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DREMMWEL, un album éclectique : "Hirbad" !

Chronique de Culture et Celtie (porte parole Gérard Simon) publié le 22/03/19 9:55

CD Hirbad - DREMMWEL "Pilpasañ (Ton simpl Plinn)" - Extrait de 00:59. CD Hirbad - DREMMWEL

DREMMWEL… Rassurez-vous, nous n’allons pas évoquer, ici, ainsi dénommée, cette bière biologique bretonne, « bio par nature, celte par héritage », comme la qualifie la brasserie de Trégunc (29) qui l’élabore, mais consacrer notre chronique à ce groupe musical, tout aussi finistérien qui, depuis plus de trente ans, scrute, toujours… l’horizon (« dremmwel », en breton) pour, toujours, envisager de nouveaux et variés projets musicaux.

47112_1.jpgJaquette du CD de DREMMWEL - Hirbad"

Avec, par ordre alphabétique, Daniel CADIOU, à la guitare et programmation, Fabrice CARRE, à la batterie, percussions, basse, guitare, Marie CARRE, à la contrebasse, flûte traversière, Dominique LE GUICHAOUA, à l’accordéon, au biniou, Marin LHOPITEAU, à la harpe celtique, fiddle et René MARCHAND, aux bombardes et flûte, nous retrouvons, avec très grand plaisir, au travers de ce présent article, le « noyau dur » d’une formation qui, créée au milieu des années 80, a su tracer, au fil de plus de trois décennies, un spécifique chemin jonché de diversités valorisées par de nombreuses rencontres artistiques et de nombreux projets scéniques et discographiques menés avec brio.

Enregistré et réalisé par le compositeur, arrangeur et guitariste quimpérois, né costarmorician, Patrice MARZIN (Gérard MANSET, Hubert-Félix THIEFAINE, AR RE YAOUANK, GWENNYN, Soïg SIBERIL…), composé d’un programme de 13 titres, 11 compositions originales, 2 traditionnels, dont 10 instrumentaux et 3 vocaux, s’étirant sur plus de 55 minutes, avec, en ordre dispersé, des pièces à écouter, d’autres à danser, voici « Hirbad », le nouveau Compact Disk de DREMMWEL !

« Hirbad », comme « longue durée » : une évidente analogie avec la longévité du groupe. Une dénomination qui rappelle, également, les « Long Play » (LP), légendaires microsillons vinyles 33 tours-30 cm, que l’on voit, par ailleurs, actuellement, en grand nombre, revivre sur une gamme de nouvelles platines tourne disques équipées USB, numérique oblige !

Si, par ce titre « Hirbad », nous évoquons, ci-dessus, la notion de durée, qu’elle caractérise celle de la formation ou celle de l’enregistrement, il nous faut, avant tout, mettre en exergue, car c’est l’âme essentielle de cet opus, le côté éclectique de cette sixième publication de DREMMWEL.

Un disque stylistiquement aussi varié que les 45 tours-17cm (EP, comme Extended Play) que l’on pouvait, à l’époque, percevoir, au mieux, entendre, sinon écouter, surnageant d’un dense brouhaha émanant d’un café enfumé. Des séquences musicales enchaînées, « sans transition », s’échappant d’un jukebox, semblable à celui choisi par DREMMWEL pour parer la couverture de la jaquette, comme un indicateur d’intention artistique.

Au cœur du livret, sur double page, prise au sein de la collection de ces « clinquants et lumineux meubles à musiques colorés » des années 70, détenue, à Plugufffan (29), par Jacky PLOUHINNEC, la photographie du sextuor, manipulant, voire jonglant avec ces petites et noires galettes de vinyle aux étiquettes multicolores percées d’un large trou central, illustre, parfaitement, nos propos. Souvenirs… souvenirs !

Après « Heol loar » (1996), « Glazik » (2001), « Lañs » (2006), « Troioù kaer » (2011) et « Traou mad » (2013) qui, en quelque sorte, résumait les éditions précédentes Voir chronique le concept de ce présent album s’inspire, directement, du parcours du chercheur ethnomusicologue, folkloriste, américain, père fondateur du « Global juke-box », Alan LOMAX (1915-2002) qui, comme un assidu collecteur, a enregistré, à travers le monde, notamment aux Etats unis, aux Caraïbes et en Europe, nombres de musiques populaires, aussi belles que variées.

