Breizh An Ankou, le nouvel album de Jean-Charles Guichen

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Chronique de Culture et Celtie
Porte-parole: Gérard Simon

Publié le 22/11/17 9:47 -- mis à jour le 00/00/00 00:00
Jean-Charles GUICHEN - "Breizh An Ankou" : Gavotten al levenez (Gavotte) - Extrait de 00:56. CD Breizh An Ankou de JC GUICHEN - Coop

Voici, produit par « Breizh à Cordes » et récemment distribué par « Coop Breizh », un album… généreux !

43626_1.jpgJaquette du CD Breizh An Ankou de Jean-Charles GUICHEN - Coop Breizh

Généreux par sa durée : pas moins de 78 minutes pour un fervent hommage rendu à la Bretagne et passionnément porté par 16 titres, dont, pour notre plus grand plaisir, dix d’entre eux dépassent les 5 minutes d’écoute, privilégiant, ainsi, les fins, larges et libres développements musicaux, aux habituels dictats imposés par les formats standards convenus, étriqués et médiatiques qui, souvent castrent la création d’un artiste.

Généreux dans son intention, celle d’honorer des grands parents, paysans et chanteurs, certes, non-professionnels, mais ardents animateurs des festoù-noz d’antan.

« Je dédie cet album à mes ancêtres », conclut, en ce sens, l’artiste, à la dernière page du livret contenu dans la jaquette.

Généreux dans son concept artistique, puisque, bien qu’album, dit solo, ce dernier est amplement partagé avec d’excellents musiciens et des voix de grand talent et de renom.

Généreux dans sa présentation, du fait qu’au sein d’une séduisante jaquette dont la première de couverture reproduit une très belle toile d’un paysage maritime d’Armorique, un livret interne nous présente une magnifique galerie de 12 reproductions d’acryliques contemporaines, figuratives ou à la limite de l’abstraction, réalisées par l’artiste au format initial 100 x 80, collection picturale ponctuée par de jolies photos de l’artiste, saisies par l’objectif et l’œil de Loeiz Guichen.

GUICHEN… GUICHEN… ah, oui ! mais nous y sommes : Si Loeiz signe, ici, les clichés qui illustrent le livret, nous avons, tous, en tête, ce célèbre patronyme bien connu dans la musique bretonne et associé aux prénoms de deux frères, Frédéric et Jean-Charles !

Suite à cette présentation musicale et visuelle, il est temps de vous révéler le titre et le nom de l’artiste pluriel qui donne motif à notre chronique.

Voici, donc, le nouvel album solo, « Breizh An Ankou », de Jean-Charles Guichen. Il s’agit de son 4ème album après un premier album solo, éponyme, sorti en 1998, un second, « Elipsenn »… paru quatorze ans plus tard, et « Chadenn Denel », publié en 2015 et figurant dans nos CD « A RETENIR » (voir le site) .

Si, comme pour les enregistrements pré-cités, la guitare acoustique de Jean-Charles reste, bien évidemment, au cœur du projet, ce dernier opus apparaît plus traditionnel, mais, néanmoins moderne, notamment grâce à une section rythmique percutante et pertinente qui s’exprime, littéralement, en couple. Un style moins rock qu’antérieurement avec très peu, mais avec quel brio de guitare électrique, n’intervenant, en gros plan, que sur le rond de Saint Vincent, « The Breton Roots ».

Pas de clavier, mais autour du sublime jeu de guitare de Jean-Charles Guichen, s’unissent des virtuosités de violon, flûtes, uilleann pipes, basse, batterie et des chœurs et du chant de très haute volée.

Jean-Charles Guichen sur scène - © Photo Eric Legret

Il est plus que grand temps de vous citer les excellents

« protagonistes » de ce très profond, esthétique, pluriel album, ce terme convenant, puisque chacun joue un rôle primordial dans la pleine réussite artistique du disque, se révélant varié mais homogène.

Les musiciens :

- Jean-Charles GUICHEN : Guitares,

- Claire MOCQUARD : Violon, chœurs,

- Olivier CAROLE : Basse,

- Mickaël BOURDOIS : Batterie,

- Sylvain BAROU : Flûte et Uilleann Pipe,

- Les Sonneurs du Bagad « Sonerien Bro Dreger », sous la direction de son Penn Soner, Eric BEAUMIN.

Et comme invités, excusez du peu !

DENEZ : chant, sur « An Dourdu »,

DAN ar BRAZ : Guitare électrique, sur « The Breton Roots ».

16 plages, 15 compositions de Jean-Charles Guichen, trois d’entre-elles étant adossées à des traditionnels et un arrangement de traditionnel signé du guitariste, attendent votre attentive écoute qui va être enjôlée, dès la première… plage, c’est le cas de le dire, puisqu’en ouverture, l’on entend le doux ressac de la mer.

