"Esprit celte" — JULIAÑ (Santec)

Entre rock progressif et héritage breton, 13 créations originales et traditionnels revisités, voici l'album « Santec » de JULIAÑ.

Santec est, avec ses 17 kms de côtes bordant la Manche, une commune finistérienne, située à 6 kms, au Sud-Ouest de Roscoff et à moins de 5 kms, au Nord-Ouest de l’ancienne cité épiscopale, Saint Pol-de-Léon, capitale historique de l'évêché de Léon.

Jaquette du CD Juliañ SantecJaquette du CD Juliañ Santec ABP

Santec… c’est, aussi, en lettres, dans toutes les acceptions du terme… capitales, le nom donné à ce nouvel album produit, réalisé et interprété par un brillant musicien, natif Saint-Politain, résidant en Belgique, à Limelette, quartier d'Ottignies-Louvain-la-Neuve, située en région wallonne, dans la province du Brabant, mais, ô combien, amoureux de sa Bretagne natale où il revient très régulièrement, là, où sa famille est ancrée.

Santec, c’est un tout récent opus issu d'un viscéral héritage racinaire breton, un programme, au sein duquel, entre créations originales et recréations particulièrement travaillées, plus que simples reprises d’airs traditionnels, JULIAÑ nous propose, dans la puissance d’un rock progressif, 13 titres où la guitare électrique est reine, vélocement et harmonieusement inspirée, habitée par une mémoire bien vivante qui se régénère d’autant, à chaque retour en péninsule armoricaine.

JULIAÑ ne précise t’il pas ? :

« Santec n'est pas seulement un nom, c'est une mémoire.

Celle des après midi sur la plage du Dossen, face à l'ile de Sieck. Là où l'enfant que j'étais écoutait les sons, le cri des mouettes, le ressac des vagues, les échos de bombardes et de tambours dans le vent ».

Musicien professionnel depuis l'âge de 20 ans, avec, à son actif, de nombreux concerts et la participation à de grands festivals dans différents pays, Julien JAFFRES a, il y a quelques années, choisi comme nom d’artiste JULIAÑ avec un « N » surmonté d’un tilde, dans le dessein de marquer, plus encore, s’il le fallait, son identité bretonne.

Il souhaitait, également, se dissocier de son père, Gérard JAFFRES, guitariste et chanteur franco-belge, ( Notre article Celtomania 2013 ), lui aussi, bien connu dans la musique bretonne et qu’il a, par ailleurs, dès ses premières notes, accompagné.

C’est aussi, pour répondre à la demande du regretté tourneur et producteur de musique Kilian HAMON, cofondateur de Nevez productions et créateur du spectacle « Cœur de Bretagne », qui, convaincu par son talent, le soutenait activement, que le musicien a fait de JULIAÑ son pseudonyme artistique définitif.

C’est, donc, le nom de JULIAÑ, par ailleurs, très discrètement signataire, parce que, nettement supplanté par le majeur titre « SANTEC », qui apparaît, entre figuratif tableau de maitre et effet de vitrage contemporain, sur la picturale jaquette mettant en figure de proue l’emblématique manoir situé sur la plage du Dossen.

« Je voulais une pochette qui soit saisissante afin que l'on puisse entrer dans l'univers de l'album rien qu'en la regardant », précise, dans la presse, JULIAÑ.

Par la hiérarchie typographique usitée, nous comprenons, aussi, qu’avant son nom, c’est la Bretagne que l’artiste veut mettre, en priorité, dans la lumière.

Après, en 2011, avoir publié un premier EP 6 titres « Le nouveau monde », en 2012, un nouvel album 13 titres, dénommé

« Rock'n celtic guitar », où le guitariste et chanteur est entouré de talentueux musiciens, dont un certain Dan AR BRAZ posant un solo sur « Raok Kit » qui ouvre le disque, en 2016, en 9 titres, un opus de chansons en anglais et breton, plus personnel, plus pop, plus fou, « Dog’s life », puis en 2022, un 4 titres, « Kelou mad », nom du quartier de Saint-Pol-de-Léon, cher à son histoire familiale, c’est dans cette rétrospective lignée, mais toutefois, différent de ces publications antérieures que JULIAÑ, nous présente son nouvel album « SANTEC », intégralement instrumental, et encore, plus breton, dont l'exigeante conception s’est achevée en septembre 2025.

Grâce, au re-recording, JULIAÑ est, avec l’étendue de ses talents, omniprésent : aux guitares; batterie, claviers et basse.

