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Ces monuments qui brûlent et se consument

Chronique de David Grosclaude (porte parole David Grosclaude) publié le 17/04/19 13:04

Petite réflexion sur le fétichisme de ceux qui n’ont pas compris que patrimoine matériel et immatériel doivent faire l’objet des mêmes égards et de la même attention. Des monuments se consument en France mais cela n’émeut pas la classe politique et les médias.

47348_1.pngPhoto Antonin Subtil (wikimédias commons)

Je ne suis pas catholique, je ne suis pas un admirateur de Saint-Louis et je ne trouve pas que Notre-Dame de Paris soit la plus belle cathédrale du monde, pourtant je suis triste de ce qui est arrivé. C’est un monument unique. C’est une grande perte patrimoniale, c’est la disparition partielle du symbole d’une ville et de son histoire. Elle est connue dans le monde entier.

Il faudra la reconstruire. Il faudra pour cela du temps et de l’argent, beaucoup de savoir faire aussi. Pourtant nous le savons, celle qui sera reconstruite ne sera pas l’originale, tout comme la précédente n’était que la compilation de constructions et de rénovations successives.

Pourtant, je dois bien avouer avoir été passablement irrité par les commentaires des uns et des autres lors de cette soirée où les télévisions ont fait des éditions spéciales afin de suivre en direct la catastrophe. La suite est une avalanche de nouvelles qui s’auto-alimentent, de médias qui s’écoutent parler. On ressasse jusqu’à l’écoeurement, on crée une sorte de sidération médiatique qui vitrifie le paysage et les esprits dans une compassion conformiste. Et le président de la République est venu en rajouter avec un discours spécifique. L’analyse du lexique qu’il a employé, des phrases utilisées par le personnage, devrait nous interroger. Rien n’était anodin dans ce discours. Mais ce sera pour une autre fois.

Des poncifs, encore des poncifs !

Je ne m’étendrai pas sur les diverses couches de poncifs qui semblent sédimenter la pensée de ceux qui doivent (ou veulent) à tout prix remplir du temps d’antenne. Ils sont payés pour ça et ils sont plus victimes que criminels. Ça ne les empêche pas d’être ridicules.

Pour quelques heures, pour quelques jours, Notre Dame de Paris est devenue le centre du monde, de l’histoire du territoire français et le centre de l’histoire du monde. Les messages de ceux qui n’ont rien à dire s’empilaient et défilaient en bandeaux sous les images dès les premières heures du psychodrame télévisuel. Quand même Trump y va de son commentaire ou peut s’attendre à tout. A partir de là tout pourrait arriver, même une brève annonçant la mise en garde-à-vue d’un certain Quasimodo.

On pourrait se dire qu’il est heureux que les télévisions d’information en continu existent, parce que sinon où se déverserait la compassion médiatique ? C’est cette maladie qui fait que chacun doit y aller de son mot, de son communiqué. Mais c’est l’idée même d’info en continu qui crée cette compassion si conformiste. Tout cela confirme bien que la société de la communication se base sur : « moins j’en ai à dire plus je dois le dire fort ! ».

Ce soir là, il y avait dans ce sport des champions toutes catégories. Et on peut en rire parce qu’il ne s’agissait heureusement pas d’un attentat meurtrier où le nombre des victimes s’allongeait au fil des minutes et des heures.

Je rajouterai, même si cela ne va pas dans le sens du vent et dans le sens du conformisme médiatique, que j’ai du mal à comprendre pourquoi le parisianisme se déchaine encore un peu plus grâce à cette affaire. Pourtant le centralisme dans ce pays est déjà assez puissant politiquement, économiquement et médiatiquement. Était-il nécessaire d’en rajouter au point de nous expliquer tout en détail comme si c’était l’église de notre quartier qui venait de s’effondrer. J’ai bien conscience que ce que j’écris n’est pas conforme à l’ambiance créée depuis trois jours, mais peu importe ; je suis certain de ne pas être seul à le penser.

Bref ! Notre Dame est dévastée et c’est une catastrophe. Ceci dit elle ne sera pas la première cathédrale a avoir besoin d’être reconstruite ; d’autres avant elle ont subi ce sort tragique et renaquirent de leurs cendres.

