DIWAN : A situation de crise, réponse politique exceptionnelle !

-- Langues de Bretagne --

Chronique
Par Yvon Ollivier

Publié le 21/05/21 20:56 -- mis à jour le 23/05/21 18:58

Je ne suis pas certain que tout le monde ait saisi la portée considérable de la décision du Conseil constitutionnel de ce 21 mai 2021 au soutien du principe d’unicité du peuple français.

Conformément au principe « une seule langue dans l’espace public », l’immersion est bannie de l’enseignement public mais encore de l’enseignement sous contrat amené à participer au service public, et donc du réseau Diwan.

Cette décision, avec en outre la fin des signes diacritiques inhérents à l’orthographie bretonne, marque un recul sans précédent par rapport à l’existant. Et ce ne sont pas les quelques avancées par ailleurs qui viendront compenser le désastre.

Sans doute avions-nous mal mesuré le risque d’inconstitutionnalité.

De cette décision, on peut dire que le principe de peur inhérent au jacobinisme l’a emporté, mais surtout le fait du prince. Le Pouvoir en France appartient aux élites parisiennes et notamment à la technocratie.

Cette atteinte délibérée à l’espérance de pouvoir sauver la langue bretonne par l’immersion, pédagogie la mieux à même de former de jeunes locuteurs, n’est pas de celle qui contribue à l’unité nationale, loin s’en faut. Ce type de décision ne produit que de la colère et de la désunion. Je ne pense pas que la France avait besoin de ça !

Cette décision accentue la fracture terrifiante entre les « régions » et la centralité où se tiennent toutes les élites. Ces dernières se sont-elles demandées un jour ce qu’elles feraient si tous les fonctionnaires corses, bretons, basques, Alsaciens, occitans, flamands et tous les autres qui font tourner la machine laissaient soudainement tomber le fardeau ?

Le réseau Diwan est menacé car l’immersion n’est pas conforme à la Constitution et on voit mal les services de l’Etat signer de nouvelles contractualisations et prendre en charge le financement des enseignants. Les contrats actuellement en cours seront ils dénoncés ou soumis à recours ?

A présent , la seule question qui vaille : Que faisons-nous dans cette situation de crise ?

A crise sociétale majeure pour la Bretagne, comme pour les autres peuples de France, il faut une réponse politique exceptionnelle et surtout unitaire.

A nos élus de trouver le chemin et de rassembler l’ensemble des Bretonnes et des Bretons.

Il faudra des actes forts.

Faisons de ce coup du sort une chance pour nos langues par le sursaut dont nous serons capables.

Yvon Ollivier

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Yvon OLLIVIER est juriste, auteur de l'ouvrage "la désunion française essai sur l'altérité au sein de la République" ed l'harmattan 2012 et membre de la coordination des juristes de Bretagne blog associé desunion-francaise.over-blog.com
Vos 12 commentaires
Muichka
Vendredi 21 mai 2021

Tout est manigance, fusée nationaliste française à plusieurs étages :
1- sachant que le ConCon ne peut se saisir lui-même d'un texte de loi ;
2- mais sachant que si il est saisi pour un article quelconque, il lui est loisible de se saisir de tout le texte ;
3- sachant aussi que les membres du ConCon sont des copains des nationalistes français ;
4- on monte une saisine vite fait sur un article, le 6, laquelle est rejetée ;
5- vite fait, c'est-à-dire sans même l'assentiment de certains signataires ;
6- on s'fait une ptite bouffe vite fait (ou plutôt un grand restaurant clandestin) et on leur demande de faire ce qu'ils ne font plus : de regarder d'autres articles
7- et pof. Voila.
J'appelle les faux-vrais signataires de cette saisine à se rebeller ;
J'appelle les députés LReM qui ont majoritairement voté ce texte à se rebeller ;
j'appelle tous les candidats sur les listes LReM à se rebeller
je les appelle à dire qu'ils croyaient en un monde nouveau, mais qu'ils constatent que LReM n'est qu'une imposture et une dictature en puissance, appuyée par les copains PS ou LR du ConCon.