Au violon et mandoline, originaire de Bretagne, nous retrouvons Antoine SOLMIAC, violoniste et chanteur connu pour sa musique celtique et pop-rock, avec des influences irlandaises marquées. Après avoir rejoint le groupe CLAN d'OÏCHE, en 2000, il forme, en 2006, avec Julien GRIGON, l’« OUTSIDE Duo », tout en collaborant avec d'autres artistes bretons, dont, Jean-Pierre RIOU, de RED CARDELL ou Dan AR BRAZ…

Membre du HAMON MARTIN Quintet ( Notre chronique ), du LE BOUR BODROS Quintet, de PEVARLAMM ( Notre chronique ) , sur 4 titres, Erwan VOLANT intervient à la basse.

Sonorités bretonnes et, évoquées plus haut, par JULIAÑ « échos de bombardes » obligent, l’ancien talabarder du Bagad LANDERNE, Ludovic BERROU souffle, avec grande expressivité, dans l’anche double de ce caractéristique instrument de musique à vent, tellement représentatif de la musique bretonne traditionnelle.

Pour le plinn, l’instrumentiste belge, Rémy POLFLIET, dit Polfliet, musicien de Gérard JAFFRES et JULIAÑ, assure la batterie.

Cette judicieuse combinaison de talents aguerris et de couleurs instrumentales enracinées, génère un album, néo-celtique, breton, sous influence post rock, à la PINK FLOYD, proposant, pas moins de 7 compositions originales du guitariste et 6 titres traditionnels, judicieusement, revisités.

L’exposé musical démarre très fort, avec, en ouverture de l’enregistrement, une superbe composition dénommée, bien évidemment… Santec !

Un flux, une nappe de claviers de quelques secondes et, avec une discrète réverbération… l’enjôleuse guitare de JULIAÑ, qui de la voie gauche, à la voie droite, semble, comme dans un pseudo « kan ha diskan instrumental », se répondre à elle-même, avant de lancer, de plein centre stéréophonique, la rythmique basse/batterie qui va, elle-même, appeler le fameux « écho des bombardes », précité.

Des cordes électriques « gilmouresques », nait alors une véritable et ample marche de bagad qui se termine par une coda quasi-mystique où la guitare chante ses dernières louanges et les claviers deviennent orgue de cathédrale.

Ce morceau est une pépite, un hymne, une incontestable enseigne pour cet opus, et vous serez comblés de le retrouver, en dernière piste, dans sa version « radio-édit », avant de conserver sa mélodie en tête, pour la journée.

Plus « Dan AR Bresque », vous excuserez, certainement, nos néologismes, après une introduction percussive, l’« Esprit celte », apparaît, en piste 2, comme un chant en couple, guitare électrique/bombarde, auquel, et c’est une excellente idée, JULIAÑ, a adjoint, à mi-parcours du morceau, comme un pseudo échantillonnage musical de voix traditionnelles. Celui-ci rappelle l’insertion, cette fois, d’un authentique sample des SOEURS GOADEC, incorporé dans « La Mémoire De L’humain », figurant en 2ème piste de l’excellentissime album « 1 Douar » d’Alan STIVELL (Keltia III- Dreyfus - 1998).

Puis la guitare se « floydise » à nouveau, pour in fine, s’effacer, peu à peu, dans un espace plus lointain, laissant de limpides notes et des nappes de claviers conclurent, entre danse et légendes, cette très attractive imagerie universelle et racinaire.

PIste 3, voici la première recréation d’un traditionnel, intitulé « Gwir Vretoned - « Vrais Bretons ».

Il s’agit de l’hymne vibrant à la gloire de la Bretagne, de la beauté de ses paysages, de ses chansons, des ancêtres « loyaux et saints » qui ont su conservé à la Basse-Bretagne, sa renommée, sa force et sa beauté.

« Debout ! Debout ! Pour chanter à pleins poumons : Bretagne pour toujours, Bretagne pour toujours ! ».

Dans cette version instrumentale, la guitare de JULIAÑ trahit, à merveilles, la conviction, la passion du musicien pour son pays et sa Bretagne de naissance, d’ « attache », avec laquelle il renoue, chaque année.

A l’« hémistiche » du morceau, le violon d’Antoine SOLMIAC apporte ses virevoltantes notes interceltiques.

Un « Bro gozh ma zadou » quasiment « chanté » par les cordes électriques, puis un « Pelot d’Hennebont » partagé avec la bombarde de Ludovic BERROU et le violon d’Antoine SOLMIAC, nous traversons l’Iroise pour, sur une tonique rythmique, découvrir une composition de JULIAÑ, titrée, « Irish Jig » où la vélocité de jeu du guitariste n’est plus à démontrer. C’est plus que vivace, puissant, riche dans l’étendue du spectre sonore, notamment révélé au travers des différentes exécutions instrumentales électrifiées et cordées.

