Ces Jihadistes qui reviennent en Bretagne

-- Cultures --

Reportage
Par Philippe Argouarch

Publié le 1/11/17 8:57 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Les jihadistes bretons semblent surreprésentés parmi le contingent d'un millier de désespérés de citoyenneté française partis faire le jihad en Irak et en Syrie. Paris Match l'avait déjà remarqué en juillet 2016 . Interrogé, le juge spécialiste de l'anti-terrorisme, le Breton Marc Trévidic avait déclaré « Je ne sais pas si, statistiquement, il y a tellement plus de Bretons dans le djihad, mais ce qui est frappant, c'est leur nette surreprésentation parmi les convertis».

Tout a été détruit par le moule de la nation républicaine, il ne reste plus qu'un patronyme breton associé le plus souvent à un prénom anglo-saxon. Il n'y a plus de culture bretonne, ce cordon ombilical qui nous préservait des dérives sectaires ou idéologiques. Il n'y plus d'ancêtres à qui l'on doit rendre des comptes. Il n'y a plus ce système de valeurs hérité du christianisme breton. Ni celui hérité du dur labour de la terre, transmis dans des centaines de proverbes et de consignes sur le savoir vivre et le savoir faire. La création par la République de citoyens consommateurs électeurs standards coupés de leur communauté d'origine et de leurs traditions laisse un vide, un terreau de conversions vers de nouvelles communautés structurantes comme l'Islam et pour certains l'islamisme.

La moitié sont en liberté

240 citoyens français partis faire le Jihad ou vivre dans l'État islamique sont de retour en France. Seulement la moitié sont en prison nous dit le ministre de l'intérieur Gérard Collomb. Un Jihadiste qui veut revenir en France après la défaite de l'État islamiste restera comme une personne qui s'est battue contre le monde occidental, et qui, au fil des ans, a subi un endoctrinement idéologique totalitaire du même niveau que celui des sectes, et qui, de plus, a accepté la violence comme moyen légitime pour réaliser des buts politiques et pour, pense-t-il, avoir la faveur d'Allah. Ces individus, repentis ou pas, sont pour certains, des bombes à retardement.

On joue à la roulette russe sauf que le coup peut tuer cent personnes à la fois, voire plus pour ceux qui ont de l'imagination.

Pour les déserteurs passés dans le camp ennemi, au début du siècle dernier c'était le peloton d'exécution, après être passé devant un tribunal militaire. Comme la peine de mort a été abolie, que les TPFA (Tribunaux Permanents des Forces armées) ont été abolis, et que le projet de déchéance de nationalité a capoté, il reste que ces terroristes peuvent rentrer en France et en particulier en Bretagne. Plusieurs y sont déjà revenus, en prison pour quelques années ou en liberté surveillée.

La plupart sont jugés ou seront jugés mais pas tous. Sur les 120 revenus ou revenants ? qui ne sont pas en prison, seulement 58 seraient en liberté surveillée dans toute la France selon le JT de France 2 de ce mercredi. Il en reste donc 62 qui se baladent librement. D'autre part, une fois leur peine purgée, les condamnés seront de nouveau dans les rues. D'autant plus que les peines sont remarquablement légères pour des personnes dont certaines peuvent avoir participé à des décapitations de prisonniers, à des meurtres d'enfants et autres crimes contre l'humanité. Inutile de rappeler que DAESH a opéré des génocides contre les Yazidis et contre les chrétiens d'Orient.

Quelques Jihadistes bretons

En 2013, on avait entendu parler de Gilles Le Guen, membre d'Al Qaïda au Magreb et originaire de Loire-Atlantique. Il est aujourd'hui en prison au Mali après sa capture par l'armée française lors de l'opération Serval en 2013.

David Drugeon, né à Vannes, s'est converti à 13 ans suite à une rencontre avec un imam salafiste. Il a rejoint Al Qaïda en Syrie et est devenu expert dans la fabrication d'engins explosifs non métalliques (ceux qui peuvent entrer dans un avion car non détectés). On n'a aucune certitude qu'il a bien été tué par un drone américain. Certains islamistes peuvent très facilement rentrer clandestinement en France.

Kevin Guiavarch, a été cadre de l'État islamiste. Extradé depuis la Turquie vers la France en janvier 2017, ce jihadiste breton, a été mis en examen et écroué à sa rentrée en France pour «association de malfaiteurs terroriste criminelle et financement du terrorisme». En juin 2016, il avait quitté la Syrie avec ses quatre femmes et ses six enfants pour se réfugier en Turquie. Ses quatre femmes ont été expulsées vers la France, mises en examen et écrouées pour trois d’entre elles, tandis que les enfants, dont certains sont nés en Syrie, ont été placés.

Flavien et Nicolas Moreau, des enfants adoptés élevés à Nantes, ont été condamnés à de la prison pour être partis en Syrie rejoindre DAESH. Flavien a été condamné à 7 ans de prison seulement. En d'autres temps c'était le peloton d'exécution puisqu'en état de guerre contre Daesh.

Margot xxxxx, une jeune Bretonne aussi de Nantes a été présentée sur France 2 ce mercredi 1er novembre dans sa prison au Kurdistan syrien. Elle a été capturée par les Kurdes en Syrie. Elle a été l'épouse successive de quatre jihadistes dont trois ont été tués au combat. Pas de pension de veuves de guerre à verser pour l'État islamiste, les femmes y étaient recyclées et les familles recomposées monnayant quelques milliers d'euros (équivalent) à verser aux autorités. En attendant leur prochain «mari», elles étaient enfermées nous raconte Margot. De toutes façons leur passeport leur était confisqué dès leur arrivée en Syrie. Pas moyen de s'échapper. Margot veut rentrer en France avec ses trois enfants de pères différents. Elle n'a pas combattu dit-elle. Pas de doute là-dessus. Les femmes ne combattaient pas dans l'État islamiste. Elles étaient juste des machines à fabriquer de petits islamistes et à assouvir le repos du guerrier. Elles étaient des esclaves sans aucun droit, mais nourries, logées, baisées, parfois battues, mais en principe protégées par leur maître absolu.

Abou Abderrahman est un Rennais, qui se déclare Breton, il a aussi été capturé par les Kurdes. Il est resté trois ans avec DAESH mais nie avoir combattu; l'enquête le confirmera ou pas, mais comment faire une enquête sur des champs de ruines et de tombes ? Il veut aussi revenir en France, probablement à Rennes où il habitait avant de partir, dans cette Bretagne «ouverte sur le monde.»

Philippe Argouarch

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