Jean Loup Le Cuff
Vendredi 21 mai 2021

Les jacos sont des grands malades idéologiques... et le prouvent une nouvelle fois!
Que tous les naïfs se réveillent enfin!
Leurs dogmes minoritaires passent avant le droit des peuples et la démocratie la plus élémentaire...
Ce sont eux les séparatistes!
Je suis favorable à donner l'indépendance à l'Ile de France, et à leur couper les vivres, que notre manne fiscale reste entièrement dans nos "régions" pour nos affaires et notre épanouissement...
Laissons les jacos mortifères se scléroser dans ce qui fût le petit royaume de France de Louis XI..;))
Leur propositions de vie et d'avenir ne vaut guère mieux que les fillettes du roi araignée...
Leur bêtise sans nom n'égale que leur arrogance sans limite..
Les jacos sont nos fascistes ethnocidaires contemporains...
Qu'ils disparaissent enfin pour notre liberté et notre épanouissement..
Honte sur eux!

penn kaled
Vendredi 21 mai 2021

Enfin Yvon Olivier une chronique responsable de votre part .Si effectivement le conseil régional de Bretagne est déficient concernant son appui à la langue bretonne ,il ne faut pas se tromper d'adversaire .Cette basse manoeuvre est bien digne de la fourberie du pourvoir hégémonique francilien ,fourberie de la France vis à vis de la Bretagne depuis les temps les plus reculés . Au delà du problème de la langue bretonne ,c'est une véritable humiliation que subit encore la Bretagne vu que le porteur de la loi est un député Breton .Il m'arrive d'utiliser le terme jacobin ,mais j'évite de l'employer à tous bout de champs ,car sur le plan historique ,c'est très complexe ,mis couramment à tort en antagonisme avec les girondins étaient eux mêmes des jacobins .Le club en question était d'origine bretonne ,il a été usurpé et dénaturé par les révolutionnaires parisiens .Les véritables jacobins étaient pour beaucoup royalistes à l'origine .L'intransigeance de la haute noblesse notamment bretonne a eu une grande part de responsabilité dans le processus démarré en 1789 et dont nous subissons les conséquences aujourd'hui .Alors que s'il y avait un partage plus équitable du pouvoir au sein des états de Bretagne l'hexagone aurait évolué vers le fédéralisme à l'image de nombre de pays européens .

Jean Loup Le Cuff
Vendredi 21 mai 2021

Les jacobins jugent inconstitutionnel le fait que les Bretons veuillent défendre et sauver leur(s) langue(s)...
Langue(s) qui ont été déjà interdites et détruites par les ancêtres immédiats de ces jacobins...
Donc au lieu de s'excuser et de réparer, ils confirment leur volonté de détruire totalement et définitivement nos langues...
Que feraient ils ces mêmes jacos si une puissance étrangère supérieure voulait détruire leur langue française? Sans doute qu'ils entreraient en résistance, et sans doute qu'ils auraient raison...
Et nous les Bretons?

Le MartinicoBreton
Vendredi 21 mai 2021

Aujourd'hui j'ai honte d'être français.
Honte d'être citoyen d'un pays qui depuis plus d'un siècle commet un génocide culturel et linguistique envers les langues de mes ancêtres et toutes les autres langues régionales du territoire.
Cette hypocrisie consistant à dire que l'enseignement immersif c'est formidable lorsqu'il s'agit de l'anglais mais « dangereux pour l'unité de la république » lorsqu'il s'agit du breton, basque, corse, alsacien, etc. me débecte.
Si cela est possible il faudrait déposer une plainte contre l'État pour « Génocide linguistique et culturel » auprès de l'UE et/ou de l'ONU au moins ne serait-ce pour le symbole ou le buzz.

