Convention État-Région langue bretonne : une route ambitieuse pour l’enseignement mais l’effort financier précis et chiffré de l’État n’est pas au rendez-vous
Communiqué de presse de Kelennomp

Publié le 17/02/22 21:14 -- mis à jour le 18/02/22 12:09

La prochaine convention sur la transmission des langues de Bretagne (2022-2027) doit être votée fin février par le Conseil régional. Il y a certes des avancées en terme d’objectifs ambitieux affichés par rapport à celle de 2015 : notamment 30 000 élèves en filière bilingue, 50 % des postes au concours de Professeur des écoles (à fin 2026) et la généralisation progressive de l’enseignement de la langue bretonne et son enseignement sur le temps scolaire et non sur celui dédié aux langues (Application de l’article 7 de la loi Molac avec la généralisation dans le Finistère, 50 % des établissements dans le 1er degré pour le Morbihan, 25% en Côtes-d’Armor et Ille-et-Vilaine et continuité pédagogique de cet enseignement au collège),

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MAIS l’effort financier précis et chiffré de l’État n’est pas au rendez-vous pour atteindre ces objectifs. Comme l’a justement dit le Conseil culturel de Bretagne dans son avis final publié le 12 février dernier, “la réussite de cette convention-cadre tient dans les moyens financiers qui seront donnés, et sur ce point, nous ne pouvons que constater l’absence d’une enveloppe spécifique sur la durée de la convention.”

La volonté de permettre aux élèves bilingues de poursuivre l’enseignement du breton en collège et lycée a été clairement exprimée par la Région et nos associations. Ce qui veut dire dans la pratique inverser la tendance actuelle d’une diminution des effectifs. La raison en est connue : l’absence de statut du parcours bilingue français-langue régionale dévalorise ce parcours aux épreuves du baccalauréat, dévalorisation voulue par le ministre en charge. MAIS il n’est pas clairement dit dans la convention que ces mesures défavorables seront retirées ! L’une des mesures positives prévoit qu’au lycée, les élèves des filières bilingues pourront désormais s’inscrire en section européenne MAIS il est cependant regrettable que la même possibilité ne soit pas ouverte au collège. En outre, certains points nous laissent entrevoir le pire pour l’enseignement public, avec des moyens remis en partie dans la dotation globale des établissements sur le cycle 4 au collège.

Il est indiqué “que l’État affirme sa volonté d’aboutir à la parité horaire dans l’ensemble du second degré, en renforçant le recrutement et la formation à la langue bretonne d’un nombre adéquat d’enseignants de disciplines non linguistiques (ndlr : en breton) ” MAIS toute référence au nombre de postes offerts aux concours dans le second degré a disparu de la demande initiale de la Région remettant clairement en cause cet objectif à terme. La demande initiale prévoyait d’augmenter régulièrement le nombre de places au concours du second degré CAPES / CAFEP pour aboutir à 25 en 2026 ! Depuis des années, seuls 4 postes par an sont ouverts…

L’atteinte de 30 000 élèves en filière bilingue nécessite le recrutement accru d’enseignants bilingues, comme l’exprime le Conseil culturel de Bretagne. Il est bien indiqué qu’il y a un minimum de 20 % réservé par l’Académie pour le concours de professeur des écoles bilingues, à terme 50 %, MAIS “sous la double condition que le nombre d’inscrits aux concours soit suffisant et que le niveau des lauréats soit comparable à celui de la filière monolingue”. Il faudra s’entendre sur ce que sous-entend un nombre suffisant d’inscrits et la qualité (quelle note minimale ?). Le Rectorat précise bien que si ce n’est pas le cas, ces postes seront repris pour le concours monolingue.

Pour la formation initiale des enseignants du public : toute référence sur la possibilité d’être inscrit physiquement sur un autre site que Saint-Brieuc et notamment Brest, Vannes et Rennes a disparu pour les étudiants désireux se former au professorat. Doit-on rappeler que les modalités du concours changent en 2022 ! Le concours CRPE sera déplacé en 2e année du Master MEEF. Ce changement, dont on a peu mesuré les conséquences aujourd’hui, risque de fortement dissuader les futurs candidats et notamment ceux et celles souhaitant intégrer l’Éducation Nationale en seconde partie de carrière professionnelle. Il y a un risque avéré d’entraîner une chute de candidats (2 ans de formation non rémunérée contre une jusqu’à présent). Localiser la formation des maîtres sur un site unique, celui de Saint-Brieuc, est d’évidence insuffisant pour répondre aux aspirations de mobilité des étudiants.

