Dans « L'autre mémoire de Chateaubriand », Carole Naulleau imagine la rencontre d'une lectrice de 2025 avec le vicomte. Leur conversation le ramène vers son enfance bretonne.

L'œuvre de Chateaubriand est la plus grande contribution bretonne à la littérature de langue française. Père du romantisme, le Malouin est aussi le grand fondateur de la prose française moderne. En lisant certaines scènes comme le retour victorieux de la flotte royale dans la rade de Brest après la guerre d'indépendance des États-Unis ou des scènes de la Révolution dans les « Mémoires d'outre-tombe », on a l'impression de lire un reportage de « L'Express ».

« <i class="citation">L'autre mémoire de Chateaubriand</i> », Carole Naulleau, Yoran embanner, 2026, 168 pages, 18 €. ISBN 978-2-36785-095-5.
« L'autre mémoire de Chateaubriand », Carole Naulleau, Yoran embanner, 2026, 168 pages, 18 €. ISBN 978-2-36785-095-5.

Le livre commence simplement par la description d'une « maison de jardinier cachée parmi des collines ». « J'avais même l'impression qu'il m'appelait », confie-t-elle à ABP. Elle a donné cette expérience de lectrice à Indiana, son héroïne, qui rejoint le vicomte à la Vallée-aux-Loups en 1809. Pour le faire parler, la romancière puise dans ses écrits.

« Je suis homme de ruines et de révolutions. La République s'écroula sous mes pas, l'Empire s'éleva comme un temple sans autel. Je le quittai… Souvenir de loyauté – noyé dans le sang du duc d'Enghien. Je fus plus royaliste que le roi, si tant est qu'un roi respirât encore sous ce siècle de fer. Et j'habite avec un cœur plein un monde vide ; sans avoir usé de rien, je fus désabusé de tout. _ »

Le dialogue prend toute sa force quand les souvenirs du vicomte le ramènent en Bretagne. On connaît les couloirs sombres de Combourg et les pas de son père dans le silence. Le roman nous emmène à Plancoët, chez sa grand-mère maternelle, puis à Monchoix, chez son oncle, où l'on fait de la musique et où l'on danse. Ces scènes rendent à l'enfance de Chateaubriand une gaieté que la légende de Combourg laisse dans l'ombre.

Née à Paris, Carole Naulleau vit au Pays basque. Sa grand-mère, originaire de Carnoët, dans les Côtes d'Armor, l'a élevée et lui a transmis le goût des récits et des légendes. En 2018, la romancière lui a rendu hommage avec « Mamm-gozh et la croix du diable ». Le titre, dit-elle à ABP, « porte quelque chose de sa présence, de sa force de caractère et de cet attachement à la Bretagne qu'elle m'a légué ». Avec L'autre mémoire de Chateaubriand, Carole Naulleau imagine ce que le vicomte n'a pas eu le temps d'écrire sur son enfance.