Jean Cevaër (1931-2026), ancien président du CUAB et de Bretons du monde-OBE et figure reconnue de l’action bretonne, vient de disparaître. Ingénieur chimiste et cadre supérieur de l’industrie pétrolière, il a consacré plus d’un demi-siècle à structurer les réseaux des Bretons de l’extérieur, à soutenir le combat pour la réunification administrative, et à porter la voix de l’émigration au sein de Skol-Uhel ar Vro – Institut Culturel de Bretagne....

Jean Cevaër, ingénieur chimiste de formation et ancien cadre de l’industrie pétrolière, est décédé en 2026. Militant infatigable, il a consacré plus d’un demi-siècle à structurer et animer la vie bretonne hors de Bretagne comme en Bretagne, notamment au sein des réseaux de l'Organisation des Bretons de l'Extérieur (OBE), du mouvement pour la réunification administrative et de Skol Uhel ar Vro - Institut Culturel de Bretagne.

Son héritage breton

Jean Cevaër (1931-2026)Jean Cevaër (1931-2026)

Né en 1931 d’une famille paternelle d’origine finistérienne, il fut élevé à St-Nazaire dont il revendique le franc-parler et la détermination. Adolescent durant la seconde guerre mondiale, il dut se réfugier, loin de sa famille, dans la campagne où il acquit ainsi une certaine connaissance du parler gallo.

Un parcours professionnel international, au service d’un engagement constant

Diplômé ingénieur chimiste de l’Ecole de chimie de Rennes et licencié ès sciences à l’université de Rennes, Jean Cevaër a mené une carrière dans l’industrie du pétrole, notamment au sein de Texaco, avec des responsabilités techniques et de direction à l’échelle européenne, après des expériences à l’étranger (dont l’Australie).

De retour en Loire-Atlantique, il a aussi travaillé à Saint-Nazaire, où il a notamment assumé des fonctions de responsable administratif du Centre de formation supérieure de Gavy (1989-1996) et contribué à la structuration d’outils de formation et de réflexion territoriale.

OBE, CUAB, ICB : des responsabilités de premier plan

Très engagé dans les milieux bretons de Belgique dès la fin des années 1960, il participe à la création d’initiatives structurantes autour de la langue et des Bretons de l’extérieur, dont le Conseil international de soutien à la langue bretonne (CISLB), puis l’OBE fondée en 1976 (devenue ensuite Bretons du monde-OBE). Il y occupe longtemps des responsabilités (notamment comme animateur et secrétaire général) et restera une référence du réseau.

Dans les années 1980, muté à Paris, il s’investit également dans Comité pour l'unité administrative de la Bretagne (CUAB), l'ancêtre de l'association Bretagne Réunie, dont il est co-fondateur et en fut un des présidents, et fut la cheville ouvrière de la grande manifestation de 1982 à Paris.

Les départements furent inventés par les jacobins pour effacer l’image des provinces : leur histoire, leurs langues, leurs cultures et leurs traditions. Les départements sont restés, après trois siècles d’existence, ce qu’ils furent à l’origine : une machine de guerre contre les traditions provinciales qui ont forgé les authentiques cultures de ce triste pays — cultures toujours vivantes après tant de siècles, y compris en Bretagne historique.

L’exemple le plus choquant de ces charcutages administratifs est la région fantoche dite des Pays de la Loire dont, au cours de ma longue existence, je n’ai jamais rencontré un citoyen qui, en dehors des spécialistes comme nous, puisse en citer les cinq départements, ou qui connaisse le nom officiel de ses malheureux habitants, auxquels le gouvernement national a inventé une histoire, une culture et des traditions, sans même encore trouver une dénomination.

Tout cela souligne bien que la France n’a jamais été « le berceau de la liberté », mais son tombeau, même si ses habitants, pourtant accablés de taxes et d’impôts pour financer l’une des fonctions publiques les plus nombreuses et les plus coûteuses du monde, se pensent « libres ».

La France est le pays le plus déchiré au monde par les manifestations, les grèves, les émeutes, les troubles divers et, de temps à autre, les révolutions.

Il faut souligner que les fonctionnaires de ce pays sont souvent considérés comme étant parmi les plus compétents et les plus honnêtes du monde. Le hic, c’est que le pouvoir en a fait sa garde prétorienne : celle qui assure sa pérennité et sert ses ambitions, qui ne sont pas toujours celles du peuple.__Jean Cevaër (remarque envoyée à ABP en 2022)

Au sein de l’Institut culturel de Bretagne (ICB), il représente l’émigration bretonne et assume, pendant de nombreuses années, des responsabilités au Conseil scientifique et d’animation (CSA). En 2016, son parcours est salué par l’attribution du Collier de l’Ordre de l’Hermine par l'Institut Culturel de Bretagne.

De son detour dans son fief au Pouliguen, il a été un des membres fondateur du Festival Anne de Bretagne créé en 1994. Il était très attaché à ce Festival itinérant en Loire-Atlantique qui par ces manifestations réaffirme l'appartenance de la Loire-Atlantique à la Bretagne historique à 5 départements.

Ecriture, conférences, et action locale

Homme d’organisation et de parole, Jean Cevaër fut aussi un homme d’écrit : il a publié dans plusieurs périodiques dont Armor Magazine et L’Avenir de la Bretagne, qu’il dirigera brièvement, et donné de nombreuses conférences au sein des associations bretonnes. Il a aussi publié une dizaine de chroniques et de revues de livres sur ABP

Hommage

Ceux qui l’ont côtoyé retiennent une énergie peu commune, une capacité à fédérer, et une volonté constante de faire avancer la Bretagne, ici comme à l’extérieur. ABP s’associe à l’hommage rendu à Jean Cevaër et adresse ses condoléances à sa famille et à ses proches.

Documents liés
logo Philippe Argouarch est un reporter multi-média ABP pour la Cornouaille. Il a lancé ABP en octobre 2003. Auparavant, il a été le webmaster de l'International Herald Tribune à Paris.