En Bretagne, on n'a pas voté comme ailleurs : la liste Troadec en position centrale dans la Bretagne Ouest

-- Politique --

Dépêche de Christian Rogel

Publié le 26/05/14 17:08 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Prendre au pied de la lettre les résultats d'une élection aussi baroque que celles du Parlement européen n'a guère de sens et ne préjuge en rien des élections à venir, cantonales (nouveaux cantons), régionales et législatives. L'événement majeur, plus que la poussée du Front national, est le score inattendu, bien que localisé surtout à l'Ouest, de la liste Troadec.

Tendances générales en Bretagne

Quelques tendances générales en Bretagne sont à noter : le Front National triple son pourcentage, mais le Parti socialiste ne s'effondre pas. L'UMP a gardé la première place, mais voit les centristes lui mordre les mollets. L'Union démocratique bretonne, comme prévu, a joué en quatrième division et n'a pas haussé ses résultats par rapport aux élections individuelles. C'était seulement la deuxième fois qu'elle se présentait sous son nom propre à une élection générale et si, elle persévère, elle finira par être connue de l'électeur breton moyen.

Les écologistes de gauche (EELV) peuvent constater une grosse perte d'influence dans la Bretagne Ouest, mais ils maintiennent assez bien dans l'Est urbain. Le Front de gauche fait généralement de la figuration, sauf dans quelques villes, et les partis d'extrême-gauche (NPA et Lutte ouvrière) restent très marginaux, malgré l'alliance locale du premier avec Breizhistance (extrême-gauche bretonne indépendantiste). Une grande partie de ces résultats médiocres pour ces partis de type protestataire doit être attribuée à la poussée du Front national, d'une part, et au succès sur une partie notable de la Bretagne, de la liste menée par Christian Troadec, « Nous te ferons, Europe » qui accueillait des membres du Parti Breton, de Breizh Europa et des personnalités du mouvement des Bonnets rouges.

Le Parti fédéraliste européen, qui se flatte d'être le seul parti transnational, a fait un score très faible. Il avait accueilli dans la liste des membres d'un cercle de réflexion « En avant, Bretagne », mais, cela n'a pas du être visible et compréhensible pour les électeurs.

La campagne de Christian Troadec à la tête de « Nous te ferons Europe »

Christian Troadec, conseiller général et maire de Carhaix-Plouguer, a été l'un des porte-paroles du Collectif « Vivre, décider et travailler en Bretagne » qui a initié, début décembre 2013 (c'était hier !), le mouvement des Bonnets rouges. Il avait annoncé, un peu avant, qu'il monterait une liste pour les Européennes, car, comme, il le dit, «le rôle d'un politique, c'est de se présenter aux élections. ». Le Collectif lui a fait remarquer qu'il ne pouvait plus rester porte-parole, à partir du moment où il était officiellement candidat et il a donc du être remplacé à ce poste. Il est impossible que la séparation soit effective dans les esprits et, les médias ont souvent rappelé, au cours de la campagne, qu'il était « leader des Bonnets rouges ».

Parallèlement, l'Union démocratique bretonne (UDB), sans ses alliés écologiques habituels devenus une machine à conquérir des places dans le système central, avait décidé de monter une liste sous son nom et d'offrir la 3ème place à Christian Troadec, qu'elle connaissait bien pour avoir fait liste commune à Carhaix. La seule place que puisse briguer un Christian Troadec est la première et l'UDB ne se voyait pas devoir découvrir après coup les prises de position d'un électron libre de la politique, le Daniel Cohn-Bendit des champs. De plus, l'UDB savait que l'image de Troadec est beaucoup plus négative à l'Est qu'à l'Ouest.

Christian Troadec a donc remis en place son alliance des régionales de 2010 avec le Parti Breton, en y ajoutant le nouveau parti Breizh-Europa, et en attirant des personnalités du mouvement des Bonnets rouges, comme Valérie Bescond et Corinne Nicole. Il a fait campagne presqu'uniquement en Bretagne Ouest, aux alentours de son point d'ancrage carhaisien, mais, il s'est déplacé à Rennes pour soutenir moralement des auteurs d'incendie de portiques écotaxe et à Nantes pour affirmer son appui à la réunification de la Bretagne devant les murs de l'Assemblée des Pays-de-la-Loire, alors qu'elle votait contre la division possible de sa région.

