Clarisse Lavanant - "De Kerouze à Ouessant"

-- Culture --

Chronique de Culture et Celtie
Porte-parole: Gérard Simon

Publié le 24/01/20 15:00 -- mis à jour le 26/01/20 10:53
La ville que j'ai tant aimée
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Jaquette du CD de Clarisse LAVANANT "De Kerouze à Ouessant"

Un panoramique et lumineux voyage entre terre et mer, Argoat et Armor, voici ce que, par de fort belles mélodies et des textes ciselés choisis par l’artiste pour sa nouvelle publication musicale, nous propose, une très limpide, apaisante, enjôleuse voix féminine de Bretagne, celle de Clarisse Lavanant.

Nous ajouterons, même, de la prolixe Clarisse Lavanant qui, enchaîne, quasiment, deux productions discographiques, certes, d’univers différents, mais, qui, finalement, semblent unir le sacré et le profane, pour une fervente, respectueuse et convaincante ode à la Bretagne.

En effet, fin 2018, Clarisse publiait « Kantikoù Breizh - Cantiques de Bretagne » CD « A RETENIR » (Voir notre rubrique ), où, célébrant ses dix ans de « Ronde des chapelles », avec une éblouissante grâce, la chanteuse morlaisienne, interprétait, intégralement chantés en breton, 12 pièces sacrées, auxquelles venaient s’adjoindre, « L’envie d’aimer », traduit en Breton par celle qui fut la Séphora, femme de Moïse, dans la comédie musicale « Les dix commandements » et, comme un « envoi » à ce spirituel programme, un prenant et incantatoire « Bro gozh ma zadoù ».

Novembre 2019, également, très finement, accompagnée, au clavier, à l’harmonium, par l’arrangeur et compositeur de musiques de films, Philippe Guével qui assure, aussi les programmations, les arrangements, le mixage et le mastering du CD, Clarisse Lavanant sort son onzième album intitulé « De Kerouze à Ouessant » qu’elle dédie aux chansons d'auteurs, compositeurs, interprètes de Bretagne qui lui ont donné l’envie d'écrire et de chanter.

« De Kerouze à Ouessant » : Si Ouessant peut parler de Bretagne à un strasbourgeois, lyonnais, bordelais, comme à un marseillais, Kerouze apparaît plus confidentiel, plus énigmatique, pour nombre de non-bretons.

Pour notre part, c’est justement ce nom qui a capté, instantanément, notre attention lorsque nous avons, aimablement reçu, en service de presse, des mains de la sympathique chanteuse, son nouvel et conséquent dernier opus de 16 titres, dont 3 se révèlent être des compositions de Clarisse, deux en français, une en breton.

Kerouze… Le nom de ce lieu-dit, de ce hameau de la commune morbihannaise de Roudouallec, située à 9 kms de Gourin, résonne à notre cœur, puisqu’il était lieu de vie et de création de notre ami et sociétaire de nos pages en ligne (*), l’auteur, compositeur, interprète, Claude Besson qui a quitté, à jamais, ses chers arbres qu’il chantait si bien, le 23 mars de l’année écoulée.

Ce havre de paix et de poésie, où nous avions été lui rendre visite, était une source, une ressource précieuse pour lui, tant sur le plan familial que professionnel. Ne nous disait-il pas, lorsque ses récitals s’arrêtaient, parfois, au Croisic, suivis de très longues « soirées matinales » d’après concert vécues, en notre demeure, paré de son malicieux regard souligné de son rayonnant sourire : « Je suis le Maire de Kerouze ! ».

Inutile de vous préciser que nous sommes, particulièrement, émus et ravis de retrouver ce succès marquant, créé en 1973, alors que Claude, ce Brassens

de l’ouest, vivait à Paris, et, dans ce disque, magnifiquement et respectueusement interprété par la, décidément, fort talentueuse Clarisse qui avait chanté, sur scène, avec ce brillant « artisan de la chanson », comme il se définissait, souvent, lui-même.

« A Kerouze, viens, faire un pèlerinage

A Kerouze, mon village Armoricain.

Ma maison a fait refaire son visage

De mes champs, j’aperçois l’île de Sein. »

Par l’île de Sein, ce présent parcours musical magistralement tracé par Clarisse, certes, en plage 8, passera, avec « Marie-Jeannne Gabrielle », l’emblématique composition, texte et musique aux multiples variations si délicates à chanter, signée de l’excellentissime Louis Capart (Voir), mais comme le précise le titre de son CD, Clarisse nous emmènera, sans doute possible, de Kerouze… à l’île d’Ouessant.

En effet, en plage 2, Clarisse Lavanant a choisi, « Les roses de Ouessant », une chanson dont le poétique texte a été écrit par le journaliste et poète breton Louis Le Cunff (1919-1989), sur une musique composée par le prêtre catholique, auteur, compositeur et écrivain, Michel Scouarnec. C’est, tout particulièrement, ce titre, souvent chanté par de nombreuses chorales, qui a été le point de départ à la réalisation de ce programme d’hommages.

