C'était Anne de Bretagne, duchesse en... chaussons ?

-- Cultures --

Reportage
Par Didier Lefebvre

Publié le 20/10/14 2:48 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Jamais on ne retrouvera les sabots de notre bonne duchesse, car ils n'ont jamais existé. Mais saviez-vous que ce week-end, nous avons vu les chaussons de la duchesse Anne ? Du moins, tout porte à le croire, et l'avis est maintenant aux experts.

Un faisceau de présomptions troublant

Ces chaussons, qu'ils sont menus. Quel âge avait la duchesse quand elle les chaussa ? Six mois ? D'ailleurs, les a-t-elle réellement chaussés ? Tout le porte à le croire.

- à quelle époque remontent-ils ? Une première expertise nous donne une piste. A la fin du XVe siècle. Tiens-tiens, la duchesse est née en 1477. On est bon !

- Des fils d'argent et d'or? Peu de personnes de l'époque pouvaient se targuer de pouvoir offrir à leur fille des aussi somptueux chaussons. On sait que le duc François II était fou de joie à la naissance de sa fille, gage de continuité du duché dans la maison des Montfort, lui qui n'avait pas eu d'autres enfants légitimes. A défaut, le duché revenait à la maison des Penthièvre, et Louis XI en avait racheté les droits, pour 50 000 écus d'or. La cour vivait par ailleurs à cette époque dans l'opulence. La Bretagne n'avait pas encore subi les assauts directs de Charles VIII ou perfides de Louis XI ou de Anne de Beaujeu.

Rien d'impossible pour qu'ils lui aient appartenu.

- un chausson gauche déformé ? Je ne sais pas à l'époque combien de filles de la Haute société bretonne avaient un pied déformé, mais ceci était la caractéristiques physique de Anne. Les historiens s'accordent à dire que ses chausses masquaient sa claudication due à un pied déformé. Sur la photo, il est flagrant que le pied gauche du chausson est déformé. Nos présomptions se confirment.

(Interview sur téléNantes du Marquis Christophe de Goulaine : (voir le site) )

Prouvez-le !

Il est des « historiens » qui disent que ceci est impossible. Soit ! Prouvez-le ! Pour nous c'est possible. Voilà. Ils livrent l'argument que l'on pourrait sortir n'importe quelles ballerines des années 80, et dire qu'elles avaient appartenu à Lady Di. On sent du mépris, et un manque d'argumentation dans ces dires qui avaient été enregistrés par France 3. Messieurs, il est ici apporté des présomptions. Le Château de Goulaine (1), est le propriétaire de ces chaussons (voir plus loin comment ils ont été obtenus). Son gérant, le marquis Christophe de Goulaine, dit à qui veut l'entendre que la parole est aux experts. Que toute personne pouvant apporter un élément de réflexion dans la connaissance de ces chaussons vienne, discute, analyse. S'il s'avère qu'ils ne sont que contemporains de (mais non portés par...) la duchesse, ce sera dit, et d'accord, dont acte. L'aventure aura été belle. Mais de grâce, soyez honnêtes intellectuellement.

Des postures anti-duchesse chez certains

Mesdames et messieurs les historiens qui assénez des « vérités » définitives sans qu'elles soient avérées (ce ne sont donc pas des vérités, mais des postulats, voire des postures), de grâce, étudiez la question, et ne parlez pas de cette façon si autoritaire à l'encontre de la duchesse. Vous répétez aussi à l'envi que la duchesse ne parlait pas breton. Soit. Peut-être, sûrement, vous avez raison. Le breton n'était plus parlé à la Cour de Bretagne depuis un siècle. La vérité est que personne ne le sait. Elle eût pu apprendre et parler le breton, avec Françoise de Dinan, sa préceptrice. C'est dans le domaine du possible. Nous, nous n'assénons rien. Nous disons : c'est possible. Mais vous, votre plaisir de dénigrement systématique ne s'intéresse pas à la vérité, mais à ce qui semble s'apparenter à de la propagande.