penn kaled
Vendredi 21 mai 2021

C'est aussi la conséquence ,dans l'esprit , de la loi sur les séparatismes ,ses promoteurs savaient bien qu'elle serait inefficace face aux fous furieux de l'islam ou autres , par contre elle sera utilisée par le pouvoir central pour contrer les régionalistes ,fédéralistes ,et indépendantistes , plus généralement pour limiter la liberté d'opinion et de croyance.Sans doute l'essor récent des mouvements émancipateurs en Espagne et au Royaume Uni a attiré l'attention française ,le gouvernement qui a fait presque discrètement voter cette loi au nom du principe de précaution, sous prétexte de lutter contre le terrorisme ,mais la véritable raison véritable était sa crainte d'une contagion fédéraliste ou indépendantiste ,peur aussi que la crise économique annoncée ,aurait pu favoriser le délitement de l'hexagone .Les députés ,sans doute sous le choc de l'assassinat de Samuel Paty ont été complètement inconscients aveugles , on aurait pu penser que les députés bretons auraient eu un peu plus de recul face à cette loi liberticide ,mais il s'avère que non , et quelque part on en subit la triste conséquence aujourd'hui ..Je voudrais bien Monsieur Olivier que donniez votre avis sur la question .

Hervé Thomas
Samedi 22 mai 2021

Un post à découvrir: (voir le site)

boned ruz
Samedi 22 mai 2021

@ Hervé Thomas merci pour l'info; en voici un extrait "..Mais dans sa grande malignité la bande des neuf a décidé que toute signature même extorquée est valable...".
Si il est avéré que ces signatures ont été extorquées, alors une plainte peut être déposé devant la cour européenne... Pour vice de forme uniquement puisque le reste de l'esprit des lois est conditionné au respect des constitutions des pays de l'UE. Cela vaudrait tout de même le coup d'essayer et de dénoncer la magouille des signatures extorquée ( la cour n'aurait pas à statuer sur le fond; facile donc pour eux de sortir sans trop se mouiller face à la France) ... l'Europe s'est affaibli dans son fonctionnement démocratique par les commissaires Européens ( contre le parlement sur le Minority Safe Pack) puis une autre fois, le parlement contre Puidgmont... Mettre la cour Européenne devant la même problématique serait assez magnifique... Les nationalistes des états nations n'en veulent plus et les seules soutiens de l'Europe sont les "espérants de la démocratie" dont je fais parti sans doute naïvement ( démocratie qui ne vient pas par l'Europe, justement) Hum!!! ce serait une belle pression et politiquement très intéressant. Si les trois institutions démontre une "non démocratie" de fait. Alors...quel avenir pour l'Europe?
Mais qui portera plainte... il faudrait un groupe multi représentatif :politique, société civile, spécialiste etc
D'autre part, on peut lire dans «Les langues de France ; intervention F D VARENNES ( rapporteur à l'ONU spécialiste mondial du droit des minorités) , page 47»
«... Il est clair qu'en droit international nous n'intervenons pas dans la législation d'une langue ou d'une religion officielle; Ce qui compte, ce sont les effets concrets d'une politique ou préférences linguistiques sur les individus». Là, il faudrait faire le lien entre le moyen pédagogique visé et les conséquences sur les individus (dre soubidigezh); de fait l'enseignement immersif est seul à pouvoir sauver la langue bretonne et les autres à l'heure actuelle compte tenu de la baisse des locuteurs dans les années à venir... Par exemple: l'empêchement de nouveaux locuteurs suffisamment nombreux aura une incidence sur les locuteurs d'aujourd'hui dans la mesure où les conversations en langues minoritaires n'auront plus lieu et donc ont des conséquences sur le droit à parler sa langue... L'empêchement est patent et non naturel...les anciens vivent cela depuis la disparition progressive de leur générations. Dans le cas qui nous occupe il s'agit d'un processus planifié de fait par le conseil constitutionel.
D'autre part
La: «résolution 2347, du 24 mars 2017, par le Conseil de sécurité des Nations Unies»
«La destruction délibérée du patrimoine est un acte criminel mais aussi que désormais l'atteinte délibérée et avérée à l'identité d' une population, aux témoignages de son passé, aux signes de sa civilisation constitue un acte criminel de la plus haute gravité(...) que ces crimes sont imprescriptibles...»
Cela aussi doit pouvoir peser sur la magouille orchestrée sur les députés...
Peadra zo da sevel ur brud fall war an afer Blanquer...

