Ce que nous dit Bécassine

-- Justice et injustices --

Chronique de Yvon Ollivier
Porte-parole: Yvon Ollivier

Publié le 7/06/18 18:25 -- mis à jour le 07/06/18 19:57

Par tempérament, je n’aime pas la censure ou les formes de contrôle lorsqu’il s’agit d’art et de création. Après tout, le film « bécassine » de Denis Podalydes est une œuvre de l’esprit, nul ne peut en douter. Mais une œuvre de quel esprit ? Là est toute la question.

Car il faut regarder derrière les œuvres, les valeurs profondes qui les animent ou ce qu’elles expriment de plus significatif.

J’invite tous ceux qui peuvent dire avec le réalisateur, « on se trompe de combat, ça n’a plus rien à voir avec avant » -sous- entendu, maintenant que le problème ne se pose plus car les Bécassines ne sont plus de ce monde, et que les Bretons sont devenus, à l’image des Parisiens, des êtres civilisés- à réfléchir à ce que nous dit vraiment Bécassine...

Bécassine nous dit qui domine et qui est dominé. Elle nous offre une représentation profondément hiérarchisée de la société :

-les hommes contre les femmes en situation d’asservissement,

-Les bourgeois contre les bouseux de nos campagnes,

-Les Parisiens éclairés contre les braves Provinciaux à décrotter encore et toujours malgré leurs progrès significatifs : parfois, on s’y tromperait tant les habitants de nos métropoles bretonnes ressemblent à leur modèle parisien.

Bécassine nous ramène à ce qui structure au plus profond la société française d’aujourd’hui. La république proclame l’égalité, mais elle demeure plus que jamais structurée autour d’une hiérarchisation féroce : les femmes sont moins payées que les hommes à travail égal, les bourgeois et les propriétaires s’enrichissent toujours davantage, la dépense publique se concentre toujours plus sur Paris au détriment de nos « provinces » dont la culture et les langues crèvent sous nos yeux, faute de volonté politique…

Mieux que personne, il revient à l’artiste de révéler l’impensé ou le non-dit sociétal, ce qui se cache derrière le droit et les principes affichés, soit les véritables rapports de domination que le fonctionnent normal de la vie politique ne peut affronter.

Mr Podalydes, je ne sais pourquoi vous avez choisi, une nouvelle fois, cette antienne du cinéma français, alors qu’il est tant d’autres sujets passionnants à traiter que le cinéma ignore depuis si longtemps, (je songe notamment à notre Histoire de Bretagne et à l’épisode du combat des Trente qui ferait un film magnifique !)

Le cinéma français est parisien, mais c’est plus fort que moi, je refuse de me faire une raison ! Mais je tenais à vous remercier de la pertinence de ce choix, car même si cela vous a échappé, il nous en dit tellement sur notre société.

Yvon OLLIVIER

Auteur, juriste

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Vos 7 commentaires
Lucien Le Mahre
Jeudi 7 juin 2018

Après avoir convoqué un personnage connu de tous - probablement faute d'imagination et sans doute aussi pour faciliter le remplissage des salles - on se pose à présent la question de savoir quel nouveau choix M. Podalydes pense opérer pour son prochain film, la voie étant à présent ouverte grâce à notre Bécassine, cette représentation ancillaire d'une des leurs qui tourmente encore les Bretons.
En restant dans le même esprit hautement constructif, on pourrait sans hésitation suggérer le bon "nègre" Banania, dont le large sourire d'Oncle Tom ramènera à coup sûr, mais aux Africains cette fois, des bouffées coloniales parfaitement propres à empoisonner leurs nuits.

Joelle Lafgoutte
Jeudi 7 juin 2018

Mr Podalydes, un film sur Marion du Faouet ?

Dominig YVON
Vendredi 8 juin 2018

Il faut lire l'article de Philippe Argouach sur le financement du cinéma frañcais (dans Investigations), pour comprendre que le choix des sujets de films hexagonaux est sans doute plus motivé par la course aux subventions, que par la pertinence même du sujet traité....Il faut donc être politiquement correct pour être éligible aux aides, et donc tel que le décrit Yvon Ollivier, cette vision est politiquement correct à paris. Et payé , en partie avec nos impôts....
Et si déjà notre part d'impôts réservé au cinéma, restait en Bretagne, on ne se rendrait pas complice, bien involontairement, de ce genre de ( j'ai pas de mots)....
Diviser pour régner est la devise de l"état d'à côté, c'est bien connu...

MARK KERRAIN
Vendredi 8 juin 2018

(voir le site) écassine/1670829529660661/

Jacques
Vendredi 8 juin 2018

J'ai l'impression que l'on retombe dans un travers des Bretons qui si avec raison argumentent sur ce film se trompent en demandant à un cinéaste français de faire un film sur la Bretagne.
Il y a quelques années j'avais discuté avec une personne (connu dans le milieu) travaillant pour la culture au sein du CR B4 et nous avions évoqués la réalisation d'un film pouvant produire en Bretagne le même réveil que Brave-heart en Écosse... Nous avions eu le même personnage en tête, "Jean IV" : car vainqueur de la guerre civile bretonne puis malgré ses lauriers rejeté par le peuple breton qui s'ils avaient apprécié sa victoire n'appréciaient pas sa politique, l’intervention de la France pour annexer la Bretagne, l'union des Bretons des 2 camps ennemis pour rappeler le Duc qui par une 2ème victoire mettra les points sur les ''i'' à la France puis qui cette fois-ci tiendra compte de l'avis du peuple et lancera la Bretagne dans une modernisation de ses institutions pour en faire l'un des pays les plus avancés d'Europe...
Bécassine nous apprend que pour être respecté il faut oublier qui nous sommes pour devenir comme ceux qui nous dominent et que ce n'est qu'à ce titre que nous obtiendrons leur respect...
Jean IV nous apprend que les libertés sont non négociables et que le respect s'obtient en se respectant soi-même!
Je n'ai aucun doute qu'un film sur Jean IV pourrait être un succès planétaire....
Certes les historiens français et bretons complaisant feraient feu de tout bois pour prétendre à un héros ''falsifié'' mais il n'est nul doute que hors des frontières de l'Hexagone la victoire d'un peuple contre la suffisance des élites étrangères serait bien accueilli...!
Si le mouvement breton était uni autour des valeurs communes, il ne l'est pas, nul doute que les Bretons pourraient trouver les personnes et les finances pour une telle réalisation... La Bretagne disposant d'une industrie de l'image numérique très performante et à un accès aux meilleurs réalisateurs.
Malheureusement on peut se demander si malgré les désapprobations le mouvement breton n'est pas aujourd'hui plus imprégné du message de Bécassine que de celui de Jean IV...

Jean Albert
Vendredi 8 juin 2018

"un film sur Marion ..." La dite Marion n'est pas une Mandrine !!!

Rafig
Vendredi 8 juin 2018

Qui a vu ce film ?
Je pense qu'avant de polémiquer il faut le voir et ensuite en discuter ?
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Bécassine : A l'origine elle était de nul part. Juste une boniche chez des bourgeois parisiens. C'est par la suite que les gens ont qui que c'était une bretonne parce que dans les années 1920-30, les garde-d'enfants était majoritairement bretonnes.
En 2018 : Voir la version Podalides et en discuter. Lire et écouter les réaction du public qui l'a vu.
à suivre.

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