Un monument n’a que la valeur qu’on lui confère

Parce que dans ce monument, ce ne sont pas les pierres qui comptent le plus mais la valeur qu’on leur donne, l’histoire qu’elles racontent, l’histoire qu’elles ont vu se dérouler.

Le patrimoine matériel n’est rien sans le patrimoine immatériel. Un monument, sans les mots qui vont avec, les savoirs qu’il recèle, qu’il a mobilisés, ce monument n’est qu’un tas de pierres.

C’est en cela que les larmes et les déclarations de certaines personnalités étaient insupportables durant cette soirée. Certains d’entre eux laissent chaque jour se consumer des cathédrales et des monuments du patrimoine sans rien dire . Il leur arrive même de souffler sur les braises.

Ils sont victimes d’un fétichisme qui fait qu’ils oublient que le patrimoine immatériel est aussi important que l’autre. Les deux évoluent au fil du temps, s’adaptent, subissent des outrages, des accidents, des violences ; mais on devrait à leur endroit avoir les mêmes égards. Ce n’est pas le cas.

Les cathédrales qui se consument, les châteaux qui brûlent, les trésors qui s’envolent en fumée ne sont pas toujours ceux que l’on peut visiter avec un billet d’entrée et son smartphone à la main. En France ce sont aujourd’hui des réservoirs de savoir et d’intelligence, d’histoire et de littérature, de culture et d’outils prêts à servir pour demain qui se consument sans que Stéphane Bern ne soit appelé pour s’en émouvoir.

Incohérents et malveillants

Quand j’entends aussi bien Mélenchon, Macron, Hollande, Fillon, Sarkozy et les autres faire part de leur émotion de façon médiatique à propos de la perte patrimoniale que représente l’incendie de Notre-Dame de Paris, je ne peux que regretter leur incapacité à être cohérents. Je ne peux oublier que ce sont les mêmes qui se taisent (ou parfois se réjouissent) lorsque ces monuments de culture que sont nos langues se consument peu à peu faute d’attention et d’égards et en raison d’une politique destructrice de la diversité linguistique. Pourtant ce sont des monuments qui accueillent comme ils peuvent des milliers d’années d’histoire, des millions de pages de littérature et des millions de jours de l’histoire de l’Humanité.

Ils ont un défaut ; ils ne brûlent pas d’un coup sous l’œil des caméras. Ce sont des monument qui s’effondrent, que certains sapent et qui meurent en silence.

Alors bien évidemment, il va falloir reconstruire Notre-Dame de Paris comme il aurait fallu le faire pour tout autre monument de cette importance et de cet âge qui aurait brûlé ; mais il faut aussi de la cohérence. Le patrimoine matériel et immatériel se mêlent.

La langue basque, la langue corse, la langue bretonne, la langue occitane, la langue catalane, les langues amérindiennes, celles de Canaquie, les créoles…etc sont autant de cathédrales qui brûlent.

J’ai entendu à propos de l’incendie de Paris les lamentations de ceux qui quelques jours, semaines, mois, années auparavant nous expliquaient que si nos cathédrales linguistiques s’effondraient c’était la fatalité et parfois même une bonne chose pour le progrès de l’humanité et que de toute façon il fallait laisser faire.

Vous voulez des exemples ? Relisez le discours de Macron sur la francophonie : un monument d’ignorance et de malveillance mais aussi un monument de mépris.(1) Relisez les déclarations de Mélenchon en 2008 lorsqu’il disait que les écoles qui enseignent en breton sont « une secte ». Il expliquait que la France était un modèle dans le domaine de la protection des langues : «Pour ma part, je n’accepte pas la caricature qui voudrait faire croire que la République française réprime ou méprise les langues régionales. Ce n’est pas vrai ! La France s’est dotée dès les années cinquante d’un cadre législatif très favorable aux langues régionales ; elle était même en avance sur beaucoup de pays d’Europe à cet égard »(2) Relisez Fillon qui disait toute sa tristesse face à l’incendie de Notre Dame. La phrase qu’il écrivait il y a vingt ans sur le débat concernant les langues dites régionales est extraordinaire ; appliquez la au patrimoine matériel comme Notre-Dame et vous serez atterrés. Je vous la cite : «Tout ceci est à l’image d’une société obsédée par la nostalgie du passé et, à tort, confortée dans ses frilosités Alors que nous nous apprêtons à entrer dans un nouveau siècle complexe, marqué par des enjeux différents, l’élite politique, intellectuelle et médiatique choisit précisément de dépenser son énergie sur le sort d’un patrimoine certes estimable, mais qui ne mérite nullement de figurer au rang des enjeux culturels du futur ».(3)

