En France, les responsables politiques impliqués dans les crises sanitaires risquent-ils quelque chose ?

-- Santé --

Communiqué de presse de Breizh Europa
Porte-parole: Ollivro Caroline

Publié le 12/05/20 14:58 -- mis à jour le 13/05/20 10:42

Un article du Monde publié la semaine dernière évoque un scandale d’État en ce qui concerne l’approvisionnement en masques du pays depuis mars et la pénurie de tests, quand Mediapart évoque un mensonge d’État dès le 2 avril face au covid-19. Certains politiques craignent alors que la justice ne s’intéresse à eux du fait de cette incurie générale…

Ici et là, des initiatives, telle celle de Bruno Gaccio, proposent même de fédérer les plaintes pour arriver à mettre les responsables en examen.

Mais que ces responsables politiques français soient rassurés ! La France est en effet le pays européen qui a le plus été impacté par des scandales sanitaires au cours des quarante dernières années, mais aucun responsable politique n’a jamais eu à en pâtir sérieusement, au contraire.

Amiante & Chlordécone

La liste des scandales est effectivement longue. Le manque de réactivité de l’Etat français pour éliminer l’amiante ou le chlordécone des circuits commerciaux est choquant. L’amiante a été interdite en Allemagne de l’ouest en 1975, en 1997 en France. Elle a causé des dizaines de milliers de morts dans l’Hexagone et c’est un bilan toujours en cours. Martine Aubry a été mise en examen sur ce dossier en novembre 2012, mise en examen finalement annulée. Elle est aujourd’hui en passe d’être réélue à la mairie de Lille… Quant au désastre sanitaire et écologique consternant pour le chlordécone aux Antilles, les répercussions aujourd’hui sont encore dramatiques, mais il n’y a pas eu, là non plus, de condamnation.

Sang contaminé

Retard français tragique également pour les risques de contamination du sang au début de l’épidémie de SIDA. Edmond Hervé, secrétaire d’État à la santé à l’époque des faits, condamné en mars 1999 pour avoir commis dans l'exercice de ses fonctions un délit non intentionnel : « homicide involontaire par imprudence, négligence et manquement à une obligation de sécurité », « atteinte involontaire à l'intégrité des personnes », a été dispensé de peine. Il a fini sa carrière comme sénateur alors que Laurent Fabius, Premier ministre à l’époque du scandale, est aujourd’hui président du Conseil constitutionnel.

Canicule

Lors de la canicule de 2003, le ministre de la santé de l’époque, Jean-François Mattei, dont la légèreté et le manque de réactivité avaient été pointés par de nombreux observateurs, a été exonéré par la commission d’enquête parlementaire puis nommé conseiller d’État en service extraordinaire…

Dans d’autres désastres sanitaires ayant impacté toute l’Europe, n’oublions pas que lors de la catastrophe de Tchernobyl en 1986, les autorités françaises avaient décrété que le nuage n’avait pas passé la frontière : une manipulation d’État lourde de conséquences là aussi.

Dépakine

Concernant l'antiépileptique Dépakine du laboratoire Sanofi, le produit et ses dérivés ont provoqué depuis 1967 des malformations congénitales graves. 14 322 femmes enceintes ont continué à être exposées entre 2007 et 2014. En 2017, le géant pharmaceutique français a été condamné à indemniser les victimes. Condamnation annulée pour une première famille en 2019 par la cour de cassation et, en 2020, Sanofi a annoncé son refus de participer à l’indemnisation des enfants victimes de la Dépakine. Dans ce scandale, le Canard enchaîné accuse le ministère de la Santé d'avoir gardé le silence. À suivre ?

Mediator

Quant au scandale du Mediator, révélé par la pneumologue brestoise Irène Frachon, les rapports étroits entre le laboratoire Servier et le pouvoir empêchent aujourd‘hui la plupart des victimes d’être reconnues et indemnisées. L’ancienne sénatrice UMP, Marie-Thérèse Hermange, mise en examen pour trafic d’influence en 2013, sera confirmée comme membre du comité d’éthique de l’Académie de médecine en février 2017 (source Le Figaro). Pourquoi se gêner après tout ?

Covid-19

Mais revenons-en au Covid-19. Agnès Buzyn a, elle, abandonné son poste de ministre de la santé et le navire en pleine tempête pour aller tenter de conquérir la mairie de Paris. Puis, battue, elle s’est épanchée dans Le Monde dans un article publié le 17 mars 2020 qu’elle avait prévenu Édouard Philippe le 30 janvier sur la crise sanitaire à venir, et sur l’impossibilité donc que les élections puissent se tenir. Sans effet visiblement. Et puis, Le Canard Enchaîné toujours, nous apprend il y a quelques jours qu’Emmanuel Macron et Jean-Yves le Drian avaient été alertés dès le mois de décembre sur ce qui allait arriver par l’ambassadeur de France en Chine…

Et pour donner un autre éclairage sur la situation, et lever toute ambiguïté sur l’échec des autorités françaises, citons le professeur François Amblard, immunologiste français en poste à l'Institut national de sciences et de technologie d'Ulsan (Corée du Sud) et chercheur en physique statistique, qui s’exprimait le 5 mai dans Le Quotidien du médecin :

« Après avoir vu la maîtrise coréenne, j'ai assisté au désastre français où l'on a entendu quotidiennement des choses ineptes : «les masques ne servent à rien », « les tests ne servent à rien ». On a vite compris que le discours scientifique s'était adapté et transformé en mensonge destiné à cacher les pénuries. »

Alors y-aura-t-il une suite cette fois ? On peut en douter car les responsables politiques désignés lors des grandes crises sanitaires des dernières années peuvent finir au sénat, au Conseil constitutionnel ou dans des commissions d’éthique... Gageons que pour le Sénat, Agnès Buzyn a maintenant toutes ses chances ! Mais y aura-t-il encore assez d’argent pour entretenir des sénateurs dans la patrie des droits de l’homme dans les années à venir ?

Frank Darcel, président de Breizh Europa--

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Vos commentaires :

jakez Lheritier
Mardi 12 mai 2020

" Responsable" mais "pas coupable"on a entendu cela, sous Mitterand..

Oui, les responsables logistiques des administrations françaises,territoriaux, et ministres prenant leur fonctions bien logés,bien rémunérés ,sans inventaire,doivent répondre de leur insouciance,de leur je m'en foutisme?

Ils sont élus, payés largement,......rendre des comptes est normal .Ces "hauts responsables" ne

peuvent pas aller dans un autre ministère,pantoufler dans le civil sans être jugés.

Si l'on veut que nos enfants, les jeunes s'engagent dans la gestion des villes et autre territoires il faut aussi de la probité.Je le constate.

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