Deomp de'i : appel de Kevre Breizh à débattre et à manifester les 23 et 24 octobre

-- Langues de Bretagne --

Appel
Par Didier Lefebvre

Publié le 25/07/15 19:03 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Peu avant les élections régionales, Kevre Breizh (voir le site) appelle à débattre le vendredi 23 octobre à Quimper (Théâtre Max Jacob, à 19h00) et à manifester le samedi 24 octobre à Carhaix sous le thème « Un statut pour nos langues et nos cultures, un statut pour nos pays ».

Une manifestation dans les territoires souffrant du jacobinisme ambiant

La Bretagne n'est pas isolée, qui souffre du jacobinisme. Le Pays basque, la Corse, l'Alsace, l'Occitanie pour la métropole, plusieurs régions ou départements d'outre-mer : Antilles, Guyane, Mayotte et Réunion, ont annoncé manifester ce même jour.

Chacune affichera le même mot d'ordre : « Un statut pour nos langues et nos cultures, un statut pour nos pays », mais chacune la déclinera selon ses propres problématiques.

En Bretagne, un mot d'ordre en six points

- pour la création d'une collectivité territoriale de Bretagne à cinq départements, condition d'un développement économique, social, culturel et environnemental harmonieux et démocratique ;

- pour que la Bretagne obtienne un statut correspondant à ses spécificités (à l'instar de la Corse et d'autres collectivités ) avec des compétences et des moyens (notamment fiscaux) qui permettent aux Bretonnes et Bretons de décider de leur propre développement économique, social et culturel, dans la coopération avec les autres territoires à tous niveaux en France, en Europe et dans le monde ;

- pour la co-officialité des langues bretonne et/ou gallo avec le français en fonction de la demande et des initiatives sociales, manifestant l'égale dignité des langues dans les domaines publics et privés ;

- pour le développement renforcé de l'enseignement bilingue, immersif breton/français ou paritaire, vers un plurilinguisme ouvert à l'international ;

- pour la généralisation de l'enseignement des langues de Bretagne, de l'histoire et de la culture bretonne, à tous les niveaux de l'enseignement, général, technique et professionnel ;

- Pour le développement des médias en breton ou gallo, et la création d'une radio et d'une télévision de plein exercice en breton couvrant les cinq département bretons.

Un débat à Quimper, une manif à Carhaix

Dès le vendredi soir, la public sera amené à réfléchir avec des représentants de la société civile : artistes, sportifs... en présence de personnalités politiques présentes sur des listes lors des élections régionales.

Le samedi, la ville de Carhaix a été choisie pour être le lieu du grand rassemblement, Carhaix abritant comme tous les ans son fameux salon du livre ce week-end là, dont le thème sera « l'édition et la langue bretonne ». Lors du dernier opus de « deomp de'i » (« allons-y »), 12 000 manifestants s'étaient retrouvés à Quimper en mars 2012. Sur l'ensemble de la France, le nombre de manifestants était estimé à 60 000.

Un renfort de taille : Bretagne Réunie

Bretagne Réunie envisageait une manifestation de masse en septembre ou octobre, à l'image des trois s'étant déroulées durant l'année 2014 à Nantes, dont la dernière attira près de 40 000 personnes. Afin de ne pas brouiller le message (deux manifestations différentes en un temps si proche), Bretagne Réunie a décidé de ne pas organiser la sienne, et de s'engager auprès de Kevre Breizh dans le Deomp de'i de 2015. Les six points exposés plus haut affichent bien le contenu de cette manifestation, allant au-delà de la question simple de la langue, mais posant la question de l'organisation territoriale de notre territoire (point 1 et 2).

Une manifestation et des mots d'ordre fédérateurs

Forte des 50 000 Bretons qu'elle représente à travers les associations, groupements culturels ou grandes fédérations, Kevre interpelle les pouvoirs publics en ces termes très précis, qui seront le moteur de la démonstration du 24 octobre :

« Nous dénonçons un pouvoir central arrogant qui va à l'encontre des grand principes démocratiques et des droits de l'homme :

qui a refusé la consultation démocratique de la population concernée par le découpage territorial ainsi que prévue par la Charte européenne de l'autonomie locale (article 5) que la France a ratifié (1) ;

qui ne respecte pas le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ni les droits des minorités linguistiques promulgués par les Conventions internationales des Nations Unies (articles 1er et 27 du Pacte des droits civils et politiques, article 30 de la convention des droits de l'enfant) que le Comité des droits de l'homme lui demande aujourd'hui de ratifier sous peine d'incohérence avec ses déclarations (2).

Cette dénonciation rappelle à tous que le pouvoir central bafoue la démocratie, en refusant toute consultation lors du dernier découpage, et refuse aux peuples à disposer d'eux-mêmes, ceci en parfait déni des textes européens. Ce simple rappel méritait d'être fait auprès de tous les Bretons, et auprès de la population française et européenne ».

Et Kevre de conclure son appel à manifester : « Pour le développement de la Bretagne, pour l'avenir de nos enfants, pour qu'ils puissent vivre et travailler décemment au pays, nous devons d'abord compter sur nous-mêmes, nous devons pouvoir décider nous-mêmes en Bretagne ».

Un tract distribué en masse durant l'été

Afin d'expliquer les raisons de ce mouvement, et de sensibiliser le public, entre autres estivant, un tract tiré à plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires sera distribué cet été aux cinq coins de la Bretagne. Il reprendra la dénonciation, les six points du mot d'ordre et la conclusion exposés ci-dessus.

Notes:

(1) Charte européenne de l'autonomie locale (1985) : « Article 5 – Protection des limites territoriales des collectivités locales : Pour toute modification des limites territoriales locales, les collectivités locales concernées doivent être consultées préalablement, éventuellement par voie de référendum là où la loi le permet ».

(2) Pacte international des droits civils et politiques : « article 27 : Dans les États où il existe des minorités ethniques, religieuses ou linguistiques, les personnes appartenant à ces minorités ne peuvent être privées du droit d'avoir, en commun avec les autres membres de leur groupe, leur propre vie culturelle, de professer et de pratiquer leur propre religion, ou d'employer leur propre langue. »

Voir aussi :
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