De l’imaginaire qui disparait

Tous ceux qui n’ont rien fait pour le patrimoine immatériel et qui avaient les moyens politiques de le faire se sont exprimés sur l’incendie de Notre-Dame, de droite ou de gauche. Cela fait des années que les uns et les autres promettent et parlent de la diversité culturelle sans rien faire. En tous cas s’ils font c’est toujours pour ce qui est lointain et ce qui leur parait exotique. De l’humanisme à usage externe mais jamais rien sur ce qu’il ont sous leur nez. Ils devraient pourtant savoir que les pierres n’ont de valeur que par l’histoire qui les a taillées, dessinées, les femmes et les hommes qui les ont nommées, désignées, illustrées.

Donc Notre-Dame de Paris, même entièrement détruite aurait continué à vivre sous la plume de Victor Hugo, Quasimodo et Esmeralda continueraient d’habiter les esprits des amateurs de littérature et donc de faire vivre l’édifice, avec tous ceux qui ont écrit sur lui. Mais quand des pans entiers de notre imaginaire, du patrimoine de l’humanité auront disparu parce que des responsables politiques n’ont pas compris que la diversité des langues et des cultures est un des fondements de la démocratie, on pourra toujours appeler les pompiers ; il y a longtemps que le toit de l’édifice se sera effondré.

Ajoutons que cet imaginaire qu’on laisse disparaître ou que l’on détruit avec une politique pensée et organisée, nous manquera sans aucun doute dans les années qui viennent, lorsque nous chercherons des solutions politiques, économiques, écologiques aux problèmes qui nous attendent. Sans boite à outils nous aurons bien du mal à rénover quoi que ce soit.

David Grosclaude

(1)discours prononcé le 20 mars 2018

(2)intervention de Jean Luc Mélenchon au Sénat le 13 mai 2008.

(3)tribune publiée par Libération en mai 1999, le député de la Sarthe ,François Fillon

Ce communiqué est paru sur le blog David Grosclaude

Voir aussi :
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Écrivain occitan, journaliste indépendant.

Vos commentaires :

Paydret
Mercredi 17 avril 2019

Il aurait été préférable de comparer, même si comparaison n’est pas raison, parlement de Bretagne et Notre Dame, ce qui semble encore prématuré. Mais puisque votre sujet est la sauvegarde des langues, comparont ce qui est comparable. Les langues de notre pays sont relativement bien loties, puisqu’elles bénéficient d’une sauvegarde numérique. Je suis persuadé que quiconque voudra trouver une traduction, une grammaire, un dictionnaire sur la toile en corse, breton, alsacien, aura cette possibilité, alors que nombre de langues amérindiennes auront souffert de la disparition de tous leurs locuteurs et n’auront pas cette sauvegarde. Ce sont toutes les langues sur terre sauf l’anglais qui reculent, le français y compris, mais toutes sont cependant sécularisées pour peu qu’elles aient intégré l’ere numérique.

Caroline Le Douarin
Mercredi 17 avril 2019

Merci monsieur l'Occitan de ces très belles et abondantes réflexions...

Je me permets d'ajouter une constatation personnelle qui me choque :

Patrimoine ou fait divers, ces incendies ?

En 1972, quand la cathédrale de Nantes a brûlé, Internet n'existait pas. Mais l'événement est largement repris sur le Net maintenant.

