-- Littérature --

Avec Poste restante à Locmaria, cap sur le bonheur à Groix, avec Lorraine Fouchet

couverture de Poste restante à Locmaria - 2018 - éd. Héloise d'Ormesson
Avec Poste restante à Locmaria, cap sur le bonheur à Groix, avec Lorraine Fouchet
Lorraine Fouchet
Avec Poste restante à Locmaria, cap sur le bonheur à Groix, avec Lorraine Fouchet
Lorraine Fouchet

Avec Poste Restante à Locmaria, 3e volet de son triptyque groisillon, nous sommes dans le bonheur et l'émotion. Ce roman ravira ceux qui ont aimé leur papa ou ceux à qui il a manqué, ceux qui l'ont cherché, ceux qui l'ont trouvé ou se sont trouvés. Ce roman est à la fois apaisant et haletant, débordant d'amour filial et paternel, au sein de Groix, ses habitants, ses commerces, l'océan, son «courrier», sa boîte aux lettres centrale...

Chacun cherche son papa

Lorraine Fouchet (voir le site) a toujours l'heur de nous bouleverser à la lecture de chacun de ses romans. Nous savions l'amour empreint d'admiration qu'elle porte pour son père, Christian Fouchet mort il y a un peu plus de 40 ans, et pour le couple qu'il formait avec sa maman, décédée récemment.

Ici, Lorraine Fouchet nous partage sa vision de l'amour entre père et enfants. Ses héros peuvent être des papas heureux, dans une de famille accomplie, malgré les difficultés. Je pense ici à Dider, son épouse Rozenn, et leurs filles Urielle et Oanelle. Cette dernière ne s'exprime qu'en chantant suite à un accident. Mais je pense aussi à ces papas qui n'ont plus leurs fils, ou à ces enfants qui sans père, à la recherche d'eux-mêmes, Chiara au premier chef, italienne, héroïne à la recherche de son père supposé, marin à Groix. Et c'est au milieu de île qu'elle s'en va à sa recherche.

Nous sommes ceux que nous aimons, et ceux qui nous manquent dira Chiara.

Un roman tendre, à Groix, au milieu de l'Océan

«Qui voit Groix voir sa joie» dit le dicton groisillon. Lorraine Fouchet ne manque pas de le rappeler, tout comme cette chanson de Yann-Bêr_Kalloc'h : Me zo ganet e kreizh ar mor. Le roman, qui se passe pour partie en Italie, terre natale de Chiara, fait la part belle à Groix, ses commerces, ses habitants, dans leur maison, au pub. Des personnages inattendus prennent vie sous la plume de Lorraine : les boîtes aux lettres devant chacune des maisons, la boîte aux lettres centrales. On nage dans le bonheur, l'irréel, tant la tendresse est omni-présente. Pégase, le vélo de la postière, est aussi un personnage que l'on n'oublie pas.

Reggiani, Barbara, les Renavis...

Dans ses deux premiers romans groisillons (voir notes de bas de page), Lorraine Fouchet mettait en avant la famille, et le risque de la solitude pour les personnes âgés. Ici donc, elle se concentre sur l'amour père-enfant, sujet qu'elle doit considérer comme éminemment important. En effet, tout tendre que soit Poste restante à Locmaria, on retrouve pas l'humour, qui pouvait être désopilant, des derniers romans. Juste quelques rares bons mots – elle ne peut s'en passer : - « Tu ressembles à ton père - Comment le sais-tu ? - Tu ne ressembles pas à ta mère » –. Elle se concentre ici sur son sujet, avec toujours cette légèreté apparente, sa tendresse débordante : «On a envie d'aimer celui-là, et de le repeigner aussi ». Nous retrouvons en fin d'ouvrage, fidèle à son habitude, la liste des chansons dont elle fait référence, dont toujours Reggiani avec – evel justL'italien, Barbara Pierre, Pierre Tonnerre – evel justJe t'aimerai, et les talentueux Renavis avec La complainte de la Bernique (voir le site) . On trouve aussi la traditionnelle recette, ici le Cake au romarin, de Brigitte le Lomener. Seule manque la recette du Spritz, cocktail italien. Nous réparons ici l'oubli : (voir le site) .

