Didier Squiban, Bernard Le Dreau, Jérôme Kerihuel : "Sonate en trio"

-- musique --

Chronique de Culture et Celtie
Porte-parole: Gérard Simon

Publié le 8/05/16 19:33 -- mis à jour le 00/00/00 00:00
Pièce pour la paix - Part1 CD Coop Breizh - Sonate en trio

C’est en plagiant, quelque peu, ces instants de reconnaissance qui ponctuent, traditionnellement, les interminables soirées « oscarisées », « césarisées », « awardisées », de toutes façons, primées, que nous commencerons ce «papier en ligne».

Mais, loin de toute obséquiosité convenue, nous le ferons, ici, avec, de notre part, une authentique sincérité.

En effet, nous aussi, nous tenons à remercier Jean-Philippe Mauras, dirigeant de Lenn Production qui a suggéré au célèbre pianiste breton, la constitution de cette formation en trio : Didier Squiban, Bernard Le Dreau, Jérôme Kerihuel.

C’est le pianiste, compositeur et arrangeur qui nous le précise, lui-même, dès les deux premières lignes du livret qui accompagne ce nouveau CD.

L’expérience professionnelle acquise depuis près de 30 ans, par ce producteur, dans les domaines artistiques et événementiels, l’a conduit à proposer un élixir musical très inspiré, parfaitement équilibré, finalement, disons-le d’entrée, fort réussi !

Remarquable et véloce maître de son limpide piano, Didier Squiban est, sur cet opus, bien plus qu’accompagné, par les saxophones ténor et soprano, clarinette de Bernard Le Dreau et les tablas et percussions de Jérôme Kerihuel.

Dans cette configuration en trio, chaque musicien a, vous le constaterez, égal rôle.

La notoriété de Didier, la complicité de plus de 25 ans qu’il partage avec Bernard, la plus récente rencontre, quoi que datant, quand même, de 2007, avec Jérôme, ne conduisent à aucune prédominance, ni à aucun retrait de l’un ou l’autre des intervenants. Cette parfaite équité se traduit, aussi bien, intrinsèquement, dans l’expression artistique des 3 complices que dans l’équilibre de la mise en place des plans sonores. Saluons, au passage, l’excellence de la prise de son réalisée, en février 2016, à « Keramoal », Millizac (29), par Patrick Peron ainsi que son mixage final.

« Sonate en trio », est le titre donné à ce très agréable et intéressant album. Il rappelle la structure de la composition instrumentale de musique classique à plusieurs mouvements.

Dans cet album, il y en a trois :

- 1er mouvement : Keramoal

- 2e mouvement : Co-Naissance

- 3e mouvement : My « Sea » Song.

À l'origine, le mot « sonate » désigne « une musique qui sonne » (en italien, sonata, suonata). Et, croyez-nous, les 15 plages de ce programme, sonnent !

Vous ne serez pas perdus, puisque, déjà, en pays de connaissance, mais très agréablement surpris par une élégante et constante innovation, car « Sonate en trio » reprend des thèmes composés pour les albums précédents de Didier Squiban, ici, revisités, réarrangés, dans un autre esprit et des couleurs différentes.

En quelque sorte, le pianiste, qui a signé compositions et arrangements, nous propose ces paysages bretons, certes, familiers, mais qui se sont, au fil du temps et sous des éclairages saisonniers différents, parsemés de nouvelles maisons ou de chemins côtiers retracés.

Une exception à ce panorama, où l’on retrouve le style « distingué » du pianiste, heureux alliage des musiques traditionnelles bretonnes, de l’improvisation jazz et du romantisme classique, pour le titre « Keramoal » (plage 2) qui a été écrit par Jérôme Kerihuel.

Un morceau, très contemporain, très « free-jazz », où le chaleureux et « bluesy » sax de Bernard Le Dreau, après quelques onomatopées bien tempérées, devient nettement plus échevelé sur les rythmes frénétiques des percussions de Jérôme, qui s’appuient, peu à peu, sous les « bougonnements » du piano de Didier.

Un morceau de plus de 4 minutes captivant et énigmatique comme peut apparaître une peinture contemporaine, par ailleurs, autre passion du pianiste. Sans doute une cohérence artistique avec le tableau « alexithymie », encre acrylique sur toile et papier marouflé, oeuvre de Jean-Charles Brune qui illustre le verso du livret et « étiquette » la galette musicale… même si, celle-ci, n’est pas de Pont-Aven !

Ouvert, dès le premier mouvement « Keramoal » par « Pièce pour la paix, part 1 », conclu par « Pièce pour la paix, part 2 », l’album « Sonate en trio », est, aussi, une invitation au voyage vers la paix intérieure et vers la rencontre du monde… des mondes et des êtres.

« Il est des êtres,

dont nous savons,

immédiatement,

au premier regard,

aux premiers silences,

qu’ils marqueront,

à jamais,

nos pensées vagabondes,

notre parcours terrestre

entre les rives du temps ».

C’est par ces mots que débute le texte « Co-naissance » (plage 6) de Jean-Bernard Vighetti, natif de Pontchâteau (44 Bzh), animateur de la vie culturelle bretonne, par ailleurs, fondateur du festival rennais des « Tombées de la nuit », dont il a été le directeur artistique durant plus de 20 ans.

