 lectures.
mailbox imprimer