C’est cette référence qui a conduit DREMMWEL à nous proposer, au fil d’« Hirbad », des « sonorités du monde », en invitant des artistes corses, écossais, sud-américains et des instrumentistes qui élargissent la coloration musicale initiale dur groupe, qui demeure, par ailleurs, bien identifiable.

Ces participations sont fondées sur des rencontres antérieures effectives, mais aussi sur des « rendez-vous » provoqués pour l’occasion.

En rassemblant quelques-uns des artistes qui ont influencé la démarche du groupe breton tout au long de son parcours, « Hirbad » reprend une partie des créations présentées dans le contexte de la « carte blanche » qui leur était offerte, en juillet 2016, par le Festival Cornouaille-Kemper, essence même de l’orientation donnée à cette nouvelle publication.

C’est ainsi que, dans l’ordre des titres constituant ce programme, DREMMWEL accueille, au fil des morceaux qui le composent, à la bombarde : Pierre-Marie KERVAREC (1), au cistre ( ) et flûtes : Jean-Marc LESIEUR (2), à la harpe paraguayenne : Israël LEDESMA (4), au chant : Louise EBREL (5 et 6) et Marco CAMPANA (6), aux voix polyphoniques corses : Thomas CIPRIANI, Stéphane MOREL, Jean-François LUCCIANI (6), au chant solo et chœur écossais : Rob GIBSON, Malcom KERR, Andy MITCHELL, (11), au piano : Andoni AGUIRRE (12).

Nous l’avons présenté, à l’orée de ce papier, comme l’ingénieur du son et le réalisateur de cet opus, c’est au titre de virtuose guitariste que Patrice MARZIN, intervient, pour quelques parties, à la basse, à la guitare solo, à la guitare Ebow ( ), aux programmations, sur plusieurs titres.

Il est à noter que l’ensemble des membres du groupe ne sont pas présents sur tous les morceaux. Seule, la polka « A lot of Traffic », située en plage 9, rassemble les 6 musiciens.

Vous l’avez compris, par la diversité de ses « acteurs », ce disque se présente, semblable à un kaléidoscope, proposant de lumineuses combinaisons de talents, de couleurs, de timbres, de rythmes, de styles, d’origines, de langues. Une large palette se révélant être, néanmoins, bien loin d’un bric à brac musical peu séduisant, mais bien au contraire, grâce aux talents et au son de DREMMWEL, comme une mise en lumière de tout un patrimoine enraciné qui ne demande qu’à trouver résonance sur nos platines et plateaux du moment.

Amis de la musique bretonne, celtique, ne soyez pas inquiets, eu égard à l’éclectisme musical proposé dans « Hirbad », par DREMMWEL.

Ce créatif et riche groupe, ainsi que les artistes qui l’entourent, vont savoir vous aborder, vous emmener, vous ramener… pour aller plus loin dans cette passation culturelle multiethnique.

Dès le premier titre, « Pilpasañ » (Ton simpl Plinn), composé, parce qu’imaginé par René MARCHAND, lors d’une randonnée estivale entreprise dans le Gers (pilpaser=piétiner), nous sommes accueillis par un duo bombarde et biniou, celui de KERVAREC/LE GUICHAOUA, familière prestation en couple additionnée d’un très limpide pont de guitare, signé MARZIN. Nous sommes, alors, en terre connue…

En plage suivante, un Hanter-dro, composé par Daniel CADIOU, astucieusement intitulée, « Hanter inconnues », tout en gardant pied en Armorique, nous emmène, déjà, bien plus loin.

En effet, cette danse bretonne, se teinte, grâce aux flûtes de Jean-Marc LESIEUR et René MARCHAND ponctuées par la harpe de Marc LHOPITEAU, d’influences sud-américaines qui nous rappellent LOS INCAS, LOS KOYAS ou LOS CALCHAKIS, lorsque… « Le condor passait »… en boucle, sur la platine réceptrice du juke-box !

Après une errance nocturne sur les rives de l’Odet, dont le flux relie Quimper à Bénodet, au son de l’accordéon enjôleur et mélancolique de Dominique LE GUICHAOUA qui joue « Le fanal », une composition théâtrale du musicien, en 4ème titre, se fait, alors, entendre, dans l’acception d’une Bretagne qui regarde la mer… et le monde : « Mervent ».

Cette pièce met en exergue un cristallin et véloce dialogue entre la harpe celtique de Marin LHOPITEAU et la harpe paraguayenne d’Ismaël LEDESMA, complice du groupe depuis 2009.