Même cette mise en son est réalisée par Jean-Charles qui l’a captée, à quelques encablures de Saint-Quay-Perros, où il vit et pratique son instrument fétiche, la guitare acoustique, 3 à 4 heures par jour.

Vous le constaterez, la danse domine ce programme, autrement composé de Gwerzoù se trouvant, elles mêmes, parfois couplées à des compositions dansantes.

Pour cet album, intégralement griffé Jean-Charles Guichen, notre virtuose et créatif guitariste confie : « Je pense qu’avec « Breizh An Ankou », je signe mon meilleur album parmi les 15 albums que j’ai enregistrés ».

Il faut dire que l’artiste atteint les sommets de son art après tant d’expériences diverses vécues au travers de séances et/ou de tournées avec, pour exemple, « Celtic Procession » avec Jacques PELLEN (1999), « Back to Breizh » d’Alan STIVELL (2000), Trio PSG, l’album « Mémoire vive » du GUICHEN Quartet, Trio GUICHEN-BAROU-PASQUET en 2002, les albums « Frères » et « Dreams of Brittany » des frères GUICHEN, en 2005 et 2008, RED CARELL, en 2009, sans oublier le lancement du « Solo de l’Ankou » en 2010 et… l’album de GWENNYN.

C’est en 2012, que le « Breizh guitar hero » a décidé de reprendre une carrière solo en enregistrant « Chadenn Denel », excellent album qui l’a, d’ailleurs, propulsé sur les scènes internationales. Nous avions, à l’époque, bien conscience de sa consistance, pour vous l’avoir suggéré à destination de votre discothèque.

« Breizh An Ankou » est la parfaite illustration de ce que Jean-Charles GUICHEN aime, particulièrement, pratiquer : Faire danser, arranger et composer dans un style bien personnel, tout en se nourrissant des très nombreuses et riches expériences qu’il a pu vivre depuis le début de l’étude de la guitare, en passant par AR RE YAOUANK !

A l’écoute de « Breizh An Ankou », il nous paraît percevoir l’idée d’une synthèse conceptuelle des deux approches artistiques précédentes, entre ample orchestration pour concert de « Elipsenn » et acoustique dansant de « Chadenn Denel ».

Les larges et symphoniques interventions du Bagad SONERIEN BRO DREGER de Perros-Guirec, confrontées à l’énergique transe acoustique et dansante de la guitare semblent, dans une parfaite symbiose musicale, corroborer notre propos.

Cet album exceptionnel et intemporel, très pictural, nous semble, indiscutablement, conçu pour la scène, lieu de plein rayonnement pour un artiste de cette trempe qui sait ce que veut dire d’être sur les planches, face à un public écoutant ou dansant.

Cet enregistrement, réalisé et mixé au Studio « Le Chausson » (voir le site) , en juin 2017, à Plestin les Grêves (22), sonne, déjà, comme très « live », avec, toutefois, la finesse sonore d’un studio qui répond aux exigences artistiques de grands noms, comme RED CARDELL, SOLDAT LOUIS, pour ne citer que ces emblèmes de la musique bretonne, sans oublier l’immense DENEZ PRIGENT, dit DENEZ !

Puisque nous évoquons DENEZ, sachez que ce très grand artiste interprète, magistralement, la seule chanson de l’album, sur le laridé « An Dourdu » (eau noire). Le texte figure en 5ème page du livret, en breton et en français. Une histoire sur l’honneur perdu d’une jeune fille, sur la rive d’un ruisseau coulant dans les Côtes d’Armor, suite à la rencontre avec des marins anglais...

Exceptionnel moment musical et vocal introduit par les spires envoûtantes et vaporeuses de l’extraordinaire chant de l’incomparable Denez, enlacé par la mélancolique et limpide guitare de Jean-Charles Guichen. Cette première phase « gwerz » apparaît, vraiment « légendaire ».

Puis, sur l’impulsion de la guitare, le rythme change, pour retrouver celui de cette ronde bretonne originaire du pays vannetais.

Le véloce chant de Denez, à présent, soutenu par la basse d’Olivier Carole et la batterie de Mickaël Bourdois, vont chercher la flûte de Sylvain Barou pour magnifier la transe. Rupture de cadence, certes, mais fantastique fusion, lorsque la prime ligne vocale de Denez, revient, « en pont », sur la même base rythmique.

Et que dire de la sublime voix de Claire Mocquard, violoniste, mais aussi excellente chanteuse de jazz qui magnifie la dernière partie de cette superbe pièce.

Chaque morceau mériterait, au moins, quelques mots de notre part.

