En grève de la faim pour la langue occitane

-- Langues de Bretagne --

Dépêche
Par Philippe Argouarch

Publié le 28/05/15 11:50 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

David Grosclaude, conseiller régional d'Aquitaine, délégué aux langues régionales, a entamé hier une grève de la faim à l'Hôtel de Région à Bordeaux.

Il écrit : Assez de mépris pour notre langue !

Les signes de mépris de la part de l'État pour notre langue se succèdent et se multiplient. Avec le dernier en date, l'accumulation me contraint à mener une action pour laquelle je sollicite votre soutien. C'est une action en faveur de la dignité de notre engagement pour la reconnaissance de la langue occitane.

Je m'installe, ce jour, dans le hall de l'Hôtel de Région à Bordeaux et j'y entame une grève de la faim. Je souhaite dénoncer l'absence de suites données par les services de l'État à un projet voté par l'Assemblée régionale d'Aquitaine et par l'Assemblée régionale de Midi-Pyrénées en juin 2014. Cela fait bientôt un an !

Ce projet, afin de voir le jour officiellement, ne nécessite que la publication d'un décret au Journal Officiel. Il s'agit de la création de l'Office Public de la Langue Occitane (OPLO) sous la forme d'un Groupement d'Intérêt Public (GIP). Ce sera un organisme interrégional destiné à promouvoir une politique en faveur de la langue occitane, dans plusieurs domaines et résolument tourné vers le développement de la langue. Il s'agit de faire en sorte que le nombre de locuteurs cesse de baisser et qu'il augmente à terme. C'est pour cette raison qu'il est tourné en priorité vers les jeunes générations.

Que des délibérations de deux assemblées régionales soient traitées avec si peu de considération —pour ne pas dire avec du mépris— n'est pas acceptable. Cela ne fait que donner des arguments à tous ceux qui pensent que la politique consiste seulement à faire des promesses que l'on ne tient pas. Que diront-ils alors si les décisions votées ne sont pas mises en oeuvre ?

Quand deux régions décident de mener une politique commune pour promouvoir notre langue, dont on sait qu'elle est menacée, l'État est non seulement aux abonnés absents, mais il bloque. C'est aussi le cas sur d'autres dossiers concernant notre langue.

Ce blocage de l'État central lorsqu'il s'agit de traiter de la question des langues dites régionales est récurrent. Il existe des réticences à chaque fois que cette question des langues est mise en débat. N'est ce pas le cas aujourd'hui avec la réforme du collège ? Que deviendra l'enseignement de l'occitan et en occitan ? Les craintes sont grandes et justifiées de mon point de vue.

J'ai été sollicité en 2013 pour participer aux travaux d'une commission sur la pluralité linguistique, à l'initiative de la ministre de la Culture. Cette commission a auditionné des dizaines de personnes, a travaillé pendant plusieurs semaines, et a nécessité de très nombreuses réunions. Un rapport a été publié, contenant des propositions très concrètes et très facilement applicables ; il n'y a eu aucune suite. Quel gâchis !

Je tiens à souligner qu'en tant qu'élu délégué, j'ai travaillé au projet d'Office Public avec le soutien du président de la Région Aquitaine et avec l'aide entière des services et en parfaite entente avec mon collègue de Midi-Pyrénées.

Alors que le mandat des élus régionaux arrive à son terme j'estime avoir des comptes à rendre. J'assume mes responsabilités d'élu et chacun doit prendre les siennes.

Il existe un blocage et, de mon point de vue, du mépris. J'interpelle l'État et particulièrement ses services centraux. Il faut que cette situation cesse.

Vous connaissez mon engagement en faveur de la langue, je compte sur votre soutien.

Je vous remercie.

David Grosclaude

Document PDF letra_pro_destar_mespresats.pdf Lettre ouverte sur les motifs de sa grève de la faim. Source : David Grosclaude
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Philippe Argouarch est un reporter multi-média ABP pour la Cornouaille. Il a lancé ABP en octobre 2003. Auparavant il a été le webmaster de l'International Herald Tribune à Paris et avant ça, un des trois webmasters de la Wells Fargo Bank à San Francisco. Il a aussi travaillé dans des start-up et dans un laboratoire de recherche de l'université de Stanford.

Vos commentaires :

Philippe Guilloux
Jeudi 28 mai 2015

bravo et soutien

yvon OLLIVIER
Jeudi 28 mai 2015

Il existe encore des hommes suffisamment courageux et lucides pour sortir de la connivence avec le pouvoir politique, qu'il soit local ou national..