Quelques authentiques flux sonores de vagues marines apaisées qui caressent l’estran, le discret piaillement d’un oiseau côtier qui, de gauche à droite, traverse l’espace ambiant, des nappes de claviers qui, par leur vibrato, semblent s’échapper d’une « cabine leslie », rappelant les « sonorités Hammond », voici l’introduction d’une bien belle version du légendaire « Spered Holvedell - Esprit universel ».

C’est l’arrangement d'une chanson traditionnelle bretonne, écrit et popularisé par Alan STIVELL, lors de la parution, en 1975, du vinyle 33 tours tiré de son concert donné, en novembre 1974, au National Stadium de Dublin.

Ce titre en fait, alors, son ouverture, avec, successivement, l'orgue Hammond de Pascal STIVE, la bombarde d’Alan, la guitare de Dan AR BRAZ, le synthétiseur de STIVE et la reprise de la mélodie par le Bagad BLEIMOR.

En 1993, STIVELL lui ajoutera des paroles, lors de sa réinterprétation sur l’opus « Again ». Dan AR BRAZ, est à nouveau, présent pour la partie de guitare électrique.

En novembre 2024, Alan nous livrera la version symphonique de « Spered Holvedell », figurant sur la première piste du 2ème Compact Disc, appartenant au récent double album « Liberté - Roazhon" », enregistré en public. ( Notre chronique )

Alan a joué très souvent, sur scène, ce morceau d’anthologie que nous avons tous, sous ses divers habillages musicaux, dans l’oreille.

Compte-tenu, notamment, de ces marquantes antériorités interprétatives, c’était donc, pour JULIAÑ, un sacré défit, de nous présenter une variante, tout à la fois, respectueuse des diverses versions de l’arrangement que nous devons à l’iconique

« Harper-hero » breton, tout en la griffant de sa propre sensibilité.

Et vous le verrez, du moins, l’écouterez, il y parvient très bien et son interprétation est, vraiment, digne d’intérêt.

Avec ses différents jeux guitaristiques, JULIAÑ, semble avoir agrégé, la mélodie, le chant, celui de l’initiale bombarde et au travers de ses variations échevelées, il rejoint, parfois, l’expression d’un certain Pat O’May… qui a, par ailleurs, pour de grandes occasions, dont l’Olympia 2012, accompagné Alan !

C’est un bien séduisant moment de l’album « Santec » !

Puis, sur une rythmique bien « claquante », nous voilà partis sur « La route de Carhaix », composition de JULIAÑ, finalement assez transe, agrémentée de plusieurs tentatives d’« HARDdies », mais bien contrôlées « sorties de route », de guitare saturée.

Un bel exercice de style !

En piste 9, endiablé, dansant, « Keff », vous réservera, au bout de 1 minute 30, un solo de guitare digne du « Prince du Swing », Mark KNOPFLER (*1*), emblématique leader de l’ex-DIRE STRAITS.

En 2011, JULIAÑ n’avait-il pas confié à Ouest-France ? :

« Je tombe amoureux des solos à la guitare. » Un coup de coeur pour « Sultan of swing », de DIRE STRAITS change le cours de sa vie artistique ».

Sur un tempo bien marqué, des claviers, presque « jazzy », puis une bombarde délicieusement lointaine, la fin de la pièce électrifiée, jouée plus à la Dan AR BRAZ, vous ramènera dans les spires d’un « Héritage celtique » évident.

Sonnant aux premières mesures, assez électro, en piste 10, « God save the plinn » semble sensiblement prendre source du côté du groupe quimpérois, RED CARDELL, autre inspiration de JULIAÑ.

Mais si nous citons, ces possibles analogies musicales qui nous semblent référentes, étant entendu que, vous-mêmes, aurez les vôtres en matière de rock progressif, ce n’est que pour vous situer la coloration de chaque morceau, pour lesquels le style propre à JULIAÑ, reste, toujours bien perceptible.

La preuve, notamment, lorsque, en piste 11, le talentueux artiste aborde le « standard »… « An Alarc’h » !

Même si le tempo d’introduction peut se rapprocher de l’interprétation d’E.V. figurant sur son album « Huchal » (Créon Music - 1996), la coloration orientale que lui donne, alors, son chanteur Malo ADEUX est, ici, bien évidemment, absente.

Après un nappe de clavier éthérée, devenant quasi-mystique, JULIAÑ nous propose, plus dans la longueur, un très beau « chant de guitare », étiré, tout en pleins et déliés, assorti de très gracieuses variations, toutes en celtisantes spires, afin de retrouver, mais pas avant le mi-parcours du morceau, le tempo originel de ce célèbre et iconique chant breton.