Sylvain Legras
Samedi 22 mai 2021

Le problème de base, c'est le poids du pouvoir administratif dans la Vème république : la loi n'a que très peu de poids face au règlement, et le règlement est le domaine réservé des hauts fonctionnaires, qui peuvent faire obstacle aux décisions du parlement ne serait-ce qu'en bloquant les décrets d'application. A fortiori en portant une décision "non juridique" du Conseil Constitutionnel, institution au demeurant fort peu démocratique puisque ses membres ne sont ni juristes ni élus.
Nous sommes confrontés au paradoxe d'une république (concept la tin - res publica - Rome où le pouvoir le la "plèbe" n'a jamais été autre chose qu'une fiction) qui n'a plus grand-chose de démocratique (concept grec signifiant le pouvoir du peuple). Comment provoquer un sursaut démocratique qui, j'en suis persuadé, favoriserait un pouvoir plus "local" et la prise en compte des aspirations des populations (dont le souhait de voir promu le breton en Bretagne, comme les autres langues régionales ailleurs) ?
J'ai aujourd'hui suivi le cortège de la Redadeg, (etre Lezardev ha Landreger) : 6 à 7 véhicules, le mien -breton d'héritage et d'adoption, un peu "hors sol" compris). Un grand moment de solitude, malgré quelques manifestations isolées d'enthousiasme ponctuelles sur le parcours ! Rien sur FR3 Bretagne ni même sur Tebeo ! La "Communication" n'est vraiment pas ma partie, mais j'ai l'impression qu'il faudrait réfléchir à une campagne de communication percutante et élargie (bien au delà de la Bretagne) pour essayer de casser cette folie jacobine et en réalité mortifère (le français lui-même est condamné à court terme) alors qu'une fraction très significative de la population française - à mon avis pas loin de 40% - est issue de la "diversité". Mon impression est qu'une large majorité est insatisfaite, notamment en ce qui concerne le sujet de l'identité, mais que le morcellement conduit à une totale inefficacité. Je suis notamment très étonné du fait que la problématique des langues régionales soit autant isolée de celle des autres langues historiques que sont le créole et le kabyle : dans tous les cas, il s'agit de reconnaître le fait que notre identité individuelle est respectable qu'elle quelle soit.
Désolé d'une contribution un peu décousue. L'émotion a eu sa part ! Il y a du travail de réflexion - et derrière un travail politique - à venir.
A galon

Damien Darras
Dimanche 23 mai 2021

"A crise sociétale majeure pour la Bretagne, comme pour les autres peuples de France, il faut une réponse politique exceptionnelle et surtout unitaire. "
Effectivement il faut une réponse unitaire, pas seulement au niveau breton mais hexagonal. Il faut s'attaquer aux racines du mal.Les blocages viennent de Paris: c'est donc à ce niveau qu'il faut agir. Les différents peuples de France devraient élaborer un projet fédéraliste de refondation de la France .Pour celà il faudrait commencer par forger un outil politique commun: pourquoi pas "le Mouvement du 21 mai"?

Anne Merrien
Dimanche 23 mai 2021

Que va-t-il se passer ?
Les tribunaux vont encore s'encombrer avec le tilde (qui appartient pourtant à l'histoire de la langue française).
Couler brusquement les écoles immersives n'est pas politiquement envisageable, il va falloir trouver un tour de pass-pass (car il paraît que c'est ainsi qu'on écrit maintenant en bon français constitutionnel).

Lozachmeur didier
Vendredi 28 mai 2021

Nous avons bien compris le message du conseil constitutionnel, alors, nous les bretons, nous allons relever le défi.
Vous venez de transformer un peuple de moutons en un peuple de combattants !!!
Assumez les conséquences......

ANTI-SPAM : Combien font 8 multiplié par 4 ?
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