-- Economie --

Bretagne Prospective : l'océan reste peint en bleu uniforme sur l'ensemble de nos atlas

Nous avons la chance d'avoir en Bretagne au moins deux think tanks, celui de Locarn et Bretagne Prospective. Si, l'Institut de Locarn produit des conférences, Bretagne Prospective produit des textes. Le premier privilégie la communication orale, et le deuxième la communication écrite. Les deux groupes se complémentent en quelque sorte. À un moment où la société bretonne subit des mutations importantes, leur rôle de phares dans la tempête va-t-il s'affirmer aux dépens des politiques ? La question reste posée alors que d'autres groupes se créent utilisant les nouveaux moyens de communication comme les réseaux sociaux. Voir par exemple « Bretagne Urbaine, Bretagne Moderne » lancé cette semaine par Stéphane Péan... 

 

Explorateurs et prospecteurs

Récemment Bretagne Prospective a donc publié aux éditions Diawel «Explorateurs d'avenirs», une étude collective sur le futur économique breton abordant 4 thèmes : Mer, mobilité, foncier et tourisme. Cet ouvrage dense et cérébral demande attention et réflexion. Il est destiné aux acteurs de l'économie et à tous ceux qui sont concernés par ce qu'ils laisseront à leurs enfants ou qui pensent que même si une solution politique est souhaitable, il est urgent de ne pas attendre pour mettre en application des idées nouvelles ou des solutions originales à nos problèmes.

Paris et le pouvoir central ne peuvent pas être responsables de tout, même si la fiscalité française est la plus lourde au monde et plombe nos PME dans un marché mondialisé.

Bretagne Prospective s'est donc penché sur deux espaces le territoire (principalement le foncier) et ce que le think tank définit comme le meritoire, la zone maritime. Un mot judicieusement choisi car il parle et fait rêver comme algorado et or bleu...

Un meritoire qui double le territoire breton

Bretagne prospective parle d'un « océan d'ignorance » en décrivant le rapport des Bretons à la mer. Sans doute, c'est dur à accepter pour un peuple de marins et de grands voyageurs, pour des descendants de Jacques Cartier ou de Jean Coatanlem. A la longue litanie des marins pêcheurs disparus en mer au fil des siècles s'est ajoutée une série de catastrophes, de marées noires et de marées vertes, sans parler des tempêtes qui se suivent et se ressemblent dans le golfe de Gascogne, apportant  intempéries et les dégâts que l'on connaît. Les Bretons n'ont plus une très bonne image de la mer.

Bretagne prospective écrit : «l'océan reste peint en bleu uniforme sur l'ensemble de nos atlas». ABP avait déjà reproché à Mikael Bodloré l'absence sur son Atlas de la Bretagne de la carte du plateau continental et de ses ressources, voire au minimum de son extension sur le plateau continental. Si on a partout des tas de cartes détaillées des zones géographiques des coiffes bretonnes et autres biniouseries, rien n'a été fait pour prospecter (et la prospective n'est-elle pas aussi la prospection, l'action du prospecteur ?) et cartographier nos ressources marines. Où se trouve la carte délimitant les 200 milles marins de cet Armor qui s'étend sur la plateau continental et qui est aussi vaste que la Bretagne  terrestre ? Certes, il n'y a pas de pétrole mais en sommes-nous si sûrs ? seulement 13 forages ont été effectués entre 1975 et 1995 ! Où sont les cartes qui répertorient les 700 espèces d'algues du plateau sous-marin breton ? La nature des fonds ? Les minéraux qui s'y trouvent ? les ressources halieutiques ?  On reprochera aussi à Explorateurs d'avenirs de n'avoir présenté aucune carte -- ce qui aurait rendu sa lecture bien plus parlante. «Une image vaut un millier de mots» disent les Chinois. 