Pour notre plus grand plaisir le violon d’Antoine SOLMIAC ajoute son velours d’enjôleuses cordes.

Une interprétation bien personnelle de JULIAÑ que nous avons eu le vif plaisir de rajouter à notre page consacrée à différentes versions de ce titre emblématique, que sans exhaustivité, nous vous proposons via notre papier numérique sonorisé, intitulé « An Alarc’h et ses versions » ( Notre article ).

Nous arrivons, malheureusement, déjà, au terme de ce remarquable opus qui, par l’intérêt qu’il suscite, à chaque instant, nous parait trop court.

C’est, nous semble t’il, plutôt dans un style « Héritage des celtes » de Dan AR BRAZ, qu’une magnifique et ample composition de JULIAÑ clôt ce riche livre d’images autant bretonnes que très personnelles, avec « Cantique pour nos amours perdues ».

Un glas rythmique ouvre et accompagne dans toute sa longueur, cette fort prenante pièce, on le devine, déjà, par son titre, sentimentalement introspective, profonde, où la guitare de l’artiste pleure, toutefois consolée par la vigoureuse bombarde, techniquement démultipliée, de Ludovic BERROU.

Lorsque l’on apprend qu’il s’agit de l’évocation de la perte d’un enfant avant naissance, le prenant devient bouleversant, sombre.

Musicalement, très belle pièce pour envoi final...

… Avant que la version courte du « radio-édit » de SANTEC nous redonne, in fine, la lumière !

« Santec », de JULIAÑ, est un très beau voyage mémoriel, personnel et actuel entre roches granitiques et plages de sable blanc et fin, étendue de petits et beiges grains minéraux sur laquelle pourrait se « pixéliser », comme en filagramme, le visage d’une figure de proue de la musique et des très belles voix bretonnes, à la fois, mémorielles et actuelles, en la personne de MONSIEUR Denez PRIGENT, précisément natif de ce havre maritime santécois et finistérien.

« Santec », de JULIAÑ, c’est, pour notre, votre, plus grand plaisir, près d’une heure d’authentique éther marin breton qui s’enlace dans les mouvances d’un rock progressif raffiné, certes enraciné dans son apogée des années 70, mais via des spires celtiques contemporaines ciselées, avec un son bien actuel.

Après avoir écouté nos quelques trop courts extraits diffusés, ne quittez pas cette page sans commander ce brillant et sensible album, c’est, tout simplement, ICI .

Notamment, depuis la parution de l’opus « Rock'n celtic guitar », Dan AR BRAZ avait bien raison, de désigner JULIAÑ, comme « la relève »… « Santec » le confirme !

Gérard SIMON

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(*1*) Ecossais, précisément, natif de Glasgow, le compositeur britannique, guitariste et chanteur de rock, country, blues, rock celtique, Mark KNOPFLER, a souvent amplement coloré sa musique de couleurs « celtiques ».

Ce célèbre guitar-hero s’est, également, produit sur scène avec un joueur de Uilleann-pipes de grande renommée, en la personne de Mickaël McGOLDRICK.

Sur le vingtième album studio du groupe de folk irlandais, The CHIEFTAINS, titré « The Long Black Veil » (1995), Mark KNOPFLER figure parmi les prestigieux invités de la légendaire formation.

Voir nos archives !

  • « Mark Knopfler, un auteur-compositeur Ecossais emprunt de celtisme... » - 2 pages .
  • « Un concert aux accents très celtiques ! Mark KNOPFLER au Royal Albert Hall (2010) » - 2 pages .

L’écoute des extraits musicaux illustrant les 4 pages de nos deux articles vous convaincront.

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Illustration sonore de la page : Juliañ - « Santec »"Esprit celte" - Extrait de 01:05.

Le site internet de Juliañ : www.julian.bzh .

D'autres extraits sonores sur le site culture et celtie, l'e-MAGazine .

Les titres du CD de Juliañ - « Santec » :

01 - Santec - 05:16.

02 - Esprit Celte - 05:08.

03 - Gwir Vretoned - 03:53.

04 - Bro Gozh Ma Zadou - 02:29.

05 - Pelot d'Hennebont - 03:55.

06 - Irish Jig - 03:43.

07 - Spered Hollvedel - 03:45.

08 - Sur la route de Carhaix - 03:19.

09 - Keff - 05:12.

10 - God save the Plinn - 02:39.

11 - An Alarc'h - 05:32.

12 - Cantique pour nos amours perdues - 04:16.

13 - Santec Radio edit - 04:30.

Durée totale : 53:37.

JULIAÑ - « Santec ».

Parution : 5 décembre 2025.

Production et distribution : JULABEL .

Référence : Julabel 868410

© Culture et Celtie

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