A-Les faits

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Depuis la mi-janvier, on assiste en Bretagne à une reprise des manifestations agricoles de plus en plus «musclées» avec pour objectif premier : mettre la pression sur le gouvernement. Blocage des nœuds routiers avec comme arme imposante, les tracteurs et leurs bennes chargées de pneus, fumiers et autres gravats divers avec incendies spectaculaires de quelques ronds-points stratégiques. Résultats immédiats : une pagaille monstre avec la grogne du citoyen lambda et secondaires, une note à payer qui s'allonge pour le contribuable (déjà 4 millions d'Euros). Depuis une semaine ce sont les centrales d'achat des grandes surfaces qui sont visées.

La crise de la fin de l'été n'avait donc pas suffi à calmer le désarroi des producteurs et des éleveurs. Pas étonnant puisque leur revendication majeure est d'avoir un prix correct pour leurs productions. L'Etat, parant au plus pressé, vient à nouveau d'annoncer une rallonge de 290 millions d'euros et plus récemment encore l'allègement des cotisations. À noter en passant que Stéphane Le Foll n'hésite pas à se défausser sur l'Union européenne en lui reprochant les sanctions contre la Russie. Comme si la France n'avait pas eu sa responsabilité dans cette décision !

Pas sûr que cela suffise puisque les manifestants n'ont qu'une idée en tête : les prix.

B-Au-delà des slogans et des apparences.

Pour tenter d'y voir plus clair, il faut revenir un peu en arrière et tenter de lister les causes de la crise. Pour faciliter la compréhension, on les scindera en deux parties : les causes non imputable à la profession et celles relevant de la responsabilité des producteurs.

Dans le premier groupe, le premier facteur à prendre en compte est la SURPRODUCTION. Déjà l'été dernier la Commission européenne s'en était inquiétée et avait demandé aux principaux producteurs de «geler» plusieurs dizaines de milliers de tonnes. Le Danmark, la Hollande, l'Espagne et l'Allemagne avaient répondu présents et s'étaient engagés pour 50.000 tonnes chacun. Le gouvernement français, lui, pour...2.000 tonnes ! On peut le soupçonner d'avoir voulu profiter de l'engagement de ses partenaires pour regagner des parts de marché. On a là un bel exemple de «solidarité européenne» telle qu'on peut l'entendre à Paris !

Autre facteur : l'EMBARGO sur les productions alimentaires décidé par Moscou en réponse aux sanctions européennes liées à la crise ukrainienne et à l'affaire de Crimée*. Notons que là encore Paris avait été en pointe pour exiger ces sanctions.

Autre handicap entièrement de la responsabilité de Paris : la MULTIPLICATION DES CONTRÔLES ET EXIGENCES allant au-delà des normes édictées par l'Europe.

D'autres facteurs conjoints, illustrés par le tableau comparatif ci-dessous, contribuent à aggraver les handicaps des producteurs bretons. En prenant comme exemple le Danmark et en considérant les facteurs démographiques, de surface, de nombre de producteurs concernés, de conditions climatiques peu éloignées, voici le constat.

Syndicats agricoles : Danmark 1, Breizh 9

Taux de syndicalisation : Danmark 90%, Breizh 7%

Nombre d'abattoirs : Danmark 15, Breizh 3

Abattoirs contrôlés par profession : Danmark 100%, Breizh 0%

Nombre de porcs abattus : Danmark 20.7 Millions, Breizh 14 Millions

Organisme chargé de l'export : Danmark 1, Breizh 0

Taux exportation production : Danmark 90%, Breizh 30%

Ce simple tableau montre clairement que la filière porcine danoise est totalement entre les mains des producteurs sur un mode pyramidal. S'y ajoute, grâce à Danish Crown, une formidable force de frappe orientée vers l'export qui place le Danmark au second rang mondial.

À ce qui précède s'ajoute une «culture» totalement opposée pour tenter de résoudre les problèmes de la profession. Au Danmark on ne sort pas les tracteurs, on négocie. Il n'y a aucune subvention. Ici on se retourne contre l'Etat écrit avec un grand E avec comme premier argument le chantage au chaos. Pire, ces derniers temps, on assiste à une véritable régression vers la protestation style années soixante alliant rareté des manifestants porteurs de Gwenn Ha Du, rejet des non agriculteurs, culte de la violence alors que les effectifs ont considérablement fondu. Il est aussi permis de s'interroger sur le rôle de la Cooperl. Cheval de Troie en puissance ?

On ajoutera, pour être impartial, une particularité spécifique aux consommateurs hexagonaux à savoir leur addiction au jambon, consommation qui constitue près de 80% de la matière vendue. Corollaire : la nécessité pour les industriels de l'agroalimentaire d'importer pour satisfaire la demande.

C-Esquisses de solutions.

Pourtant des solutions pérennes existent pour les producteurs bretons. Elles ne font que découler de la précédente analyse.

En priorité le REGROUPEMENT sur les 5 départements en une seule organisation de producteurs. Elle seule aura le poids et donc l'autorité suffisante pour négocier avec les grands réseaux de distribution et les services de l'Etat central.