Christian Troadec a conquis la notoriété et une base « régionale »

Les premiers résultats sur les 5 départements bretons montrent que la liste Troadec a obtenu, environ 5,40% (80 0850 voix) et la liste UDB, 1,84% (27 183 voix), et le total de 80 808 voix n'a jamais été atteint par des listes purement bretonnes, car, si, aux régionales de 1998, l'UDB avait obtenu sous l'intitulé de « Réussir ensemble la Bretagne » 49 336 voix (3,04%), mais, il faut plutôt se référer au résultat obtenu par le Parti Breton (liste «La Voix de la Bretagne en Europe ») aux élections européennes en 2009 qui était de 2,45% et 32 712 voix en Bretagne ( voir l'article ).

Sachant que Christian Troadec est une personnalité controversée chez les militants bretons et, même chez les Bonnets rouges, ses résultats sont, un peu moins bons que ce qu'il aurait espéré, afin d'être élu député européen, mais, ils en font un politique incontournable dans la partie Ouest de la Bretagne, car il est en tête ou deuxième dans presque toutes les communes dans un rayon de 40 kilomètres autour de Carhaix et il obtient la pole position ou la deuxième dans des communes à plusieurs dizaines de kilomètres, par exemple, à Plomeur, près de la Pointe de la de la Torche. Il est souvent en deuxième ou troisième position dans le Léon, mais, rarement avec moins de 12%.

Son rayonnement est clairement centré sur Carhaix, mais à l'Ouest d'une ligne Saint-Brieuc-Vannes, il a séduit beaucoup d'électeurs dans les petites communes rurales. Chose remarquable, il obtient des succès dans le Trégor rouge, la zone des anciens votes paysans communistes du triangle Lannion-Guingamp-Carhaix. Il a avancé en janvier que les Bonnets rouges étaient un antidote au vote Front national, et il est fort possible que dans sa zone d'influence, il ait empêché le vote FN de monter en offrant un débouché aux frustrations devant les fragilités des activités agricoles et industrielles.

Que peut faire Christian Troadec de ses résultats?

Christian Troadec dispose désormais d'un bon tremplin pour atteindre ses deux véritables objectifs : s'imposer en 2015 comme incontournable au Conseil régional, quoique la réunification qu'il prône ne le servirait pas, mais, les électeurs de Loire-Atlantique le connaissent maintenant un peu mieux, et gagner le siège de député en Finistère central (de Carhaix à Crozon), ce qui, sur le papier, semble atteignable. Il lui reste à redéfinir sa position par rapport aux Bonnets rouges, qui sont, eux-mêmes, en pleine reconfiguration après 2 mois et demi de sommeil relatif.

Le corps politique breton se cherche et est toujours fracturé politiquement et géographiquement, mais les dérives et les palinodies des machines politiques dominantes ouvrent considérablement le jeu et, malgré les apparences, le Front national est loin de pouvoir rafler la mise en Bretagne (et pas forcément ailleurs, non plus).

