-- Environnement --

Avenir Radieux : un polar breton autour du nucléaire

L'industrie nucléaire représente en France des intérêts et des investissements financiers et politiques tellement considérables que personne ne s'étonne plus qu'il y ait un certain nombre de cadavres dans les placards. Chutes «accidentelles» du 6e étage ou accidents de la route vite classés.

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En 1974, la militante anti-nucléaire américaine Karen Silkwood aurait été assassinée. L’assassinat fut camouflé en un accident de la route. Un livre étonnant et même un film sortirent en 1983 sur cette affaire avec le titre «Silkwood» (Le Mystère Silkwood). En Bretagne il y a au moins un cas suspect. Pourquoi le capitaine de frégate François Picard, pharmacien principal de la marine de Brest et responsable du monitoring du niveau des radiations autour des installations nucléaires, a-t-il été assassiné et pourquoi l'enquête n'a mené nulle part ? (voir notre article)

«Avenir Radieux» de Louarnig Gwaskell est dans la même veine. Le polar se déroule dans les mêmes eaux troubles. Plus particulièrement autour des marais du Yeun Elez, dans les Monts d'Arrée, pas loin de la centrale de Brennilis. Tout commence aussi par un accident de la route. Une voiture sort de la départementale par une nuit sans lune près de Brasparts dans les montagnes et dévale dans le ravin. On retrouvera le conducteur calciné. Sauf qu'il y a des marques de freinage sur la route et le parechoc est abimé comme si on avait buté la voiture hors course.

Le héros du roman est un journaliste d'un petit canard local, Gwendal Brañig. Naïf mais curieux et même courageux, notre reporter finira pas se faire remettre en place après que deux polices nationales l'aient traqué sans merci. Car, comme beaucoup le savent, en France il y a deux polices secrètes, la DGSE-DCRI et l'autre, la police des basses besognes, issue des SACS de Pasqua. Une sorte d'escadron de la mort mais en plus propre et capable de tout, même d'assassiner des ministres.

Des forces et des moyens hi-tech impressionnants vont être mis en oeuvre pour empêcher le journaliste de parler et surtout de publier certains documents. Si tout le monde a le droit de dire ou d’écrire ce qu'il veut, on ne vous prend pas au sérieux tant que vous n'avez pas les documents.

La tirade du flic, qui sert de morale à l'histoire dans les dernières pages, est révélatrice : «C'est ainsi... la défense de la nation... Vous avez voulu combattre les intérêts du pays, vous vous y êtes cassé les dents, c'est normal monsieur Brañig... Croyez-vous que l'on puisse combattre la force d'une nation, sa puissance politique, policière, militaire, industrielle, économique sans une structure révolutionnaire forte, armée et financée ?... Pensez-vous donc que quelques bataillons d'idéalistes naïfs animés de rêves altruistes et pétris d'espérances philosophiques en la bonté de l'être humain puissent vraiment mettre une seconde en danger cette machine parfaitement rodée qui pourra toujours, à mesure de ses besoins, augmenter ses pouvoirs, loi par loi, et mobiliser ses forces armées ? Les petits groupes comme ceux-là sont faciles à surveiller et noyauter, c'est la routine. Quand cela dérape vers la violence, au besoin on pousse un peu la roue, cela permet de voter quelques lois supplémentaires pour augmenter les pouvoirs de police et réduire ce que vous appelez la liberté individuelle. Battez-vous légalement, nous vous écraserons, prenez les armes, nous vous écraserons aussi...»


Bon, on a compris le message qui résume sans doute la pensée de certains responsables à la tête de ces services «spéciaux», mais le monde change quand même. L'Allemagne est en train de sortir du nucléaire et aucune centrale nucléaire n'a été construite aux USA depuis 45 ans. L'Écosse se dirige vers un 100 % énergies renouvelables.

Des armes nouvelles sont apparues que le roman ignore, en particulier les techniques de communications via les réseaux sociaux. On en n'est plus aux réseaux de résistances et aux boîtes aux lettres avec messages codés de la seconde guerre mondiale, ni même au téléphone que notre journaliste détective en herbe a quand même la sagesse de ne pas utiliser. Mais Gwendal Brañig ne semble pas savoir qu'il peut communiquer avec 100 % de sécurité via des comptes facebook ou twitter pseudonymes. Les Égyptiens et Tunisiens du printemps arabe, eux le savaient. Si Bachar al-Assad a interdit facebook et twitter et même google en Syrie, c'est qu'il y a des raisons très précises. Sa police ne pouvait pas identifier les auteurs des messages et donc désamorcer la logistique d'une rébellion.

«Avenir Radieux» est un bon roman politico-policier. Son auteur, Louarnig Gwaskell, a été entre autres : photographe, bouquiniste, restaurateur de peintures, brocanteur et gestionnaire de sites naturels avant de devenir romancier. Il a publié Le Petit Doigt du Grand Architecte et Dope au Paddock, Mauvaises Graines (prix 2010 du livre insulaire policier, Ouessant).


Avenir Radieux est sorti le 1er mars aux éditions Coop Breizh.

Philippe Argouarch

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Philippe Argouarch est un reporter multi-média ABP pour la Cornouaille. Il a lancé ABP en octobre 2003. Auparavant il a été le webmaster de l'International Herald Tribune à Paris et avant ça, un des trois webmasters de la Wells Fargo Bank à San Francisco. Il a aussi travaillé dans des start-up et dans un laboratoire de recherche de l'université de Stanford. Voir le site et Voir le site

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