Nous trouvons

(voir le site) Dans ce lien, Le Télégramme classe les incendies en Bretagne dans Patrimoine. Alors que les incultes de Europe 1 classent l'incendie de Saint-Donatien (Nantes le 15 juin 2015 - toujours pour une histoire de travaux sur le toit, de la soudure ici) en Fait divers. Gant ar vezh ! Quelle honte...

valy daniel
Mercredi 17 avril 2019

merci beaucoup mr grosclaude ; quel clarté dans votre analyse de votre communiqué .

je vous rejoint 5/5 ; NANTES naoned capitale de la bretagne a subit 2 incendies de ce type

la cathédrale st pierre en 72 et st donatien en 2015 ; j'ai pas souvenir de la tristesse des parisiens .

les parisiens aurait pu prendre les leçons des incendies de nantes mais c'etait sans conter .

et on voit bien la le jacobinisme et centralisme parisien qui n'a que faire des autres peuples de france .

paris;paris;paris toujours paris qui ne cessent de detruire les regions historiques leur langue et leurs traditions .

on dirait que cette catastrophe est une punition du destin !

jakez Lhéritier
Mercredi 17 avril 2019

Bien heureux de vous lire après une interpellation à la députée de St Nazer Mme Dufeu Shubbert faite ce soir à 18 h 30.

Ayant tenter de sauver le paquebot France/Norway soit en navigation soir à quai entre 2001 et 2008, nous n'avons pas eu autant de traitements médiathiques, même de Thalassa à l'époque et votre texte est à diffuser largement.

J. Christ. Siou
Mercredi 17 avril 2019

Superbe article, parfaitement d'accord, tout cet étalement larmoyant de circonstance était écrit d'avance dès lors que le drame touchait la sacro-sainte "capitale" parisienne. Non, Notre Dame de Paris aussi belle soit-elle n'est sûrement pas la plus magnifique cathédrale de l'hexagone, Reims, Amiens, Albi ou même celle de Nantes ne serait-ce que pour la finesse de ses voussures, sa hauteur sous voûtes et sa clarté intérieure n'a absolument rien à lui envier. Nantes a d'ailleurs connu un drame similaire en 1972 et bien peu de médias ont su le rappeler, mais bref, là n'est pas la question… Entre autres amusements, voir Mélenchon le laïcard invétéré s'étrangler des sanglots dans la voix était juste risible, le triste sir reste un nationaliste français avant tout et lui pour qui la France n'existe réellement que depuis 1789 de se laisser aller subitement (mais prévisible tellement le personnage est épais) à des élans amoureux pour cette France "fille aînée de l'église"... Quand à monsieur Pinault, breton et homme de culture, donnerait-il 100 millions d'euros pour sauver la langue bretonne? Ainsi va cette triste et lourdingue France menée par un personnel politique et médiatique chaussé d'œillères et de gros sabots suivie par la cohorte des bons français qui votent là où il faut.

Pierre Robes
Jeudi 18 avril 2019

Ce n'est qu'un tas de pierres, une grande église parisienne, sans âme, qui a perdu son couvre chef (à 1h de l'élocution qui devait, renverser la table, changer le monde) qu'on veut recouvrir de millions, voir de milliards ... de généreux donateurs qui ne paient pas l'impôt en fonction de leur fortune (évadés fiscaux)

Du pain béni pour macron, qui enfile sa veste jupitérienne pour nous remontrer qu'avec lui, on va reconstruire (la France), s'unir autour de son projet et en finir avec les gilets jaunes (ceux qui ne sont rien, les illettrés) pour qui il a un tel mépris.

Tout ces bobos d'élites parisiennes de droite comme de gauche qui s'émeuvent dans les médias, certains pour intimer l'ordre aux Gilets Jaunes de respecter une journée de samedi, de deuil national, en ne venant pas sur les champs du Prince, piétiner leurs plates bandes. Tous mobilisés pour préserver leurs privilèges.

Et l'humain dans tout cela, le gilet jaune du rond point et celui des champs aura t'il plus de beurre dans ses épinards, sera t'il entendu, aura t'il le droit de décider au pays (provinces étrangères de 1789, carte des traites) ou sera t'il encore méprisé par le pouvoir de l'oligarchie Parisienne ?