La recherche de la Pureté

Nous rencontrons aussi deux personnages parmi les plus ignobles qu'il m'ait été donné de lire. Dont Patty. On sent une rencontre vécue, chez Lorraine Fouchet, tant la description de cette dernière, cinglante, nous irrite. Elle est le mal, car elle n'aime pas. Mais grâce à elles, les autres n'en sont que plus purs. Car oui, là aussi est le secret de la réussite du succès de Lorraine Fouchet. La recherche de la Pureté. Ses personnages, qu'il s'agisse de ceux des deux premiers romans cités ou de celui-ci, sont tous à la recherche de la Pureté, de la Beauté. Ils dégagent, d'eux une telle aura. Ce sont des gens qui transpire l'Amour, que l'on a envie de rencontrer, que l'on a envie d'aimer.

Moi, Lorraine F, fille de... (interview exclusive de Lorraine Fouchet)

[ABP] : Lorraine Fouchet, au-delà d'un hymne à la famille, que l'on avait rencontré dans Entre Ciel et Lou, Poste Restante à Locmaria est un hymne à tous les papas. A l'amour indicible qui les lie à leurs enfants. Pouvez-vous nous parler de l'amour qui vous lia au vôtre ?

[Lorraine Fouchet] : Mon père m'a eue tard, à 45 ans. C'était un résistant de la première heure, rallié à la France Libre le 17 juin 1949, la veille de l'appel du général de Gaulle dont il a été proche toute sa vie. Il avait été pilote, ami de Saint-Exupéry, et correspondant de guerre... [il fut] quatre fois ministre, notamment ministre de l'Intérieur en mai 68, où le plus important pour lui était qu'il n'y ait pas de morts parmi les étudiants.

Mais pour moi, c'était juste mon père, un type de 1m96, fier et tendre, solide comme un roc, qui est tombé comme un arbre, l'été de mes 17 ans, un mois après mon bac. 

Il aimait la Bretagne, mes parents étaient en train de faire construire une maison au coeur d'une forêt entre Belz et Erdeven, dans le Morbihan.

Il disait «  la vie est trop courte pour être petite ». Ne pas être petit ne signifiait pas pour lui être ministre, mais être droit dans ses bottes, être un type bien. Les Bretons que je connais sont de cette trempe.

[ABP] : Tous vos héros sont des papas, Dider, Perig, où des enfants à la recherche du leur, ou du moins en manque. C'est quoi, pour vous un père ?

[LF] : Un homme qui vous aime, qui vous transmet la force de la Liberté. Devenir ce que l'on est, se battre pour réaliser nos propres rêves, être, vibrer. Un homme qui vous donne la vie, qui vous donne une vie dont vous avez le choix de faire ce que vous voudrez.

[ABP] : A trois reprises, vos personnages se posent la question «à quoi ça sert, un père». Pourriez-vous ici y répondre en quelques mots ?

[LF] : Un père permet à un enfant de déployer ses ailes comme les jeunes goélands qui s'élancent des falaises de l'île de Groix au printemps. C'est ce que Chiara, l'héroïne du roman, cherche et découvre. La question n'est pas «  qui est mon père ? » mais « qui suis-je ? qui vais-je décider de devenir ?  »

L'absence de mon père, dont j'avais ressenti l'amour, m'a donné une force formidable. C'est aussi une fêlure abyssale.

[ABP] : Il y a une catégorie de personnages très vivants dans votre roman. Les boîtes aux lettres. On se croit dans Alice au Pays des Merveilles. Quelles sont vos relations avec les boîtes aux lettres ?

[LF] : Groix est une île, séparée de la « grande terre » par l'océan et la passe des Courreaux, reliée aux humains d'ailleurs par le bateau, que les anciens appelaient le vapeur, mais aussi maintenant par le téléphone, les mails, les SMS... et le courrier. J'ai suivi, hors saison, une amie factrice pour découvrir la tournée de la factrice de Locmaria, c'était épuisant, même avec un vélo électrique, mais galvanisant aussi. J'ai compris à quel point les facteurs relient les gens, c'est un métier de service, une vocation, comme quand j'étais médecin « roulant »  à SOS Médecins et que j'allais soigner les patients chez eux

La boîte centrale : la reine des abeilles

Les petites boîtes aux lettres, plantées ou adossées à une maison, dans presque chaque village, parlent d'amour, de nouvelles, de mystères. Et la grande boîte jaune devant la poste, au bourg, est la reine des abeilles, arrogante, imposante, essentielle. Ce que je raconte est vrai, les bonbons qu'un Groisillon place dans sa boîte aux lettres personnelle pour la factrice, le chien que ses propriétaires envoient en bas de leur jardin chercher le courrier dans sa gueule. 