Christian Rogel

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Christian Rogel est spécialiste du livre, de la documentation et de la culture bretonne.
Vos 13 commentaires
Jo Pevedic
Mardi 25 janvier 2022
Après les résultats des européennes en Bretagne, le sous commandant Marcos décide de se retirer de la vie politique. (AFPlomo - 2014/05/26 - 17h02)
Après avoir constaté l'échec flagrant de la liste Ménahes/NPA sur la circonscription Ouest lors des élections euroépennes en France, le sous commandant Marcos a annoncé son retrait définitif de la vie politique. Devenu un mythe auprès de populations indigènes du centre-bretagne, il espérait une vive réaction de la communauté bretonnante dans ce secteur. Selon lui "l'échec est d'autant plus grave qu'une partie des voix censée porter la revendication autochtone a été détournée par l'usurpateur Troadec !" Sur un ton monocorde, masqué par son éternelle cagoule, devant une assemblée éparse d'une trentaine de personnes, il a lu un discours d'une heure trente, rappelant son engagement pour ce territoire, et le renouveau culturel combatif des années 90.
Figure emblématique de la résistance des peuples sans Etat, son départ créera d'inévitables remous dans les structures associatives mais surtout politiques des mouvances régionalistes et indépendantistes bretonnes. D'ores et déjà, Gael Roblin, 3e sur la liste NPA et activiste de la mouvance radicale Breizhistance a appelé a créer les "conditions d'un renouveau populaire plus prompt à faire valoir les aspirations de la majorité de la communauté bretonne". Le sous-entendu est explicite : les barbus de l'UDB, leur alliance avec les saucissons du PS local, les mariages contre-nature du mouvement des bonnets rouges se dévoilent au grand jour. L'unité de façade des manifestations de Quimper puis Carhaix en novembre-décembre 2013 implose littéralement. La réaction de C. Troadec ne fera sans doute qu'envenimer les tiraillements qui s'étalent désormais en Une des organes de presse locaux. L'appel de l'édile de Carhaix à "construire le mouvement autour de sa candidature qui changera la donne en Bretagne" pour les scrutins régionaux de 2015, n'apaisera sans doute pas les différends en ne faisant aucun cas du départ de Marcos dans sa déclaration. De son coté, l'UDB fidèle a sa tradition centralisée s'est refusée à "tout commentaire avant la tenue de son bureau fédéral". Le NPA et Breizhistance appellent les Bretons à un fest-noz de soutien au presbital-koz de Landeleau pour un hommage à l'action résolue du sous-commandant Marcos depuis 20 ans.
Pour espérer une recette à la buvette ils devront attirer plus de monde que ceux qui se sont déplacés aux urnes pour les soutenir !
lol
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eugène le tollec
Mardi 25 janvier 2022
Ma doué............
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Eloi M.
Mardi 25 janvier 2022
Voici une analyse du vote pour la liste de C. Troadec. C'est incomplet (notamment la carte affichée exclu la Loire-Atlantique :-$ ), mais ça reste intéressant, notamment l'auteur insiste sur la nécessité pour C. Troadec de trouver des relais locaux dans les régions à plus de 60 km de Carhaix. .. (voir le site)
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Christian Rogel
Mardi 25 janvier 2022
Cette carte est très intéressante et j'y vois quelques éléments notables :
- la limite linguistique n'explique rien : le vote NTFE est limité par une ligne Dinan-Redon
- des surcroîts de votes se voient le long de certaines voies express (RN 12 + branche vers Dinan) et de l'axe central
- Le Mené, où se trouve des usines agroalimentaires se détache légèrement
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SPERED DIEUB
Mardi 25 janvier 2022
Comme par hasard la limite Dinan Redon correspond à peu près à celle que j'ai pris en référence dans mes commentaires au sujet de la rupture territoriale au cas ou la fusion Bretagne pdl aurait lieu .De ce découpage scélérat tel un séisme surgirait deux entités ,c'est à dire un territoire à l'ouest de la ligne Dinan Redon d'une superficie similaire à celle de la Flandre belge environ 20000 kilomètres carrés Ce qui resterait de l'est de la Bretagne avec les PDL formerait une autre entité ,mais avec le temps la réalité péninsulaire breton réapparaitrait ,chassez le naturel il revient au galop
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Louis Le Bars
Mardi 25 janvier 2022
La seule conclusion que l'on peut tirer de la carte c'est que le vote Troadec a pour épicentre Carhaix dont il est maire. La présentation de la limite linguistique dessus est un peu tendancieuse car la langue n'est à ma connaissance pas au centre des revendications des Bonnets rouges.
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Christian Rogel
Mardi 25 janvier 2022
@Louis Le Bars
