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- Éditorial -
En 2040 il n'y aura plus de quotidiens

«I’m a digital immigrant», Rupert Murdoch le 13 avril 2005. Les Bretons sont particulièrement concernés par la concentration de la presse depuis le rachat par Ouest France de Presse Océan, d’une chaîne de télé locale à Nantes et d’autres quotidiens régionaux des Pays de Loire. On a dit que la Bretagne était la seule région avec l’Alsace qui ait plus d'un quotidien régional, mais dans quelle mesure peut-on qualifier Ouest France de quotidien régional ? Ouest France est un quotidien multi-régional qui fait du local.

Philippe Argouarch pour ABP le 11/06/05 17:40

« I’m a digital immigrant » — Rupert Murdoch le 13 avril 2005

Les Bretons sont particulièrement concernés par la concentration de la presse, surtout depuis le rachat par Ouest France de Presse Océan, d’une chaîne de télé locale à Nantes et d’autres quotidiens régionaux des Pays de Loire. On a dit que la Bretagne était la seule région avec l’Alsace qui ait plus d'un quotidien régional, mais dans quelle mesure peut on qualifier Ouest France de quotidien régional ? Ouest France est un quotidien multi-régional qui fait du local. En réalité la Bretagne n'a aucun quotidien régional. C'est-à-dire aucun quotidien qui couvre la région entière, les 5 départements bretons et uniquement ces départements.

En juillet 2004 les journalistes français ont interpellé la Commission européenne sur la concentration des médias en France. La Commission européenne avait autorisé le groupe de M. Marcel Dassault (GIMD) à acheter 82 % du capital de la Socpresse, la société publiant plus de 70 médias français, y compris des titres phares tels que Le Figaro et L’Express.

En 2004, Aidan White, de la fédération européenne des journalistes, avait déclaré : "La propriété croisée des médias a des conséquences dramatiques pour la diversité culturelle et pour le journalisme indépendant".[...]

Le 9 juin 2005 s’est donc tenu au Sénat, en partenariat avec le groupe Revue Fiduciaire, un colloque sur l’avenir des médias en France sous le titre "La concentration des médias en France, une réelle exception culturelle ?" L’événement était présidé par les sénateurs Christian Poncelet, président du Sénat, et Jacques Valada, président de la commission des affaires Culturelles du Sénat.

Parmi les orateurs, le président du CSA, Dominique Baudis, et Francis Beck pour les nouveaux médias, lui aussi du CSA, Pierre-Jean Bozo de 20 minutes, Antoine Duarte de Yahoo France, Jean-François Kahn (Marianne), Pierre Luette (AFP) et quelques Bretons comme Loïc Lemeur (Six Apart), Patrick Le Lay, annoncé, s’est fait remplacer au dernier moment par Paoli.

Par un heureux concours de circonstances, l’Agence Bretagne Presse était invitée à ce colloque et peut donc en rapporter quelques échanges intéressants en particulier en ce qui concerne l’Internet, notre média.

Vers une disparition de la presse quotidienne:

"Today, the newspaper is just a paper. Tomorrow, it can be a destination." - Rupert Murdoch

La concentration ne veut pas dire l’absence de pluralité. On a donné en exemple la Grande-Bretagne où Murdoch est propriétaire de presque tout. Ce fait ne peut cacher toutefois la tournure inquiétante de la concentration en Italie qui a d'ailleurs attiré l'attention de la commission européenne. Par contre en France, on n'a pas produit de grands groupes internationaux. On peut parler de concentration nationale, comme en Italie, mais certainement pas au niveau européen. A part une ou deux réussites comme la chaine de télévision sportive Eurosport, les groupes français restent des nains au niveau international.

Les Français (8 millions) lisent moins de quotidiens que les Anglais ou les Allemands (25 millions). Les Bretons semblent se situer entre les Anglais et les Français mais aucun chiffre n'existe. Les causes avancées de ce phénomène furent les coûts excessifs, le refus de la CGT de moderniser, le monopole du syndicat de la presse. La publicité représente 42 % des recettes mais est en baisse. Les quotidiens seraient en voie de disparition. Le nombre de quotidiens imprimés en France aurait diminué de 10 % en 10 ans.