Mais la magnificence musicale du Bagad « Sonerien Bro Dreger », qui « symphonise » gwerzoù et danses, le jeu électrique bien personnel de DAN ar BRAZ qui ressort ses riffs rock, retrouvant, ainsi, le son des albums et des scènes partagés aux côtés d’Alan Stivell, dans les années 70, le violon, tour à tour valsant, enjôleur, virevoltant, chantant de Claire Mocquard ne toléraient pas nos mots, aussi sincères et intenses soient-ils qui s’avéraient bien en deçà de l’émotion qu’ils véhiculent.

Comme le dit Stivell, il en a, d'ailleurs, fait le titre de son album instrumental paru en 2002, la musique est, souvent, « Au-delà des mots » !

Mais, amoureux de la guitare, nous ne pouvons, toutefois, ne pas évoquer, en plage 12, le solo « E Kemper », cristalline palette de sons superbement colorés que l’artiste projette en esquisse, puis en traits plus soutenus sur la toile musicale de cette pièce inspirée par sa ville de naissance. Nous avons l’impression de le voir peindre, dans le point de fuite de la rue Kéréon, la majestueuse et célèbre Cathédrale Saint Corentin, conformément à son œuvre picturale, figurant dans le livret.

De grâce, quelques mots, encore, pour les très judicieuses, agiles interventions à la flûte et à l’Uillean Pipe de Sylvain Barou qui crée, tour à tour, au fil des morceaux qu’il « traverse », des couleurs d’Irlande, d’Armor, d’Argoat, voire orientales.

Ce disque est, vraiment, une très grande réussite et va séduire, aussi bien les adeptes et passionnés, de Bretagne, de danse, que les amoureux des bagadoù, des voix, bien évidemment… de la guitare, de toutes façons les mélomanes qui aiment la mélodie, l’orchestration et la large mise en place de l’espace de création.

Ne seront pas déçu, non plus, ceux qui, comme-nous, dans le contexte actuel de l’immatériel et du téléchargement, souvent, unitaire, conservent le culte de l’album et le plaisir de l’objet. Faut-il, comme ici, qu’il y ait un véritable contenu et de vrais talents pour nous l’offrir et le faire partager ?

C’est un très beau voyage musical où les morceaux semblent composés comme des tableaux avec un authentique désir d’associer esthétique musicale et esthétique picturale.

Peindre et dépeindre une terre, une mer de Bretagne, avec des couleurs et des notes…

Ce n’est pas, par hasard que le peintre Jean-Charles Guichen se soit retiré pendant deux mois pour peindre les titres du compositeur Guichen… Jean-Charles !

« J’aime mélanger la musique avec l’art de la peinture », précise ce « double » et fort talentueux artiste.

Continuez, Monsieur Guichen à ravir notre œil et nos oreilles.

Amis, lecteurs, si ce n’est, encore fait, procurez-vous au plus vite ce disque, c’est un tableau de maître à inclure, absolument, dans la galerie celtique de votre discothèque.

Gérard SIMON

Illustration sonore de la page : Jean-Charles Guichen- «Breizh An Ankou» :

Gavotten al levenez (Gavotte) - Extrait de 00:56.

D'autres extraits sonores sur Culture et celtie, l'eMAGazine (voir le site)

Les titres du CD «Breizh An Ankou» de Jean-Charles GUICHEN :

01 - Ar mor o kanañ (Gwerz et gavotte) - 06:32.

02 - Breizh Nevez (Cercle) - 05:56.

03 - Arvorik Yaouank (Valse) - 05:43.

04 - An Dourdu (Laridé) - 6:20.

05 - Breizh an Ankou (Gwerz) - 06:08.

06 - Bro Dreger (Rond de Saint Vincent) - 04:51.

07 - Kreiz Breizh (Gavotte) - 03:45.

08 - Buzhug (Bal, gavotte) - 01:04.

09 - Gavotenn al levenez (Gavotte) - 05:07.

10 - Skouarnel (An dro) - 06:00.

11 - The breton roots (Rond de Saint Vincent) - 05:42.

12 - E Kemper (Solo) - 05:17.

13 - Rn 12 Gwerz et gavotte) - 05:13.

14 - Roazhon noz (Gwerz et gavotte) 04:33.

15 - Aerouant ruz (Bal plinn) - 01:52.

16 - Argoad (Pplinn) - 04:28.

Total : 78 minutes

CD «Breizh An Ankou»- Jean-Charles GUICHEN

Parution : 20 octobre 2017.

Distirbué par COOP BREIZH - (voir le site)

Réf : 4016187

Le site Internet de Jean-Charles Guichen (voir le site)

© Culture et Celtie

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