Les chaussons de la duchesse Anne au Château de Goulaine

Comment ces chaussons ont-ils traversé les siècles ? Nous ne pouvons le dire. Un couple - des Parisiens - les a reçus de sa famille en 1963, avec l'information qu'ils avaient appartenu à la duchesse. En cette année 2014, année de commémorations du 500e anniversaire de la mort de la duchesse, ce couple décide de les léguer. A qui ? Au Château de Goulaine. Ces personnes ont une résidence secondaire non loin de ce château, et elles ont senti qu'il avait une âme, plus que les autres. C'est lui qui serait l'écrin de ces chaussons. Il a appartenu en quasi-continuité pendant plus de 1000 ans à la même famille, la famille de Goulaine. Ce legs avait donc une vocation d'utilité, celle du partage. Que l'on ressent ici, dans ce château. Ils devaient être montrés, mais pas comme dans un musée froid. Ils méritaient un écrin d'amour.

Un bébé si fragile

Émotion en les découvrant, émotion en écoutant Christophe de Goulaine nous parler de ces chaussons, émotion en voyant leur petite déformation (voir plus haut). Ces chaussons de très petite taille, 10 cm, avaient été chaussés par une enfant d'environ six mois. En les regardant, un sentiment de douceur et de fragilité nous traverse. On perçoit la petite fille encore bébé, si fragile. Cette jeune enfant, pouvait-elle imaginer une once des souffrances qu'allait lui réserver la vie ?

Anne, au destin si tragique

En les voyant, toute la vie de la duchesse se bouscule dans notre tête. Anne de Bretagne, duchesse au destin si tragique. Anne de Bretagne, qui a vu les intrigues de pouvoir, les coups de force, les arrangements en catimini entre certains nobles bretons et le pouvoir français. Anne de Bretagne, si rapidement orpheline de mère et de père. Anne de Bretagne qui dut se battre contre les traîtres, Anne qui a vu son château natal investi par des traîtres corrompus, Anne qui fut résignée à se marier au pire ennemi de sa Bretagne afin de sauver son peuple. Anne, mère si souvent endeuillée par la mort de ses enfants, Anne confrontée à la méchanceté viscérale de Anne de Beaujeu, soeur de Charles VIII, et de Louise de Savoie, mère de François d'Angoulême qui devint François Ier. Anne, au destin si tragique.

Si Anne m'était contée

Après les fastes de l'opéra-rock Anne de Bretagne au Théâtre Anne de Bretagne puis au Zénith de Nantes en septembre, Alan Simon (voir le site) nous a réservé une surprise. Devant une petite centaine de personnes, dans la grande salle du rez-de-chaussée du château de Goulaine, il nous a préparé une soirée contée (voir le site) avec la délicieuse chanteuse Nathalie (du groupe Dana). Une soirée très intimiste, où Michel-Ange-Alan Simon nous raconta, souvent avec humour, la vie de la duchesse, tournant les pages d'un livre que l'on sent merveilleux. Son récit était accompagné de la harpe de Nathalie en fond délicat.

Nathalie offre sa voix à la Bretagne

Régulièrement, elle chantait des chansons de l'opéra-rock (voir le site) Exercice délicat que de chanter Anne de Bretagne à la suite de Cécile Corbel (voir le site) C'est la 3e fois qu'elle la chante en public, après Saint-Gildas en juin (voir notre article) et un show-case de promotion pour l'opéra-rock mi-septembre à Atlantis, galerie commerciale de Saint-Herblain. Ce fut une réussite. Nous nous sommes vus emportés par une spirale surnaturelle quand elle chanta au coeur de l'homme, chanson interprétée par Tristan Descamps, entre autres dans l'opéra-rock, et jamais enregistrée (voir le site) Nathalie, tu as le mérite de ne pas faire de mimétisme, mais de donner toutes ta personnalité dans ces chansons, écrites par Alan Simon. Tu as une voix folk, tu peux chanter des graves et t'essayer avec bonheur à des aigus délicats, entre autres dans « Da Breizh e profan ma c'halon » (je laisse mon coeur en Bretagne, cette fameuse chanson d'Alan où Anne, mourante, offre son coeur à la Bretagne, à Nantes). Nathalie, tu es merveilleuse.