Une phrase est revenue assez souvent, celle de Murdoch citant Philip Meyer dans The Vanishing newspaper : "Le dernier journal de presse quotidienne sera imprimé en 2040".

Un constat : La presse ne peut pas intégrer l’Internet (comme le cinéma a intégré la vidéo). Google actualités montre plutôt que c’est l’Internet qui intègre la presse. La presse ne peut plus rivaliser avec l'Internet. Un jeune passe 3 heures sur l’Internet par jour. Il ne passera jamais 3 heures à lire des journaux. De plus si le journal a pu intégrer la couleur ou le papier glacé, il ne pourra jamais intégrer le multimédia. Tous les grands pontes de la presse ont dû l'admettre. Serge July, le directeur de Libération, a toutefois déclaré que l'on pouvait sauver la presse française comme on avait sauvé le cinéma français dans les années 1980. Que le cinéma français soit sauvé des eaux, ou sous perfusion, on est en droit de se le demander...

Jean Bozo, de 20 minutes, a expliqué la presse gratuite et comment elle avait intégré les techniques internet de l'essentiel, du serviciel, du local et du fun, tout en adoptant la rigueur anglo-saxonne de la séparation des faits et de l'opinion. Il est évident que les gens et surtout les jeunes ne veulent plus qu'on leur dise ce qu'il faut penser de ceci ou de cela. Ils veulent se faire leur idée et veulent connaître les sources.

La démocratisation de l’information apportée par l’Internet c’est bien sûr son accès libre et mondial, mais il y a aussi la hiérarchisation dynamique, la suppression des intermédiaires à la Leclerc et l’absence des limites sur la taille des articles qui faisait que la presse papier coupait, découpait ou occultait les communiqués. Le papier coûte cher, les octets presque plus rien, surtout s'ils sont partagés sur un serveur.

L'Internet permet une hiérarchisation dynamique de l’info : on n'a pas forcement besoin d'un comité de rédaction ou d'un tout puissant rédacteur en chef. La Une peut être faite par le public lui-même. C’est ce qui a été choisi par l’Agence Bretagne Presse. À la différence des blogs qui présentent une information chronologique, ABP a mis au point une hiérarchisation de l'information basée sur le nombre de clics par heure. Si la colonne de droite présente les dépêches dans l’ordre chronologique, La UNE à gauche est déterminée par le cph (clic/heure), donc décidée par les lecteurs. La Une est démocratiquement et dynamiquement organisée. Ainsi, une dépêche pertinente peut rester plusieurs jours à la Une, alors qu'une autre, superficielle ou trop localisée, disparaîtra plus vite. Une révolution en soi, mais similaire au principe établi par Google pour son moteur de recherche : l'ordre de sortie des liens étant défini par le degré de référencement des sites. C'est la pertinence qui définit l'ordre de l'agrégation.

L’affaire AFP contre Google

L’Agence France Presse a décidé de poursuivre en justice Google pour avoir utilisé dans sa section actualités, les extraits et des photos AFP miniatures, dont certaines n'auraient pas été créditées AFP. AFP demande 17,5 millions de dollars de dommages.

Agence Bretagne Presse est intervenue dans le débat demandant des précisions. Il est évident que Google ne publie pas les dépêches AFP mais bien une information sur l’existence d’une information. Un index de liens. De plus, comme les contribuables français payent à raison de plus de 100 millions d’euros de subventions annuelles à AFP, on est en droit de se demander si ces 2 ou 3 euros que nous payons tous ne nous donnent pas justement le droit de voir au moins l’index des dépêches AFP sur Google.