Il y aurait d'autres points de vue sur la carte, si on pouvait croiser avec la typologie des communes. Le vote a été sensible dans l'intérieur, mais moindre sur les côtes. La taille des communes interfère aussi.
Comme je l'ai fait déjà remarquer, le découpage opéré par les médias qui privilégient une actualité urbaine dans l'Est a également joué.
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Paul Chérel
Mardi 25 janvier 2022
Tant l'article que les commentaires me font penser à de la politique politicienne de bas étage (à la française). Christian Rogel nous a habitués à mieux par ailleurs. Tout cela s'éloigne fort des programmes, pour autant qu'il y en ait eu de clairs des uns et des autres. Ne parlons pas de l'UDB avec son Europe plus sociale (qu'est-ce que cela veut dire exactement ? ) mais il ne suffit pas de ratisser large comme l'a fait Troadec. Il fallait conquérir une (ou plusieurs) place(s) à l'Europe à partir d"un électorat hétéroclite s'étendant sur 13 départements. Les considérations bretonnes, même si elles n'étaient pas déplacées auraient pu au moins revêtir une réclamation plus générale, plus universelle, au besoin en tapant sur les dirigeants français à bras raccourcis. Il y a de nombreuses sympathies bretonnes dans le conglomérat électoral imbécile imposé par la France qui auraient pu être séduites par un message plus percutant. Peut-être même plus que dans les deux départements de l'Est breton. Paul Chérel
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Christian Rogel
Mardi 25 janvier 2022
@Paul Chérel
Il paraît normal de dégager les grandes tendances au niveau quantitatif, et pour les partis parisiens, et pour les partis bretons : c'est plus complet que se limiter aux seconds.
A l'inverse, mentionner, les résultats dans les départements non-bretons n'a que peu d'intérêt et ce n'est pas dans la ligne éditoriale de l'aBP.
Pour information, la liste NTFE a imprimé des bulletins pour les zones non-bretonnes, mais, n'y a pas expédié des professions de foi, pour des raisons financières.
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Paul Chérel
Mardi 25 janvier 2022
@Christian Rogel. Le résultat est éloquent. On se demande alors à quoi rimait de se présenter. Juste se faire connaître ? C'est raté. Les Bretons aiment-ils jeter leur argent par la fenêtre ? Avant les élections, les Maisons de l'Europe demandaient à tout un chacun de se manifester Cela aurait suffi de dire que l'on appellerait tout le monde à voter blanc, par exemple; L"Europe aurait peot-être réfléchi en constatant ce complot et l'UE aurait peut-être adressé des remontrances à cet Etat-Membre qui n'est plus digne de figurer dans l'Union pour non-respect des règles démocratiques même les plus élémentaires Paul Chérel.
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Christian Rogel
Mardi 25 janvier 2022
@Paul Chérel
Manifestement, vous sous-estimez l'impact des résultats de NTFE. Il dépasse tout ce qui a pu arriver de ce genre en Bretagne. Il valide la stratégie, même si elle est individualiste, de C. Troadec.
Un avenir électoral l'attend, car, il est seul à disposer d'un ancrage territorial large,qui ne demande qu'à être étendu.
Tous les autres jouent en 2e ou 3e division, indépendamment de la justesse de certaines de leurs idées.
L'une des raisons des succès naissants de CT, c'est son langage simplle, compréhensible par tous. Les jaloux n'ont qu'à faire du média-training et la jalousie est un vilain défaut.
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PIERRE CAMARET
Mardi 25 janvier 2022
Oui , maintenant il faut attendre les resultats . CT a un language compris par quasiment la majorite des gens .Ceci plus la sinistrose existante .Apres biensur il faudra amenager le stype en fonction de la progression .
Mais attention les jacobins ne sont pas idiots et surtout sont malhonnetes .
Un exemple voyez maintenant les attaques dirigees contre les LEPEN ...... bien ciblees. Cela ne m'emeut pas , je n'áime pas les LEPEN et leurs idees , plus vite , ils disparaitront de la scene politique , mieux les choses iront .Mais attention , les jacobins peuvent capitaliser des incidents mineurs pour en faire des dogmes . Il y a une chose qu'ils manipulent avec beaucoup de talent : LA DESINFORMATION , j'en sais quelque chose .
CT est un fort gaillard. Un morceau de granit . Et le peuple Breton est moins malleable que d'autres .
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eugène le tollec
Mardi 25 janvier 2022
C.TROADEC n'est pas né de la dernière pluie...vision et actions intéressantes à suivre...mais tout message doit être une stratégie de management d'un message à faire admettre au commun et au nombre...un décalage rattrape toujours le cheminement( gestion des risques)..
....mais le tribum est habile et fin bretteur.
Allez y M.TROADEC...(je ne suis pas de DVG...simplement breton)
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