Voir clair c'est comprendre qu'il n'y a pas d'avenir pour nos langues au sein d'un système juridico administratif tourné contre nos peuples, au sein d'une souveraineté nationale indivisible qu ramène tout à paris.. Nous n'aurons jamais que quelques miettes et beaucoup de belles promesses de nos notables locaux qui sont dans la connivence avec le pouvoir central..

OUi, pour tous les acteurs locaux culturels ou politiques, il est plus que temps de sortir de la connivence...

Alwenn
Jeudi 28 mai 2015

Bravo !

S'il y a un blocage de l'Etat, il y a aussi une lâcheté assez générale face à ces blocages, et voir un élu dénoncer publiquement l'Etat est assez rare, en terme assez gentil pour cet Etat, qui n'a pas pour but de faire montre de mépris mais de faire disparaître nos langues.

On en apprend un peu plus sur ce gouvernement "socialiste", sur ses pratiques et sur ses "ambitions" en matière de politique linguistique. On en savait déjà beaucoup !

"Un rapport a été publié, contenant des propositions très concrètes et très facilement applicables ; il n'y a eu aucune suite. Quel gâchis !"

Qui décide au final sur la "politique linguistique" ? Vals ??

Patrig
Jeudi 28 mai 2015

L'État centralisateur jacobin ne va quand même pas officialiser et financer des langues qui ne sont plus parlées par personne (ou si mal et si peu...) après tous ses efforts pour les éliminer! Commencez donc par ne plus parler français et là vous pourrez peut-être prétendre à ne plus être français... Mais le voulez-vous vraiment ? Peut-être êstes-vous de ceux qui pensent qu'on peut-être bon citoyen de la RF et breton bretonnant, ou occitan occitanisant... La réalité nous démontre le contraire...

Caroline Le Douarin
Jeudi 28 mai 2015

Bravo à cet élu courageux !

À quand une ou des grèves de la faim de Bretons et/ou sympathisants pour la Réunification de la Bretagne ?

Jean Lafitte
Jeudi 28 mai 2015

Sans me prononcer sur le fond, je m'étonne du titre : bien rares doivent être les ancêtres de M. David Grosclaude qui aient parlé un quelconque idiome d'oc.

Voici ce qu'en dit le Dictionnaire des auteurs de langue d'oc de M. Jean Fourié, Majoral du Félibrige :

GROSCLAUDE (David), n. à Chinon (Indre-et-Loire) en 1958.

Fils de Michel Grosclaude. Journaliste à Radio-Païs et à FR 3 Toulouse, directeur du journal La Setmana (depuis 1995),

éditeur du magazine pour enfants Plumalhon, président de l'Institut d'études occitanes depuis 2001.

¼uvres : Une initiative de presse régionaliste en Béarn au début du siècle : La Bouts de la tèrre (Orthez, éd. Per Noste,

Coll. Recèrcas 3, 1982, 66 p.).

GROSCLAUDE (Michel), n. à Nancy en 1926, m. à Pau en 2002. Enseignant, un des fondateurs de la revue gasconne Per Noste, - Jean Grangé 1992.

Ce dernier, donc son père, a découvert la langue béarnaise à Orthez où il avait été muté en 1958 pour convenances personnelles. Il en a écrit ceci, en 1969 :

« Surprise de découvrir que le Latin jadis appris sur les bancs du Lycée chantait encore sur les lèvres des anciens des villages.

J'ai donc appris à parler et à comprendre le Béarnais (très mal, il est vrai, car les monolingues parisiens sont infiniment moins bien doués pour les langues vivantes que les bilingues méridionaux) »

Marianne Mesplède
Jeudi 28 mai 2015

"Qui décide au final sur la "politique linguistique" ? Vals ??"

Non, c'est bêtement le conseil général d'Aquitaine... qui a d'autres chats à fouetter vu qu'il y a la fusion avec le Limousin et Poitou-Charente. Et cette fusion avec les Gabaches d'outre-Garonne, d'ailleurs, n'a pas troublé l'appétit de M.Grosclaude. Pourtant, l'Aquitaine était tout ce qu'il restait pour porter l'idée gasconne, malgré qu'elle était amputée de toute la Gascogne de l'ouest. Mais M.Grosclaude ne se soucie pas de la Gascogne.

