-- Religion --

Eglise catholique de Bretagne ou Eglise catholique de France ?

Chronique de Le Coadic (porte parole Yves-François Le Coadic) publié le 14/12/17 11:06

On a pu noter récemment un regain d’intérêt pour la langue bretonne dans les diocèses brittophones de Bretagne : messes en langue bretonne, missel en breton reconnu par le Vatican, catéchisme en breton, etc. “Vous pouvez demander et avoir tous les sacrements de la vie chrétienne en breton !” La langue bretonne redevient donc la “langue des curés bretons” tant décriée par les hussards de la République française; ceux-là mêmes qui adulaient la “langue des curés canadiens français” !

Mais par contre, il semblerait qu’il y ait, dans les milieux ecclésiastiques, un regain de désintérêt pour l’identité bretonne et un affichage ostentatoire d’un fort nationalisme français. Ce qui les a conduits à expurger d’une célèbre chanson religieuse bretonne toute référence à l’existence d’un peuple breton et de ses membres bretons. La chanson est la fameuse complainte adressée à la patronne religieuse des Bretons, patronne fêtée en grande pompe tous les ans lors du pèlerinage de Sainte-Anne d’Auray. Intitulée “Sainte Anne, Ô bonne mère”. Son non moins fameux refrain était jusqu’à présent :

SAINTE ANNE, Ô BONNE MERE,

TOI QUE NOUS IMPLORONS,

ENTENDS NOTRE PRIERE ET

BENIS TES BRETONS.

Or, il nous a été récemment proposé lors de l’enterrement d’une proche la version suivante où le qualificatif “Bretons” était remplacé par la qualificatif “enfants” :

SAINTE ANNE, Ô BONNE MERE,

VERS TOI MONTENT NOS CHANTS,

ENTENDS NOTRE PRIERE ET

BENIS TES ENFANTS.

“Théologie de la disparition plutôt que théologie de la libération ?”

Nous étonnant de cette révision, il nous a été répondu que l’Eglise catholique de France avait décidé de ne pas faire apparaître les particularismes locaux. Il semble donc qu’il y ait clairement une volonté de cette Église d’effacer l’identité bretonne et de ne plus défendre la diversité comme le clamait haut et fort en 2014 la Conférence des évêques de France. Sur le thème “Unité dans la diversité” dans l’Union Européenne, elle déclarait que l’unité n’est pas l’uniformité. “Il ne s’agit pas de renoncer à nos spécificités. Nos différences, nos particularismes sont légitimes. Il s’agit simplement de ne plus en faire des éléments séparateurs mais des richesses à partager et de faire le pari que ce qui nous rassemble est plus fort, plus essentiel que ce qui nous sépare”. Ce que confirmait le pape Jean-Paul II : « les différences nationales doivent être maintenues et cultivées comme le fondement de la solidarité européenne; et, d’autre part, que l’identité nationale elle-même ne se réalise que dans l’ouverture aux autres peuples et à travers la solidarité envers eux ». Pourquoi alors vouloir faire disparaître les Bretons et le peuple breton ?

La mission de l’Eglise catholique de France en Bretagne s’avère être de poursuivre jusqu’à l’absurde toute la politique symbolique suivie depuis plusieurs années par les partisans du Grand Ouest ainsi que le processus de débretonnisation en cours en Loire-Atlantique et en région administrative Bretagne. Par son organisation interne, cette Église démontre en même temps sa fidélité au pouvoir jacobin: la “province” ecclésiastique de Rennes regroupe les diocèses du Grand Ouest ! On est loin des théologies de la libération des minorités nationales mais plus dans des théologies de leur disparition.

Pour revenir sur le sujet de la langue, les initiatives évoquées plus haut ne doivent pas faire illusion. Inscrites dans le cadre d’une Église catholique de France révisionniste, elles ne sont que de la poudre aux yeux. Une véritable Église catholique de Bretagne devrait, fidèle aux principes mis en avant par la hiérarchie catholique, s’enorgueillir de légitimer le particularisme breton et de promouvoir la co-officialisation du breton et du français dans les évêchés de Bretagne Occidentale et l’acculturation brittophone de ses cadres et de ses ouailles.

Voir aussi :
©agence bretagne presse

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