Très belle composition des deux musiciens qui lie culture bretonne et amérindienne.

La harpe a, toujours, été un marqueur du son de DREMMWEL.

En page 69 de son livre « un monde de musique bretonne » Voir chronique , Pascal LAMOUR qui avait, notamment, assuré le mix du Best Of de DREMMWEL, écrit, en relatant les propos du harpiste Tristan LE GOVIC Voir chronique : « Le répertoire breton pour la harpe est très important. Il regrette, cependant, que la harpe soit encore trop peu présente dans les festoù-noz …/… Assez peu de harpistes l’on fait, à part Marin LHOPITEAU, avec DREMMWEL et Maël LHOPITEAU, avec le groupe PLANTEC ».

Mais revenons dans l’hexagone, sinon en Bretagne, puisqu’en piste 5, « Quand nous partîmes de Toulon » nous permet de retrouver la grande Louise EBREL qui, une fois n’est pas coutume… chante en français !

« Quand nous partîmes de Toulon,

Pour faire la pêche aux poissons,

Nous étions, notre équipage,

Dix-sept jeunes matelots,

Qui ne craignaient point l’orage

La mer, ses terribles flots. »

Pour notre part, nous avions découvert cet air traditionnel, chanté par BABORD AMURES, identifiée sur son site Internet, d’origine normande et proposé sur son CD « Le vieux cargo », paru en 2012 Voir CD_A_RETENIR qu’il interprétait dans un style « ballade folk », avec un accompagnement inspiré, notamment, du grand banjöiste oregonnais, Deroll ADAMS.

Sur « Hirbad », c’est respectueusement servie par un sobre trio guitare, contrebasse et accordéon, que Louise EBREL, reprend cette traditionnelle chanson de marins, dans une version plus complainte convenant, parfaitement, à son grave et si prenant timbre !

C’est très réussi, car il n’est pas donné à toute voix féminine de donner dimension à ces chants, plutôt masculins.

A noter, également, les très esthétiques motifs instrumentaux des musiciens qui donnent dramaturgie et relief à cette narration.

Un autre remarquable moment, à la conjonction des sphères profanes et sacrées, vous attend avec le 6ème titre, suivant :

« Beata funtanella ». Une composition du menuisier, poète, chanteur d'exception de paghjelle, Ghjuliu BERNARDINI, père des deux frères fondateurs du groupe I MUVRINI, disparu en 1977.

Une superbe rencontre vocale, exprimée en breton et en corse entre Louise EBREL et le chanteur corse Marco CAMPANA ! Un accompagnement « en nappe », à l’accordéon et à la guitare Ebow ( ), griffé de Dominique LE GUICHAOUA et Patrice MARZIN qui ne fait que ponctuer et souligner avec déférence, ces deux voix magiques mystiques qui se répondent… mais, de fait, s’unissent !

Que c’est beau et grand, lorsque deux représentatifs talents d’une telle volée, semblent, au travers de leur vibrante interprétation vocale, faire flotter, dans leur identique spectre noir et blanc et dans un même souffle marin, la tête de Maure coiffée d'un bandana blanc, auprès des 9 bandes cantonnées des 11 hermines !

Après ce « temps fort », DREMMWEL nous propose une séquence à danser de plus de 17 minutes, durant laquelle, escortées par les autres instruments, réapparaissent la bombarde de René MARCHAND, la harpe celtique de Marin LHOPITEAU. Le Pilé menu, « Pile a’ leur », le rond de Saint Vincent « Luskañ, la polka « Lot of traffic », la suite fisel « Ar roc’h » s’inscrivent dans l’éclectisme souhaité par les artistes. Nous retrouvons, au fil de ces 4 morceaux, les fondamentaux de DREMMWEL.

Violon, accordéon, guitare, enrobés de quelques programmations et 3 voix ; celles de Rob GIBSON, Malcom KERR, Andy MITCHELL, suit, enregistrée dans les Highlands, une chanson écossaise collectée par le célèbre ethnomusicologue américain que nous vous présentions en début de chronique et qui inspire fortement, nous l’avons vu, l’esprit d’« Hirbad », nous oserons dire, sa ligne éditoriale.

Ce morceau nous permet, notamment, d’entendre Marin LHOPITEAU, au fiddle.

En plage 12, retour en Bretagne avec « L’air vous sera meilleur » qui rend hommage à l‘illustrateur, sculpteur, créateur de mobilier, décorateur et céramiste, Paul FOUILLEN (1899-1958).