Seconde condition d'ORDRE PSYCHOLOGIQUE : se reconnaître sans complexe, non pas comme chargé d'assurer la sécurité alimentaire de la population française (nous ne sommes plus au temps du Général de Gaulle), mais comme une entité bretonne face à la réalité de la mondialisation.

Il faut aussi cesser de se présenter comme victime de l'Europe.

Quant à l'accès aux marchés internationaux, il faut bien intégrer le fait que les intérêts bretons ne coïncident pas forcément avec l'appartenance à un syndicat présidé par M. Xavier Beulin**.

Autre objectif : viser la qualité du produit (ce que recherche le consommateur) pour être en mesure de partager, avec la grande distribution, la plus-value. Avec cet objectif il est du devoir du pouvoir politique d'accompagner les producteurs dans la période de transition.

Enfin point essentiel, il leur faut se doter d'un SEUL ORGANISME EXPORTATEUR qui travaillera en symbiose avec l'Assemblée régionale. Un tel organisme sera alors capable d'être moins à la merci -quand la conjoncture l'exige- des aléas induits par les décisions de politique étrangère prises à Paris.

Il appartient donc aux producteurs bretons de changer de logiciel afin de se donner les moyens de défendre au mieux leur profession. Ils pourront alors contredire la seule perspective que vient de leur offrir Jean Yves Le Drian : se préparer à leur reconversion et à l'enterrement de ce qui fait encore la force et la fierté de la Bretagne, son Agriculture.

Le bureau

* lire notre article paru dans le No 519 de Breizh Da Zont

** tout à la fois président de la FNSEA et du groupe agro-industriel AVRIL. La FNSEA, quant à elle, adhère au lobby européen COPA-COGECA.

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Construire une Bretagne harmonieuse, réunifiée. Favoriser la prise de conscience identitaire et politique de la population.

Vos commentaires :

spered dieub
Jeudi 18 fevrier 2016

retenir la version corrigée

Je suis désolé de vous dire que cette fois votre analyse est très très approximative ,sans allez plus loin renseignez vous un peu sur la situation des agriculteurs danois De gros volumes de productions dans des exploitations de plus en plus industrialisées et concentrationnaires ,pour des revenus dérisoires .Des prix du foncier exorbitants ,quoi que la bulle s'est quelque peu dégonflée .Malgré tous les problèmes mieux vaut être encore agriculteur en Bretagne .A l'heure actuelle le pays qui s'en sort encore le mieux dans l'UE est l'Irlande ,mais c'est aussi au prix d'une augmentation de la production laitière de 48% qui contribue fortement à l'excédent européen actuel

Objectivité et politique ne font pas toujours bon ménage . Avant de prendre position il faut d'abord dissocier les caractères spécifiques de l'économie agricole bretonne par rapport à celle de l'hexagone ,et bien cibler précisément les quelques points sur lesquels nous sommes spoliés par le pouvoir parisien

PIERRE CAMARET
Jeudi 18 fevrier 2016

Excellent article . Moi qui ne connait pas grand chose en Agriculture , j' appris des choses .

La France ( et helas la Bretagne ) est un vieux pays , qui se sait pas s' adapter aux changements de Societe .Prenons nous en mains et pas seulement pour l' Agriculture .Renvoyons notre President , dans son coin , jouer avec ses petits soldats de plomb et mettons a la place des gens competents , pour negocier , reformer .Il n' est jamais trop tard .

Frantzen Mogens
Jeudi 18 fevrier 2016

Til Hr "Spered Dieub"

Kaere ,

Jeg vil gerne faar svaret til dine bemerkninger. Har du nogen gang vaeret i Danmark ? Har du nogen gang besoeget en danske gaard ? Det tror jeg ikke fordi hvis du hadde gjort det du skulle ikke skrive forkert som du goer.

Du tager fulstendigt fejle naar du paastaar at vi har "des exploitations de plus en plus concentrationnaires": jeg inviterer deg og komme hertil. Du kunne faar og ser at vores levetilstand er , heldigvis, hojre end den bretonske.

Problemet i Bretagne er at I er daarligt organisert med en regering som handler daarligt ag faar jer til at tro at jeres problemer er anderes skyld. .

Med venlig hilsen.

Mogens

spered dieub
Jeudi 18 fevrier 2016

Soyons clair je n'ai rien contre le Danemark et encore moins contre les danois ,seulement ci-dessous la photographie de l'agriculture danoise ne fait que confirmer mes affirmations ,surtout en ce qui concerne la chute vertigineuse des exploitations laitières depuis la mise en place des quotas Ce dispositif a été utilisé pour amener une concentration à marche forcée ,qui finalement impacte les couts de production , malgré que le prix du lait est en général élevé dans ce pays comme quoi tout n'est pas négatif !!!

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spered dieub
Jeudi 18 fevrier 2016

Voici le lien j'espère que cette fois ,l'article sera accessible

cordialement

i06_danemark...pdf

(1.20 Mo)

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(1.20 Mo)

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