Le déclin de Rennes et la montée de Saint-Nazaire

L'âge d'or de Rennes et de sa manne issue de la taxe professionnelle  des industries automobiles est fini. Bretagne Prospective nous rappelle que le bassin rennais employait 27 000 salariés en 2006 et qu' à la fin de cette année 2014, il n'en restera plus que 10 000. De l'autre côté, la chance sourit à Saint-Nazaire. Saint-Nazaire échappe à la  désindustrialisation générale avec un carnet de commandes saturé et une nouvelle commande aujourd'hui pour un paquebot  représentant 10 millions d'heures de travail pour les 2 000 salariés et les 4 000 sous-traitants travaillant pour les chantiers de l'Atlantique, propriété du groupe coréen STX. Ceci s'ajoute à un ferry au gaz naturel commandé par la Brittany Ferries et aux deux paquebots par l'armateur italien MSC. A ajouter aux plate-formes de forage pour l'Angola, les vaisseaux de commandement pour les Russes et aux super-structures pour les éoliennes offshores... La construction de quatre autres ferries pour la SNCM est en attente de confirmation. Saint-Nazaire est en train de devenir le nouveau pôle industriel de la Bretagne et Bretagne Prospective semble n'avoir pas vu cette mutation qui, il est vrai, fut rapide et inattendue en ce qui concerne les constructions navales. Les retombées économiques sur Nantes et même Lorient où STX est aussi installé seront positives et même tout à fait inespérées--prouvant encore une fois la capacité de cette Bretagne à rebondir.

Une position stratégique capitale

La Bretagne, pays excentré ? Les deux plus grands trafics mondiaux, celui des marchandises et celui des données passent non loin de nos côtes ! Il s'agit du rail d'Ouessant qui voit passer un cinquième du trafic mondial maritime en direction des ports du nord de l'Europe. Et des câbles internet inter continentaux reliant l'Europe à l'Amérique et à l'Afrique (atterrissant à Lannion, Plérin et Penmarc'h). Des révélations de Wikileaks rapportées par Bretagne Prospective affirment que les Américains ont classé ces atterrissages de fibre optique en Europe comme deux des trois points les plus stratégiques en France... On suppose que le premier est la base navale de l'île Longue. 

On notera la saveur aigre ou amère (devrions-nous parler d'améritoire ?) de cette phrase de Bretagne Prospective : «La Bretagne est semblable à un convive voyant passer les plats sans pouvoir les savourer». Seulement 38 techniciens dans la station de Penmarc'h pour la maintenance des câbles de fibre optique et les seules escales à Brest de l'armada qui passe au large sont des escales forcées de cargos ayant mazouté en mer d'Iroise.

15 milliards d'euros partis en fumée et en carbone chaque année en Bretagne

Les chiffres sont là pour plaider pour le télétravail. Un Breton parcourt 10 000 kms chaque année pour se rendre au travail. Cela « représente près de 15 milliards d'euros annuels pour la Bretagne et de 10 à 15% du temps de travail » nous dévoile Bretagne Prospective. Pour la France ce chiffre s'élèverait à 300 milliards !

Un tourisme « durable » qui ne dure que deux mois de l'année

Le livre aborde les problèmes complexes du foncier en regard des terres agricoles et du tourisme. Un vaste sujet justement lié au méritoire, car, c'est la mer qui attire. Si le nombre de visiteurs diminuait depuis 5 ans en Bretagne, l'été 2013, avec une belle saison a été un tournant avec une augmentation de 2%. Continuera-t-il ?

Bretagne Prospective déplore le manque de coordination entre les villes, les départements, la région et même les communautés de communes et en cela rejoint la critique du mille-feuille administratif français. Chacun fait sa promotion comme sur la place du marché. Bretagne Prospective propose plus de cohésion et de coordination entre le public et le privé, entre la restauration, l'hébergement et les activités de loisirs. Pour le tourisme durable, dommage que Bretagne Prospective n'ait pas regardé de l'autre côté de la Manche car les Cornouailles ont créé le COAST pour «Cornwall Sustainable Tourism Project» (CoaST).Le  tourisme  durable  passe  d'abord par des  échanges  entre visiteurs et locaux. Le  visiteur  doit  être  informé de son nouvel  environnement  naturel comme social.

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philippe argouarch est un reporter multi-média abp pour la cornouaille. il a lancé abp en octobre 2003. auparavant il a été le webmaster de l'international herald tribune à paris et avant ça, un des trois webmasters de la wells fargo bank à san francisco. il a aussi travaillé dans des start-up et dans un laboratoire de recherche de l'université de stanford. (voir le site) et (voir le site)

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