Soutenu par les enjôleuses vagues de son piano de cristal, Didier Squiban a choisi, pour bien dire les mots, le récitant Manu Lann Huel avec qui il a, déjà, entre autres, collaboré, au coeur des projets « An tour tan » et « La symphonie Iroise ».

Habilement égrainés, distillés, par ce poète, auteur-compositeur-interprète finistérien, l’excellente diction narrative du texte devient chant, dans un imaginaire chorégraphique contemporain, possible !

Vers la rencontre du monde… des mondes, nous en parlions, ci-dessus.

En plage 8, « Le tour du monde », la pièce la plus longue de l’album, avec ses sonorités introductives aux consonances indiennes « à la Ravi Shankar » qui laissent place à une mélodie plus orientale, sur des ponctuations pianistiques quasi ibériques, puis en changeant, radicalement, de rythme à un thème bretonnant, n’est-elle pas un témoignage d’universalité musicale, également, sous-jacente à ce projet ?

Tout au long de ce morceau du 2e mouvement « Co-naissance », les percussions « prospectives » de Jérôme Kerihuel, la clarinette agile de Bernard Le Dreau s’ expriment avec ampleur et bonheur. Le piano de Didier Squiban semble « séquencer » les différents tableaux. Une très substantielle fresque de ce vaste monde qui, trop souvent, apparaît plus vaste que faste !

Un titre du 3e mouvement « My « sea » song » nous a emporté : « Loco » (plage 12). Un swing fou... Mais, en espagnol, « loco », ne veut-il pas dire fou ?

Nous pensons, néanmoins que c’est le rythme « ferroviaire », qui a prévalu pour l’appellation de cette composition où le piano, les sax rivalisent de vélocité sur le martèlement continuel des percussions qui enflamment le voyage dans la veine de l’oeuvre orchestrale d'Arthur Honegger, « Pacific 231 ».

Il y a, dans ce disque, si vous nous permettez cette licence sémantique, des « instants pour tous les moments ».

Des mélodies plus « classiques » (Pièce pour la paix, L’écolier), davantage « prospectives » (Keramoal), franchement « bluesy » (Kemenez, My « sea » song), sans nul doute« jazzy » (Mouliged), certainement « traditionnelles » (Gavotte de Noël), mais nous nous refuserons à classifier, inutilement et drastiquement les titres, tant les styles, au coeur d’un même morceau, peuvent, se rencontrer, s’opposer, au contraire, fusionner.

C’est, notamment, toute la richesse de cet opus que nous écoutons, en boucle, dès sa réception postale.

Depuis plus de 20 ans, disciple de Bill Evans qui lui a révélé le jazz, notamment, parce que ce légendaire pianiste de jazz américain osait ouvrir une brèche entre le jazz et la musique classique, agrégé de musicologie, Didier Squiban apporte, par sa créative « alchimie », considérablement à l’évolution de la musique bretonne, par là même, à sa pérennité.

Ne disait-il pas, au cours d’une interview menée, en 2004, par Bertrand Loreau :

« Les musiques jouées strictement de manière traditionnelle se transmettent et continuent à vivre mais ce serait triste s’il n’y avait que cela. Il y a des musiciens qui font de la recherche, j’en fais partie, des gens comme Stivell qui a commencé il y a trente ans, comme Denez Prigent ou Jacques Pellen. Les deux aspects sont importants : l’héritage, la tradition, et une autre façon de voir les choses ».

Après « Cordes et Lames », en duo avec l’accordéoniste Alain Trevarin (2012), puis « Molène Saison II » (2013), Didier Squiban nous propose, en 2016, avec « Sonate en trio », plus de 50 minutes d’un nouveau et très attrayant voyage musical, à chaque instant, « relancé », toujours esthétique et fort bien « conjugué » aux talents de Jérôme Kerihuel et de Bernard Le Dreau.

Nous vous engageons à participer à cette balade contemporaine, en vous procurant, au plus vite cet excellent opus produit par Lenn Production et distribué par Coop Breizh.

Gérard SIMON

CD «Sonate en trio»

1er mouvement : KERAMOAL

01 - Pièce pour la paix, partie 1 - 02:12

02 - Keramoal - 04:06

03 - Mouliged - 02:48

04 - Men-tenzel - 02:20

05 - Kemenez - 04:00

2ème mouvement : CO-NAISSANCE

06 - Co-naissance - 04:51

07 - Kate - 03:08

08 - Le tour du monde - 06:40

09 - A l'âge de mes 18 ans - 03:13

10 - Gavotte de Noël - 03:50

3ème mouvement : MY «SEA» SONG

11 - My «sea» song - 04:09

12 - Loco - 03:32

13 - L'écolier - 02:33

14 - La maison d'écume - 04:03

15 - Pièce pour la paix, partie 2 - 01:54

CD «Sonate en trio»- Didier SQUIBAN, Bernard LE DREAU,

Jérôme KERIHUEL.

Parution : avril 2016 - Réf : 4016060.15396

Edité chez Lenn Production : (voir le site)

Distribué par Coop Breizh : (voir le site)

© Culture et Celtie

Illustration sonore de la page : Extrait de «Pièce pour la paix - Part 1» de l'album «Sonate en trio»

Didier SQUIBAN - Bernard LE DREAU - Jérôme KERIHUEL - (voir le site)

D'autres extraits sonores sur Culture et celtie, l'e-MAGazine : (voir le site)

Voir aussi :
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