
À Nieuport, sur les rives de l’Yser, une délégation bretonne rendra hommage samedi 19 septembre au quartier-maître Yves-Marie Carval, marin de Plogoff tué en janvier 1915. Derrière le destin de cet homme se trouve l’une des pages les plus sanglantes de la Première Guerre mondiale : celle de la brigade de fusiliers marins du contre-amiral breton Pierre-Alexis Ronarc’h, envoyée en Belgique à l’automne 1914 pour arrêter l’avancée allemande.
Des marins transformés en fantassins
Lorsque la guerre éclate en août 1914, rien ne destine ces hommes à combattre pendant des mois dans la boue des Flandres. Face aux pertes considérables de l’armée française dans les premières semaines du conflit, la Marine met à disposition plusieurs milliers d’hommes provenant principalement des dépôts de Lorient, Brest, Cherbourg et Rochefort.
Une brigade d’environ 6 500 fusiliers marins est constituée sous les ordres du contre-amiral Pierre-Alexis Ronarc’h, né à Quimper en 1865. Elle comprend de nombreux Bretons et beaucoup de très jeunes marins. À Paris, où ils sont initialement envoyés pour participer à la défense de la capitale, leur jeunesse leur vaut le surnom de « demoiselles de la Marine ». Mais en octobre, leur destination change : ce n’est plus Paris qu’il faut défendre, mais la Belgique.
De la Bretagne à la Flandre
Après la chute d’Anvers, l’armée belge se replie vers l’ouest tandis que les forces allemandes cherchent à atteindre les ports de la Manche, essentiels au ravitaillement des armées alliées. La brigade Ronarc’h arrive à Dixmude le 15 octobre. Avec environ 5 000 soldats belges, les 6 500 marins français doivent faire face à des forces allemandes très supérieures en nombre, estimées entre 45 000 et 60 000 hommes.
L’ordre donné à Ronarc’h est de tenir.
Autour de Dixmude, les marins creusent à la hâte leurs retranchements. Pendant plusieurs semaines, attaques et bombardements se succèdent. La ville est progressivement détruite et les pertes deviennent considérables.
À partir de la fin octobre, les Belges ouvrent les écluses de Nieuport. La mer envahit progressivement les polders entre l’Yser et la voie ferrée. Des kilomètres de campagne sont transformés en une immense zone inondée qui contribue à stopper l’offensive allemande.
Le 10 novembre, après près d’un mois de combats, Dixmude n’est plus qu’un champ de ruines. Les fusiliers marins se replient sur la rive gauche de l’Yser. Plus de la moitié des effectifs de la brigade ont été tués, blessés ou portés disparus. Ils devaient tenir quelques jours. Ils auront tenu près d’un mois.
De Dixmude à Nieuport
La bataille ne s’arrête pourtant pas à Dixmude. Le front se stabilise le long de l’Yser et les fusiliers marins restent en Belgique.
Les combats se poursuivent notamment dans le secteur de Nieuport, à quelques kilomètres de la mer du Nord, au milieu des dunes, des canaux et des polders inondés. Les hommes vivent dans des tranchées souvent gorgées d’eau et sous les bombardements.
C’est là que meurt Yves-Marie Carval.
Né à Plogoff le 15 novembre 1889, il était quartier-maître fusilier au 1er régiment de fusiliers marins. Il est tué à Nieuport le 15 janvier 1915, à seulement 25 ans.
Dans les conditions du front, ses camarades l’enterrent sur place avec d’autres soldats dans une fosse commune. Une petite croix de bois aurait signalé l’endroit avant de disparaître avec le temps. Plus d’un siècle plus tard, sa famille cherchait toujours sa sépulture.
Une tombe retrouvée plus d’un siècle après
Après avoir été contactée par ses descendants, l’association Koun Breizh a entrepris des recherches. Avec l’aide notamment de l’ambassade de France en Belgique et de personnes travaillant sur la mémoire française dans les Flandres, l’emplacement de la fosse a pu être retrouvé.
C’est devant celle-ci qu’une cérémonie doit avoir lieu samedi 19 septembre à 11 h 30, en présence de la famille d’Yves-Marie Carval, des autorités locales et d’une délégation de Koun Breizh. Une cérémonie religieuse en langue bretonne est également annoncée.
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