La réponse de M. Pierre Louette, directeur général d'AFP, et lui-même un pionnier du Web en France en tant qu'ancien président de Connectworld, fut aussi sèche que la question : "ce que payent les contribuables français est largement compensé par ce qui transpire d’AFP un peu partout".

La justice tranchera. À noter toutefois qu'on a affaire à une cour de justice américaine et qu’en Californie en 2003, une cour fédérale a déjà donné le droit de publier des snapshots de photos, elles-mêmes couvertes par des copyrights. En tous cas, ce sont les journaux qui y perdent puisque Google a retiré les liens vers leurs articles basés sur des dépêches AFP. Moins de consultations pour eux.

La consultation sur le site de Google News, elle, a augmenté de 90 % l'année dernière, alors qu'elle a diminué de 23 % sur le site du New York Times. On ne mentionnera pas le site d’Ouest France qui est payant et a encore l'espoir naïf d'un site payant parmi des sites gratuits. Il est vrai que le quotidien a établi son monopole sur l'information locale sauf dans l'aire de diffusion du Télégramme.

Modèle économique et modèle français

Le seul modèle économique véritable pour la distribution de l'information, qu'elle soit écrite ou numérique ou audio-visuelle, reste la publicité. Il n'y a pour le moment rien d'autre.

Le modèle français issu de la main-mise de l’État sur les médias pendant et après la Seconde guerre mondiale a un long chemin à faire. On peut lire derrière l’action d’amertume d’AFP, donc de l’État français, le désespoir d’une culture qui avait justement créé l’encyclopédisme et qui, par ses courtes vues, son dirigisme, les occasions manquées du minitel, et son manque d’envergure, l’a vu ressurgir en Californie sous le nom de Google.com ou en Floride sous le nom de Wikipedia.org.

On est aussi en droit de se demander pourquoi AFP recevrait 100 millions et pourquoi, disons ABP, ne recevrait rien du tout ? Qui décide de qui reçoit quoi ? Et où est le marché libre si des entreprises sont décidées d’utilité publique et même des services publics et que d'autres ne le sont pas. Avoir à manger tous les jours est aussi important que d’avoir des informations fraîches et pourtant l’agriculture n'a jamais été nationalisée (du moins en France) et la restauration n'a jamais été transformée en service public.

Catherine Tasca, sénateure des Yvelines, a elle défendu le service public, mélangeant culture et information. S'il est évident qu'une démocratie de proximité a besoin d'une chaîne parlementaire (les USA en ont 2, et depuis au moins 25 ans) il est beaucoup plus contestable que, comme l'a dit Madame Tasca : "les services publics ont une responsabilité vis-à-vis de la culture". De quelle culture parle-t-on ? De la culture majoritaire, c’est-à-dire de la culture française ? La culture majoritaire d'aujourd'hui n'est-elle pas comme la religion majoritaire de l'ancien régime ? Pourquoi l’État doit-il s'occuper de culture ? Et si la culture, comme la religion, étaient une affaire personnelle ? Le choix des langues, des religions et des cultures ne revient-il pas d'abord aux parents ? Ce qui a été fait en 1905 pour la religion ne doit-il pas être fait en 2005 avec la culture ?

Le débat fut vite écourté et en fait n'eut pas lieu.

Autre bonne nouvelle : le CSA a décidé de ne pas réguler les blogs. On se demande comment ils feraient les pauvres, à raison d'un nouveau blog créé toutes les minutes !

Philippe Argouarch. Agence Bretagne Presse

Pour plus d'informations :

Le fameux discours de Rupert Murdoch du 13 avril 2004 : (voir le site)

AFP contre Google : (voir le site) ,1759,1780281,00.asp

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Philippe Argouarch est un reporter multi-média ABP pour la Cornouaille. Il a lancé ABP en octobre 2003. Auparavant, il a été le webmaster de l'International Herald Tribune à Paris et avant ça, un des trois webmasters de la Wells Fargo Bank à San Francisco. Il a aussi travaillé dans des start-up et dans un laboratoire de recherche de l'université de Stanford.
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