Dialogue paisible avec un maire réticent à la création d'une école Diwan à Pont-Croix

-- Langues de Bretagne --

Reportage
Par Christian Rogel

Publié le 21/01/15 15:47 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

L'Agence Bretagne Presse a rapporté les propos du maire de Plouhinec (voir notre article) qui, ne se contentant pas d'exprimer des réserves sur le projet de création d'une école Diwan à Pont-Croix s'était permis de refuser une salle pour une réunion d'information dans sa commune.

Cette réunion s'est tenue le 20 janvier, au bourg de Plouhinec dans la salle trop petite d'un ancien restaurant et elle a attiré une cinquantaine de personnes venue écouter les promoteurs du projet.

Le délégué de l'Office public de la langue bretonne a mis l'accent sur la nécessité que l'offre d'enseignement bilingue soit répartie sur l'ensemble du territoire breton, parce que cet enseignement « répond à un besoin »

La carte établie par l'Office public fait apparaître un manque d'offre criant sur le territoire de trois communauté de communes en Finistère, les Monts d'Arrée, Pleyben et le Cap-Sizun. C'est la logique du besoin exprimé et de la demande sociale qui fait naître ce projet dans la capitale de ce dernier petit pays.

Erwan Le Coadic rappelle ensuite les bénéfices, reconnus par des études universitaires nombreuses, du bilinguisme précoce pour l'apprentissage des manières scientifiques et la maîtrise de plusieurs langues.

Cependant, le maire de Plouhinec, Bruno Le Port, avait fait en sorte d'être présent, malgré une obligation dans le reste de la soirée.

Il a dit avoir voulu alerter sur le devenir de 2 écoles du Cap, où « le départ d'un élève pourrait amener la fermeture d'une classe ». Il a présenté ses excuses par rapport au fait que ses propos ont pu être interprétés comme des attaques, en particulier, vis-à-vis du breton. Il a affirmé haut et fort qu'il est Breton et indiqué que la Fête de Saint-Yves (Fête de la Bretagne) sera fêtée, en mai prochain, à Plouhinec, pour la première fois.

Il a aussi signalé qu'il lui tenait à coeur de réduire les temps de route pour désenclaver le Cap par la création de créneaux de dépassement.

Anna-Vari Chapalain, directrice de Diwan et d'autres personnes ont pris la parole et témoigné, la première indiquant que Diwan est bien dans la République et qu'un dialogue républicain est possible.

Une des idées importantes est que l'école Diwan est susceptible de faire venir ou revenir des enfants scolarisés hors du canton.

« Je vous comprends très bien » et pour moi aussi, « les langues, c'est important », précisé Bruno Le Port, qui a souhaité bonne chance au projet de Pont-Croix.

Naig Le Gars, Vice-présidente du Conseil régional, a tenu à souligner le soutien qu'apportait la Région Bretagne à la poursuite du dynamisme engendré par les filières bilingues.

Au cours de la réunion, ont été présentés certains aspects du fonctionnement des écoles Diwan, des collèges et du lycée de Carhaix, dont il a été rappelé qu'il est «le premier de France pour les résultats devant Henri IV et Louis-le-Grand» (97 à 99% de réussite au bac). C'est aussi l'un de ceux qui accompagnent le mieux les élèves (taux d'élèves de seconde allant au bac). Une habitante de Plouhinec, dont 4 enfants ont été scolarisés à Diwan a indiqué que chacun avait trouvé sa voie et accédé aux études supérieures et elle a mis en lumière la capacité d'accompagnement individuel pour un de ses garçons qui, malgré des petits handicaps a fait une scolarité sans redoublement et des études de haut niveau.

Un petit film disait l'étonnement d'un maître d'école qui continuait de s'émerveiller devant l'incroyable capacité des enfants de 2 à 3 ans à se saisir du breton et à l'utiliser très rapidement.

Le président du comité de soutien, Michel Guillou, un Plogoffite installé à Pont-Croix, a indiqué que sur la vingtaine d'enfants, dont les parents ont marqué un intérêt pour l'école, il n'y avait que 10 à retenir comme quasi-sûrs, sachant qu'il faudra 14 avérés pour que Diwan Breizh décide en mars ou en juillet de l'ouverture à la rentrée.

A Diwan, les enfants peuvent ensuite intégrer l'école tout au long de l'année. Pour les enfants en niveau CP, il a été indiqué qu'il vaut mieux qu'ils rentrent en grande section, quitte à leur faire sauter une classe plus tard.

La municipalité de Pont-Croix a réservé des locaux pour l'école et il semble que la majorité des maires soient favorables au projet. Les propos du maire de Plouhinec, tels que rapportés par la presse et les sites Internet (l'Agence Bretagne Presse, principalement), ont soulevé quelques réfutations qui ont, parfois, été répercutées par mail à Bruno Le Port.

Ce qui est remarquable c'est que le comité de soutien comprend, non seulement des parents potentiels, mais des retraités, dont un ancien instituteur ayant exercé 18 ans dans le Cap. Plusieurs sont brittophones et pourront aider les enfants à la maîtrise de la forme locale du breton, qui n'est pas aussi éloignée du standard que plus au Sud et plus à l'Est.

Parmi les autres bonnes nouvelles, il y a le raccourcissement de délai de mise sous contrat des écoles, allégeant d'autant la charge des comités de soutien et la signature d'une convention entre l'Éducation nationale et Diwan Breizh, dans le préambule de laquelle est reconnue, pour la première fois, la méthode de l'immersion linguistique.

Christian Rogel

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