Toute référence à la demande initiale de prévoir un dispositif de formation continue important pour les enseignants en place et une formation importante de nouveaux maîtres formateurs bilingues a également disparu ! Enfin, comme l’a pointé très fortement le Conseil culturel de Bretagne, dans son avis du 10 février, “ce dispositif doit être complété par un effort conséquent et chiffré de l’effort de formation d’enseignants monolingues”. MAIS toute référence prévue à un nombre de congés formation annuel a disparu du projet initial et la formulation finale est identique à celle de la convention de 2015 avec le succès très… relatif que l’on connaît !

Enfin, si L’État reconnaît formellement dans la convention, les missions de service public assurées par DIWAN, les sujets spécifiques de fond n’ont pas été traités dans le projet actuel de convention et renvoyés à une future convention spécifique État-Région-Diwan dont on annonce la signature en 2022, conformément au contrat d’action publique pour la Bretagne signé le 8 février 2019, mais qui n’avait jamais abouti jusqu’alors, ou plus simplement à un dialogue “classique” de gestion annuelle pour les moyens dédiés au réseau.

On peut douter du caractère ambitieux des futures dispositions de cette future convention spécifique pour le réseau DIWAN. En effet, l’une des demandes principales portées à savoir la demande d’une contractualisation immédiate d’écoles ou d’établissements secondaires sous forme d’annexes aux écoles et collèges déjà existants, est bien mentionnée dans la convention globale, mais avec une formule tellement alambiquée qu’on peut douter de la volonté réelle de la mettre en place : “il sera porté une attention particulière à la possibilité d’une contractualisation anticipée sous forme d’annexes (dans la nouvelle convention spécifique qui sera signée en 2022)” (SIC). Cette possibilité est pourtant offerte sans aucun problème dans d’autres académies, comme pour les écoles immersives associatives en catalan (La Bressola) avec l’Académie de Montpellier !

Concernant les Dotations Globales Horaires, ce point est également renvoyé à cette convention spécifique DIWAN, mais nous constatons déjà une incohérence entre notre lecture de la circulaire et la non dotation de 3 heures d’enseignement de breton au lycée pour la rentrée 2022. On peut également s’interroger sur l’ajout d’une mention sur la modification d’un contrat d’association. En plus d’y retrouver un des leviers de “remise au pas” préconisés dans le rapport Bernabé-Dubourg-Lavroff (rapport de l’administration centrale de l’Éducation Nationale de 2019 sur Diwan et dévoilé fin août qui préconisait de mettre fin à l’immersion), cette modification pourrait créer une fragilité juridique en cas de modification ou d’annulation de la circulaire sur les langues régionales par un nouveau gouvernement. L’idéologie va-t-elle finir par l’emporter sur la pédagogie ?

La plus grande vigilance sera de mise pour la réalisation des objectifs annoncés et d’autres mobilisations nécessaires pour le respect de nos droits culturels fondamentaux.