Associé à l’histoire de la faïence de Quimper, cet artiste qui, après quelques années de collaboration avec la maison HB, crée sa propre faïencerie se révèle être un artiste complet, puisqu’il était, aussi, compositeur et musicien.

C’est, en réponse à ses problèmes respiratoires (d’où le titre), encouragé par ses ex-employeuses, propriétaires d’un commerce de tissus, à Pontivy qu’il rejoint la capitale finistérienne pour intégrer, en flûtiste confirmé, l’harmonie municipale de Quimper. Si son travail prend le pas sur la musique, il n’en demeure pas moins qu’il créera quelques formations et des chansons populaires, plutôt, amusantes.

DREMWEL interprète, ici, juxtaposées, deux de ses compositions des années 40, en confiant le rôle principal au pianiste d’origine basque, par ailleurs, Président des Semaines musicales de Quimper, Andonni AGUIRRE qui martèle avec une évidente dextérité un vigoureux et pétillant ragtime.

Ce style musical émergé aux États-Unis et extrêmement populaire entre 1897 et 1918.

Son disque « King of Ragtime », paru en 2014, avait, notamment, reçu les éloges de France Musique… une référence !

Dans cette droite ligne, une scottish, composée par Dominique LE GUICHAOUA, pleinement inspirée d’un rigtime de Scott JOPLIN et de la musique rabouine du défunt guitariste de jazz manouche gantois, Francis-Alfred MOERMAN, conclut ce « tour du monde en un album ».

Nous avons, très largement, apprécié cet opus aux plurielles facettes.

« Hirbad » propose des morceaux distincts, indépendants, que vous pouvez, grâce au mode de programmation personnalisée de votre lecteur, écouter dans tout ordre différent.

Mais ne vous y trompez pas, la distribution initiale choisie par le groupe et son directeur artistique Patrice MARZIN, prend tout son sens et créé plus de cohérence qu’il n’y parait.

S’il nous était permis d’inventer un nom pour classifier cette remarquable production, nous logerions cet enregistrement dans une hypothétique rubrique, chapeautée : « Néo-World-Trad ».

Procurez-vous, dès que possible, ce fort intéressant et original CD, dont les deux tiers de ses mélodies sont signées par les musiciens de cet excellent et inventif groupe cornouaillais qu’est DREMMWEL, afin de l’intégrer dans votre « juke-box personnel » qui joue, sans chauvinisme, vues de notre péninsule, « les musiques de Bretagne et d’ailleurs ».

Gérard SIMON

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( ) - Le cistre est un instrument à cordes pincées qui semble avoir fait son apparition vers le XV? siècle et qui est encore répandu en Europe.

( ) - L'EBow, « archet électronique », est un résonateur, un appareil électronique conçu à l'intention des guitaristes, inventé par Greg HEET, en 1969. Le champ électromagnétique qu'il émet provoque le mouvement des cordes et le son ressemble à celui que produirait l'utilisation d'un archet, d'où son nom. Cet objet est surtout utilisé pour des guitares électriques, mais peut aussi être utilisé sur des guitares folk. Par exemple, David GILMOUR des Pink Floyd, utilise un EBow sur la chanson acoustique, « Take It Back » (The Division Bell - 1994).

Illustration sonore de la page : DREMMWEL - «Pilpasañ (Ton simpl Plinn)» - Extrait de 00:59.

Site Internet du groupe DREMMWEL : www.dremmwel.com

D'autres extraits sur Culture et celie, l'e-MAGazine :

Les titres du CD «Hirbad»

01 - Pilpasañ (Ton simpl Plinn) - 03:11

02 - Hanter Inconnues (hanter-dro) - 04:27

03 - Le Fanal - 03:33

04 - Mervent - 03:23

05 - Quand nous partîmes de Toulon - 05:30

06 - Beata Funtanella - 06:02

07 - Pile a' Leur (Plié menu) - 04:36

08 - Luskañ (Rond de saint Vincent) - 04:10

09 - A Lot of Traffic (Polkas) - 03:04

10 - Ar Roc'h (Suite fisel) - 05:47

11 - Macpherson's Rant - 4:52

12 - L'air vous sera meilleur - 04:03

13 - L'étincelle (Scottish) - 03:45

Total : 56:50

CD «Hirbad»- DREMMWEL

Parution : novembre 2018

Distribué par COOP BREIZH - www.coop-breizh.fr

Réf : 4016292

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