Naon-e-dad
Vendredi 19 avril 2019

.1 Dans « cathédrale Notre-Dame », il y a deux mots :

. cathédrale, c’est –à-dire l’église qui abrite le siège de l’évêque (la cathèdre), donc l’église d’un diocése.

. Notre-Dame, ce vocable (Intron-Varia, e brezhoneg) désigne la Vierge Marie, l’humble femme juive de Nazareth, en Galilée, il y a vingt siècles, sobrement décrite dans l’Evangile de Luc notamment (« Voici la servante du Seigneur, qu’il m’advienne selon ta parole », Lc 1,38).

On voit bien comment dans la France d ’aujourd’hui (où certains journalistes et politiciens en viennent à confondre deux notions aussi distinctes que athéisme et laïcité, ce qui est assez effarant intellectuellement parlant), on voit bien ce que, très largement, signifient trop de proclamations et de précautions après le terrible incendie de Notre-Dame, qualifiée de fleuron patrimonial, exceptionnel, etc… - ce qui est tout à fait exact - . Ces prises de positions hâtives, mais qui viennent de loin, craignent que l’essentiel n’apparaisse et ne soit dit et perpétué : la Foi chrétienne existe, et on lui doit ce monument d’exception, certes conçu et bâti au cœur du royaume de France (Louis IX, ou Saint Louis), mais dont l’ombre portée, on vient de le constater, s’étend jusqu’aux extrêmités de la Terre… Petite remarque en passant : cette cathédrale n’est pas parisienne, elle n’est pas française (même si elle concourt à faire du centre de Paris l’un des plus beaux paysage urbains du monde), elle est trop universelle pour être qualifiée ainsi, mais elle est chrétienne (et même « catholique », puisque construite après 1054) assurément. Et c’est cela qui dérange trop de monde aujourd’hui encore, semble-t-il.

Et je pourrai continuer et développer encore mon propos mais voilà le point essentiel que les acteurs de la reconstruction devront ne pas oublier dans la période qui s’annonce. Notre-Dame n’est pas un musée, ni un lieu d’animation touristique sans équivalent (12 à 14 millions de visiteurs annuels, entrée gratuite. Seul l’accès aux tours est payant, et l’argent va directement renflouer les caisses de l’Etat), c’est avant tout un lieu de beauté et d’équilibre, un grand vaisseau de pierre et de lumière, dédié au calme, à la paix, à la prière, un lieu marial, un lieu de culte divin. L’oublier serait courir, un jour ou l’autre, à un désastre plus grand encore. Inévitablement.

.2 maintenant, pour connecter avec votre réflexion sur les langues régionales, c’est le moment de rappeler que le Gwenn-ha-Du, oui notre Gwenn-ha-Du a… flotté sur la flèche. J’ai encore en mémoire la photo de première page du quotidien Libération, lequel a donc fait deux fois sa une avec cette fameuse flèche, au cours de sa relativement courte histoire. C’était vers les années 69 ou 70, en pleine période FLB je pense. Au-delà de l’acte audacieux, bien avant que l’on invente le building climbing (l’escalade de bâtiments urbains), que signifiait ce geste, spectaculaire tout en restant pacifique (la société n’avait pas atteint le niveau de violence d’aujourd’hui)? Evidemment une façon d’attirer l’attention sur un problème politique, toujours actuel : France, que fais-tu de tes régions ?

Evidon-me e c’hellan reiñ testeni da Vari : pegen doujus, pegen aketus emañ-hi ouzh poan eus he vugale pa z’eo ho yezh lakaet er-maez o fenn, er-maez o genou…Drezi eo on deuet war-zu ar yezh a-nevez – ar yezh am boa klevet e-pad ma vugaleaj, hep na vefe-hi komprenet ganin - , pellig a-walc’h zo dija…

Alan G
Vendredi 19 avril 2019

en réponse à Paydret.

Oui, le breton et l'occitan pourront être étudiés alors même que personne ne les parlerait plus. En cela les dictionnaires, grammaires, enregistrements, documents papier constituent une richesse que beaucoup nous envient.