Le chant de Clarisse, tout en « pleins et déliés », apporte, par une réelle interprétation, une très authentique invitation, intimement liée à celle portée par le texte :

« Sur vos cargos, sur vos voiliers,

Ah ! Matelots, si vous vouliez

Nous faire l’honneur d’une escale,

Nos visages seraient moins pâles ;

Nos âmes seraient moins moroses,

Et nous vous offririons des roses. »

Si Clarisse Lavanant chante la Bretagne de la terre et, plus encore, de la mer, c’est, aussi, celle à 5 départements qu’elle porte à notre oreille en ouvrant et clôturant, délibérément, son opus avec l’évocation de la Bretagne nantaise.

« On y venait de Nantes, les dimanches d’été

Avant qu’elle ne soit grande, quand notre siècle est né. »

C’est, en effet, vous l’avez, sans doute, par ces mots, reconnue, avec « La ville que j’ai tant aimée », adaptation française de « The Town I Loved So Well », initialement composée par Phil Coulter et interprétée, dans sa version francophone pour évoquer la ville d’Orvault, par les, ô combien célèbres et pérennes, bretons nantais, nantais bretons, Tri Yann, qu’en quasi « piano-voix », Clarisse rend hommage à ce légendaire groupe qui l’avait, en 2001, en première partie de sa tournée des Zéniths, chaleureusement, accueillie, alors qu’elle débutait. La chanteuse n’a pas oublié !

Clarisse Lavanant fait, également, référence à la Bretagne réunifiée à 5 départements, comprenant la Loire Atlantique (44-Bzh), en clôturant son disque par sa composition textuelle de « 44 » vers et titrée « J’avais cinq enfants ».

Les jolis et nécessaires mots de Clarisse viennent se poser sur la mélodie d’un air traditionnel irlandais bien connu, « She moves trough the fair », figurant, notamment, en plage 3 de l’album d’Alan Stivell, « Chemins de terre » (1973) et que le « harper hero » avait repris, en 1995, avec Simple Minds, lors d’un mémorable « Taratata ».

Pour notre part, nous avions découvert la vibrante adaptation de Clarisse, au cours de son concert, donné, en duo, au Croisic, avec Dan ar Braz, le 26 mai 2012. (Voir notre archive ).

« J’avais cinq enfants réunis

En un même pays

Entre la pierre et la mer

Cinq enfants de rivières

Dont j’étais la source mère

Lorsque j’étais entière

J’avais cinq enfants, aujourd’hui

Il me manque une fille. »

Si nous avons, au stade de cette chronique, déjà évoqué, 5 substantiels titres qui figurent sur cet album de pièces patrimoniales que Clarisse enjolive, « décline », plus que ne « reprend », en apportant, avec noble et humble tact, un parfait équilibre entre la version originale et sa propre interprétation qui est tout sauf transparente, insipide, incolore, nous nous garderons bien de vous infliger un listage complet du programme qui, sans aucun hiatus, mérite votre attention, votre écoute, réécoute.

L’investissement vocal de la chanteuse, tout en nuances, évolue, parfois, de la puissance au registre du, presque, souffle et laisse transparaître le profond plaisir qu’elle prend à chanter les œuvres des autres.

Nous ne pourrons, néanmoins, faire l’ellipse de la nostalgique, mais lumineuse, peinture, qu’en piste 8, Clarisse brosse de sa souple, claire et élégante voix, en portant un chant, un regard figuratif, sur un classique de la chanson bretonne, « Loguivy-de-la-Mer », chanson, en son temps, au large succès, écrite et composée, à l’automne 1965, par le costarmoricain François Budet (1940-2018), après qu’il eut découvert, l’été précédent, à deux pas de chez lui, la vie déclinante du petit port de pêche de Ploubazlanec, situé à l'embouchure du Trieux.

« Ils reviennent encore à l'heure des marées

S'asseoir sur le muret le long de la jetée

Ils regardent encore au-delà de Bréhat

Respirant le parfum du vent qui les appelle

Mais s'il est révolu le temps des Terre-Neuvas

La race des marins, chez nous ne s'en va pas ».

{Refrain}

« Loguivy de la mer, Loguivy de la mer

Tu regardes mourir, les derniers vrais marins

Loguivy de la mer, au fond de ton vieux port

S'entassent les carcasses des bateaux déjà morts. »

Avec l’aérienne voix de Clarisse, les mots semblent, en volutes de regrets éternels, être projetés vers le large, dispersés en mer, comme les cendres des anciens marins qui, un soir, à terre, meurent d’usure et que l’on commémore, avec les disparus, à mi-août, sous un dardant soleil d’été.

L’accompagnement instrumental de Philippe Guével reposant sur ses claviers qui flirtent, ici, avec les registres du piano et de l’accordéon, cautionnent et subliment cette magnifique évocation d’un passé maritime, toujours présent dans les âmes locales.