Donbzh
Vendredi 29 mai 2015

Bravo. Vous pouvez être assuré du soutien des Bretons dont les 2 langues, Gallo et Breton, subissent la même couardise française....

Quelques effets d'annonce surtout en période électorale, jamais suivi d'effet véritable...

On ment pour ne pas s'aliéner les électeurs.

Soyons nombreux le 24 Octobre à manifester dans tout l'hexagone, pour soutenir nos langues ainsi que la réunification pour les Bretons...

BEVET BREIZH

bernard guyader
Vendredi 29 mai 2015

Bon dia ... beaucoup de "bravo" .. c'est bien ! Depuis longtemps je pense qu'il n'y a plus que deux types de combat pour obtenir des résultats ...Une voie a été exploitée par de nombreux Corses , avec le résultat que nous connaissons ( Assemblée territoriale!) et une autre ; Celle choisie par Mr David Grosclaude. Encore un exemple que les Bretons ne manqueront pas de soutenir bien sûr . Imaginons - "des grèves de la faim ..collectives... de masse.. pour le breton et le gallo et la réunification " Pour un statut territorial on peut laisser celà aux courageux politiques qui ne manqueront pas de s'écharper jusqu'à en oublier l'objectifdans les cuisines du pouvoir parisien.Bernard Guyader

LéonPaul Creton
Vendredi 29 mai 2015

Le seul commentaire que je prends en considération est le vôtre Bernard Guyader...Et qui vaut pour toutes les "facettes" du fameux "combat" breton!

Labous ar vro
Vendredi 29 mai 2015

Félicitation pour cet acte de courage, une pétition est en ligne sur change.org pour soutenir David Grosclaude :

(voir le site)

Deomp dezhi, evit ma cheñjfe an traoù du-hont ha du-mañ ivez !

Alwenn
Vendredi 29 mai 2015

Nous applaudissons mais l'Etat va sans doute publier le décret et l'OPLO va être créé, et le grève de la faim va cesser, et tout va rentrer dans l'ordre.

Je n'ai pas très bien compris quels étaient les deux types de combats seuls efficaces dont parle Bernard Guyader

Philippe Guilloux
Vendredi 29 mai 2015

@ Jean LAFFITE : le procédé que vous utilisez pour tenter de discréditer ce monsieur est tout simplement pitoyable. Ainsi donc, pour défendre une langue, il faudrait avoir eu des ancêtres à la parler.Quand a aller chercher ce que son père en disait...

Bernard Guyader
Samedi 30 mai 2015

"Alwenn : Je n'ai pas très bien compris quels étaient les deux types de combats seuls efficaces dont parle Bernard Guyader"

Bon dia ....Les deux combats que je considère comme efficace est celui que mene le peuple Corse aujourd'hui pour déssouder leur île de l'état franc et l'autre que je préfère bien sûr est " la grève de la faim collective et sans limite .... le résultat est assurer .... la france en a une peur bleue.

Nota : J'ai pratiqué une grève de la faim en Bretagne et pour la Bretagne ( Avec 6 autres militants) lors de Plogoff ...le résultat combiné de la lutte à la Corse et les grèves de la faim ..ont eu le résultat connu aujourd'hui ...pas de Nuk franc en Bretagne. Adeu BG

Philippe Guilloux
Samedi 30 mai 2015

@Bernard : rassurez moi : vous dites que Plogoff, le résultat de votre grève de la fin est pas de Nuk franc en Bretagne. J'ai aussi fait parti de ceux qui ont manifesté à Plogoff, qui ont été y dire la messe de 5 heures... Je me suis battu pour qu'il n'y ait pas de nucléaire en Bretagne, que ce nucléaire soit français ou breton ne change rien. J'espère qu'il en est de même pour vous. Voilà par exemple un élément d'un programme politique que j'aimerai lire dans les partis bretons : la Bretagne indépendante.... sur le plan énergétique. Avec un vrai programme de développement d'énergies renouvelables, de la création d'emplois, des centres de recherche et de formation...

bernard guyader
Samedi 30 mai 2015

Re-bon dia Phil. Guilloux ..Sois rassuré ...le combat était anti-nucléaire à Plogoàff , d'abord en Bretagne et si possible ailleurs ..celà a échoué en Occitanie et en france ... Que ce nuk soit breton ou franc .. ca restera de la merde issue des grandes écoles francs ...je ne peux pas être plus fin . and Benvingut a catalunya ..Adeu

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