Lors des interviews pendant et après l’incendie de ND de Paris, il y avait un vrai clivage entre les catholiques pratiquants, qui répondaient que ND n'est qu'un bâtiment et que ce sont les fidèles qui constituent l'église, la cathédrale, alors que les autres interviewés se lamentaient sur la disparition possible de l'édifice de pierre et de bois.

Nous, locuteurs et héritiers de langues séculaires, accordons plus d'importance à la langue vivante, parlée quotidiennement, par laquelle les humains apprennent la vie, tissent des liens et expriment leurs pensées, leurs sentiments, leurs besoins, leurs espoirs. C'est la disparition de nos langues en tant que langues vivantes qui nous préoccupe et non leur survie en tant qu'objet d'étude.

Naon-e-dad
Samedi 20 avril 2019

En me relisant et en lisant les commentaires, je voudrais apporter un complément :

. Bien sûr, le christianisme date de l’époque christique (belle tautologie !) et du premier collège apostolique (« Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle » Mathieu, 16, 18, trad AELF). 1054 est une date clé dans l’histoire de l’Europe et du Christianisme : la séparation – jusqu’à aujourd’hui, et pour combien de temps encore ? -, des deux traditions, l’Occidentale , de culture latine, dite catholique, et l’Orientale, de culture grecque, dite orthodoxe. La Foi est identique, (la querelle du fameux « filioque » porte sur une formulation théologique). La différence de spiritualité ou d’ambiance se perçoit facilement en visitant une église orientale, par exemple Saint-Julien-le-pauvre, à deux pas de la Cathédrale, sur la rive gauche de la Seine.

. Bien sûr, chaque cathédrale a sa personnalité. A Notre-Dame de Paris, ce qui frappe d’emblée est la pureté du dessin de la structure, remarquable d’équilibre et de classicisme, pureté que ne parvient pas à étouffer la profusion des détails. Pas forcément évident à percevoir sur des photos, mais cela s’impose à l’observateur direct pour peu qu’il accepte de prendre le temps de la contemplation. Cela dit, parmi les grandes (ou moins grandes !) cathédrales l’on peut apprécier plus l’une ou l’autre : le sourire de l’Ange (Reims) est unique, le bleu des vitraux de Chartres est unique (les bretons ont participé au financement de Chartres, parait-il). En Bretagne, Quimper/Kemper présente une particularité architecturale unique (chœur oblique par rapport à l’axe de la nef). En Bretagne toujours, à Nantes, la cathédrale claire et spacieuse, est très agréable et apaisante. Elle abrite le tombeau, finement sculpté dans le marbre blanc, des parents d’Anne de Bretagne, et témoigne de la puissance et de la richesse de l’Etat breton, avant la perte de l’indépendance (1488-1532). Les Bretons de l’ensemble de la Bretagne péninsulaire peuvent être légitimement fiers de cette cathédrale majestueuse.

« Te zo roc’h ha war ar roc’h-se e savin va Iliz, ha ne vo biken galloudezioù ar marv trec’h dezhi. » Mazhev, 16, 18,testenn Kenvreuriez ar brezoneg (1982). Doare-skrivañ KLT ganin-me.

Loic Le Sellin
Mardi 23 avril 2019

C'est drole, je suis toujours surpris par le fait que l'histoire n'a l'air de commencer qu'avec le christianisme et les filtres qui s'en sont imposes. Surtout pour un peuple qui se revendique anterieur a la France! Notre Dame n'a pas ete batie n'importe ou ni n'importe comment. Nos druides le savent bien. Et c'est cette connaissance qui est d'autant plus significative, voir inquietante car Notre Dame n'est pas seule a avoir ces caracteristiques. Elle participe a une "revelation", a tout le moins un equilibre de forces naturelles auxquelles les Bretons, plus que d'autres, sont encore sensibles. Notre "Itron Varia", meme christianisee, voire oubliee, a encore la force d'emouvoir, en preuve toutes ces reactions qui pourraient paraitre incongrues en d'autres lieux. On est forcement dans une autre dimension, une autre realite qui transcende les siecles, et qui, pour les plus sensibles, demande de s'agenouiller quand ils sont sur son parvis.

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