Ah ! Bien sûr, nous aurions pu, aussi, évoquer :

- « E kreiz an Noz - Au cœur de la nuit », de l’écrivain et poète franco-américain d'origine bretonne, également sculpteur, musicien et chanteur, Youenn Gwernig, où Clarisse s’exprime en breton.

- « Un bateau pour sauver les hommes », de Maxime Piolot et Dominique Rivière qui, par son texte :

« Ce n’est pas vrai ?

Qu’un matelot,

Doive sombrer,

Au fond de l’eau. »

Est, sans nul doute, attribuable à l’opiniâtre et valeureuse œuvre de la Société Nationale des Sauveteurs en Mer, même si le titre peut suggérer, à certains, une autre acception d’actualité.

- « Mon petit garçon », inaltérable chanson de Michel Tonnerre (1949-2012), dont la version originale est enregistrée sur l'album « Fumier d'baleine », paru en 1992.

- « Enez Molenez - Ile Molène », de l’auteur, compositeur, interprète et poète breton de langue bretonne et française, Manu Lann Huel, qui a mis ses propres textes en musique, mais aussi ceux de Léo Ferré et de son ami Pierre-Jakez Helias… signant ici, le texte… sur une splendide, limpide et symphonique composition de Didier Squiban.

Et nous sommes, encore loin de la richesse des 16 titres présents sur ce disque de 62 minutes et pas des moindres pièces, puisque d’artistes, ô combien, de renom.

Comme à la fin de chacune de nos chroniques, vous trouverez la liste complète et le nom des auteurs et compositeurs.

A vous de découvrir, sur cette page, quelques extraits de cet album très réussi et, surtout, de vous le procurer, rapidement.

Accordez-vous un moment de temps suspendu, où, accompagnée des sobres mais très évocateurs arrangements de Philippe Guével, Clarisse embellit encore, des bijoux patrimoniaux bretons, façonnés par les autres, quand elle ne nous convainc pas, par ses propres créations.

Ecoutez « Kan ar Yerzh - Le chant de langue » et, pour les non-locuteurs, munissez-vous du livret pour en comprendre la substance. La musique évolue entre inspiration bretonne, classique, baroque, contemporaine et le propos « pour que la langue bretonne chante encore longtemps », est, tellement nécessaire » !

« De Kerouze à Ouessant », de Clarisse Lavanant, une captivante croisière dans la chanson à texte menée par le chant d’une sirène qui vous fera, inexorablement, chavirer, au delà des « Frontières de sel, des frontières de sable… de la terre verte ».

Gérard Simon

(*) Pages consacrées à Claude Besson : CDs, reportages concerts, à partir de son espace dédié sur Culture et celtie

(Voir espace) .

Illustration sonore de la page : Clarisse Lavanant- "La ville que j'ai tant aimée" - Extrait de 01:12.

D'autres extraits sonores sur Culture et celtie, l'e-MAGazine : ( Voir Chronique )

Les titres du CD "De Kerouze à Ouessant".

01. LA VILLE QUE J'Al TANT AIMEE - Tri Yann / Phil Coulter - 04:18.

02. LES ROSES D'OUESSANT - Louis Le Cunff / Michel Scouarnec - 04:00.

03. KEROUZE - Claude Besson /Claude Besson - Jean-Claude Dequéont - 02:57.

04. E KREIZ AN NOZ - Youenn Gwernig - 03:33.

05. UN BATEAU POUR SAUVER DES HOMMES - Maxime Piolot / Dominique Riviére - 03:25.

06. MON PETIT GARCON - Michel Tonnerre - 05:00.

07. KERAVEL - Clarisse Lavanant - 03:39.

08. LOGUIVY DE LA MER - François Budet - 03:50.

09. KAN AR YEZH - Clarisse Lavanant - 03:10.

10. JE CONNAIS DES BATEAUX - Mannick - 02:54.

11. MARIE-JEANNE-GABRIELLE - Louis Capart - 04:21.

12. ENEZ MOLENE (ILE MOLENE) - Manu Lann Huel / Didier Squiban - 03:52.

13. PLUS LOIN QUE LA MER - André Sousset - 03:43.

14. LES PETITS CAFES - Anne Vanderlove - 03:55.

15. HARZOU HOLEN - BORDERS OF SALT (FRONTIERES DE SEL) - Dan Ar Braz / Traditionnel - 03:55.

16. J'AVAlS CINQ ENFANTS - Clarisse Lavanant / Traditionnel - 03:50.

Durée totale : 62 minutes.

CD "De Kerouze à Ouessant" - Clarisse Lavanant

Parution : Novembre 2019

Production : Label Mus'Iris

Pour commander l'album sur le site de l'artiste : Cliquez ICI

Le site Internet de Clarisse Lavanant : ( Voir site )

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