Un avant et un après-spectacle

Christophe de Goulaine et Alan Simon ont le goût de la mise en scène. Plutôt que de rentrer directement dans la salle, les hôtes nous invitent à traverser les caves monumentales, éclairées de simples bougies. Une sorte de parcours initiatique. Puis Nathalie introduit seule la soirée avec Greensleaves, jusqu'à ce que Michel-Ange-Alan Simon arrive théâtralement et nous conte la vie de Anne, en la resituant dans le contexte des grands voyages (Christophe Colomb, Vasco de Gama), de l'imprimerie (Gutenberg), et bien sûr de la Renaissance, arrivée en France bien avant François Ier, mais du temps de la duchesse. Pour des raisons de sécurité, la cheminée n'avait pas été allumée, mais le public fut invité en fin de spectacle à se regrouper dans un autre salon. A l'instar des veillées contées traditionnelles bretonnes, au craquement d'un feu de cheminée, nous fûmes conviés à échanger autour d'un verre.

C'est au hasard de cette discussion, avec un verre d'un savoureux Muscadet voisin (le Château de Goulaine est à l'entrée des vignes, venant de Nantes), que nous avons rencontré la belle Anaïs A., surnommée La Môme. Elle se produira prochainement dans ce château de Goulaine. Elle aura alors trouvé son nom de scène. Cette chanteuse jazz folk en surprendra plus d'un. Nous ne manquerons pas de suivre ses premiers grands pas d'artiste.

A partir de dimanche 19 octobre (2), les chaussons seront exposés dans une des grandes salles de l'étage. Sous le regard d'ancêtres de la famille, le public pourra voir ces chaussons, ainsi qu'une exposition sur Anne de Bretagne, dont des photographies magnifiques de l'opéra-rock, les principaux costumes (ceux de Anne, François 2, Charles VIII, Louis XII, Michel-Ange), et l'original de la Bande dessinée d'Étienne Gasche, Dominique Robet et Jean-Marie-Michaud. Notons d'ailleurs que Étienne Gasche animera une conférence sur la duchesse Anne à la mairie de La Montagne (44) dans le cadre de Celtomania (voir le site)

Tombés en amitiés

Cette discussion nous a aussi permis de comprendre l'amitié qui unit Alan Simon et Christophe de Goulaine. Comme toute belle histoire, elle commence par un coup du hasard. Une petite tempête, des arbres qui menacent tomber, un marquis qui tronçonne, un artiste qui se promène au même endroit à la même heure. Natif de Haute-Goulaine, Alan revient souvent sur sa terre natale. Une discussion, sur Tristan et Yseult, son dernier bébé (voir notre article) puis sur Anne de Bretagne, des projets, et voici montée cette soirée contée.

Goulaine : un château de la Loire... breton

Le marquis de Goulaine s'enorgueillit du classement du château familial en château de la Loire. Mais, aime-t-il rappeler, ce n'est pas un château de la Loire comme les autres. Le château est certes Renaissance, et affiche une continuité dans l'architecture avec les autres châteaux que l'on trouve sur les bords de Loire plus en amont, mais « c'est un château de la Loire breton ». Il s'y dégage quelque chose en plus, une atmosphère, sûrement due à l'attachement millénaire de sa famille à la Bretagne. Les animations artistiques qu'il y propose en sont le reflet. Ce n'est pas le lieu de musiques que de style Renaissance, mais toutes programmations, même contemporaine, dans une ambiance feutrée, y sont possibles. Pourquoi pas prochainement du slam, se délecte-t-il visiblement.

Un lien, un ciment

L'année 2014 a été riche en événements pour commémorer le 500e anniversaire la mort de la duchesse, si chère au coeur des Bretons. Voir le site du comité Anne de Bretagne 2014 : (voir le site)

Des grandes manifestations ici, des petites là, des milliers de personnes ici, des dizaines là. Des centaines de décibels ici, des voix quasi chuchotées là. Des messes ici, des spectacles là, des conférences ou expositions ailleurs. Telle est aussi la Bretagne, riche dans sa diversité, mais unie, avec un lien, un ciment : la duchesse Anne de Bretagne.

Notes

(1) Château de Goulaine : (voir le site) Christophe de Goulaine, est le gérant de ce bien qui est dans la famille depuis plus de 1000 ans. C'est dans ses cuisines que Madame Clémence Lefeuvre aurait créé la fameuse sauce au beurre blanc, fierté de la gastronomie nantaise.

Ce Château dispose aussi d'une étonnante volière aux papillons, et du musée des collections des usines LU.

(2) exposition programmée du 19 octobre au 2 novembre. La Veillée «si Anne m'était contée» sera reprogrammée le 1er novembre.

Voir aussi :
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