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L’objectif de l’association est de regrouper toutes celles et ceux qui enseignent le breton et en breton dans les écoles maternelles, primaires, collèges, lycées, dans les écoles supérieures de professorat et d’éducation (ESPE), dans les universités, dans l’enseignement public, catholique et Diwan, par correspondance, dans les centres de formation et dans les cours du soir pour développer l’enseignement du breton.
Vos 5 commentaires
  boned ruz
  le Vendredi 18 février 2022 10:23
"l’absence de statut du parcours bilingue français-langue régionale dévalorise ce parcours aux épreuves du baccalauréat, dévalorisation voulue par le ministre en charge".
Il y a bien plus intéressant que ce statut: en fait c'est un filtre pour vous, professionnels de l'enseignement, une assurance professionnelle si l'on veut... Pour un breton lambda qui s'intéresse à l'avenir du breton, ce qui importe, ce n'est pas ce statut , c'est la réalité de la langue bretonne dans la société. Voilà bientôt 50 ans que l'énergie de l'Emsav se focalise sur l'enseignement. On a donc un paysage scolaire qui avance plus ou moins difficilement, des médias qui sommes toute restent intéressants et un monde culturels plus ou moins scientifique qui parraine la langue bretonne... Loin de moi l'idée de critiquer toutes ces avancées, bien au contraire, si non il n'y aurait plus grand chose de la langue bretonne aujourd'hui. Cependant, le breton lambda ne s'intéressera véritablement au breton qu'à partir du moment où on l'entendra dans la vie courante... Vous savez tous qu'il s'agit de promouvoir la normalisation de la langue sans la société, ce qui à mon sens n'existe pour ainsi dire pas aujourd'hui. Par rapport à cela, n'oubliez pas que la légitimité de l'enseignement de masse en langue bretonne ne peut être une réalité que si il existe une utilité sociale de la langue dans la société. Sans quoi, il y a risque que l'enseignement du breton ne développe qu' une réalité culturelle à la langue avec le risque de ne pas être soutenue dans la société bretonne (on connait déjà le phénomène)
Vous cherchez des sous? Alors il faut aller le chercher là où il est. L'état ne vous en donnera pas; si vous n'avez toujours pas compris!!!!!! Et il gagne du temps d'élection en élection.
Tous nous savons ( vous aussi ) qu'une partie de l'économie bretonne fait des affaires sur l'identité bretonne et tous nous savons que la langue en est le vecteur premier ( c'est mon point de vue en tout cas). Le rapport d'entre aide et de collaboration semble évident.
Le vrai partenaire n'est pas l'état français; d'autant plus qu' il est le seul responsable de l'échec quasi systématique de vos effort de négociation.
De même, l'arbitre n'est pas non plus l'état français mais le temps qui s'écoule... Au bout d'un moment, il faut être pragmatique: repenser sa stratégie, et peut-être considérer que les bases : langue bretonne, standardisation et normalisation est d'abord l'affaire des Bretons...
Le breton lambda peut intervenir sur la normalisation à condition qu'il soit sollicité C'est une révolution "culturelle" mais bon! au point où on en est. La région à son rôle à jouer dans ce domaine mais cela peut aussi se faire sans elle.
Bref , trouver des sous c'est se créer des nouveaux partenaires et asseoir son projet de sauvetage du breton sur de nouvelles bases ... indépendance décisionnelle en prime!
Vous êtes pédagogue, vous y arriverez...
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  Naon-e-dad
  le Vendredi 18 février 2022 11:26
Merci à l’ABP de publier in-extenso un texte long et précis qui permet au lecteur de se faire une idée des difficultés et inquiétudes rencontrées à propos de l’avenir (pérennisation et développement) de l’enseignement de la langue bretonne.
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L’avant-dernière phrase, en forme d’alerte ou d’appel à la vigilance, me paraît particulièrement lucide: « L’idéologie va-t-elle finir par l’emporter sur la pédagogie ? »
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L’enjeu, et il est fondamental, est justement que l’idéologie ne l’emporte pas et que la respiration démocratique et le bien-être des élèves – qui sont aussi de jeunes citoyens - puissent être pris en compte. Chacun doit se voir offrir la possibilité de s’inscrire dans l’histoire longue de son territoire. Et accéder à l’intelligence de la langue s’il le souhaite.
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Donc, non à l’étouffoir et vive la langue bretonne.
Gwaskañ pe mougañ, tra-walc’h. Ra vevo ar yezh, ar brezhoneg!
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  Ar Vran
  le Vendredi 18 février 2022 14:31
Je suis tout à fait d'accord avec Boned Ruz.
Je rajouterai simplement que cela doit être replacé dans un contexte plus large de réappropriation de la langue bretonne.
Cela touche bien sûr l'enseignement (pour former de nouvelles générations locutrices) mais les adultes (sensibilisation à l'utilisation de la langue bretonne dans la vie de tous les jours par la création et/ou le soutien d'association brittophone. Quant au financement, il existe en Bretagne des centaines d'entreprises fières de se dire bretonne et en plus quelques milliardaires (cf. Bolloré, Pinault, Rocher,Rouiller, Le Duff, Guillemot...) et autres millionaires...Peut être faut-il voir aussi de ce côté-là également?
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  Philippe Lamour
  le Samedi 19 février 2022 00:18
Vae Victis
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  Naon-e-dad
  le Mercredi 23 février 2022 13:41
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"Tu quoque mi filii" (Julius C. war boent bezañ drouglazhet) / "C'hwi ivez, va mab!"
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ANTI-SPAM : Combien font 2 multiplié par 8 ?
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