Les Bretons ont le panache

Alice au pays des merveilles, j'aime bien votre référence. Je ne suis pas naïve, cette île Bretonne n'est pas un paradis, la vie y a été difficile, elle est encore ardue, mais elle est aussi magnifique, unique, intense. Les îliens n'ont pas besoin de déguster un gâteau «  mange-moi » pour grandir ou rapetisser comme Alice. Ils ont juste à embarquer puis débarquer sur ce caillou de 8 km sur 4. Les Bretons n'ont pas besoin de déguster un petit-beurre ou du far ou des galettes. Ils sont nés sur cette terre, ils sont de l'intérieur ou du bord de l'eau, ils ont cette chance, cette force, ce panache. On est Breton ou on ne l'est pas. Je ne le suis pas, mais j'aime ce pays Breton, je le respecte, et j'y ai situé mes romans les plus récents. [ndlr : Vous n'êtes peut-être pas native de Bretagne, mais être breton est un état d'esprit. Vous l'avez, Lorraine Fouchet].

Les boîtes aux lettres transmettent, ce sont des passeurs d'émotion. Dans la forêt de Paimpont, au dessus du porche de l'église de Tréhorenteuc, il y a écrit «  la porte est en dedans ». On peut l'interpréter de mille façons. Les boîtes aux lettres sont des portes, à leur façon.

[ABP] : vous rappelez, Lorraine Fouchet, que les boîtes aux lettres jaunes que l'on trouve en France sont fabriquées à Nantes, en Bretagne. Pour vous, la Bretagne, c'est bien cinq départements, dont la Loire-Atlantique ?

[LF] : Évidemment, sans aucun doute, oui. La Bretagne pour moi s'étend sur cinq départements. C'est une évidence historique.

les rats gluants qui ont volé le Reliquaire

[ABP] : Pour conclure, Lorraine Fouchet, auriez-vous un mot à dire à tous les Bretons qui sont choqués, voire plus, par le vol odieux du Reliquaire du cœur de la duchesse Anne de Bretagne ; elle avait voulu que celui-ci fût séparé de son corps, et vînt à Nantes, près du tombeau de ses parents ? Il était au musée Dobrée, à Nantes. [ndlr : la question a été posée avant que ne soit retrouvé le Reliquaire]

[LF] : Ils ou elles, ont volé son coeur, pourtant celui de la Bretagne bat encore. Le symbole est puissant, la perte est énorme, le choc est rude, la colère et la tristesse palpitent, mais la Bretagne se relève toujours, elle ne met jamais le genou à terre. J'espère que les rats gluants qui ont commis ce vol vont comprendre et le restituer. Ou qu'on va les trouver, les punir, le récupérer. Ce coeur a battu, il a été conservé toutes ces années en ce lieu mythique. Ce qu'il représente ne peut pas être dérobé. L'histoire n'est pas terminée.

L'auteur

«J'ai perdu mon père l'été de mes 17 ans, alors je suis devenue médecin d'urgence au SAMU et à SOS Médecins pour réanimer les papas des autres. J'écris maintenant des histoires où j'imagine des papas vivants».

la suite est coupée

Lorraine Fouchet est l'auteur d'un récit, J'ai rendez-vous avec toi publié en 2014, et de 17 romans, dont les deux premiers opus de sa trilogie groisillonne :Entre Ciel et Lou, 2016, prix Bretagne–priz Breizh et prix Système U et les Couleurs de la vie (2017). Elle vit entre les Yvelines et l'Île de Groix, mais, Gast !, c'est une vraie Bretonne.

Page 4 de couverture

Élevée dans le culte d'un père mort avant sa naissance, Chiara découvre, à l'âge de 25 ans, qu'elle est peut-être la fille d'un marin breton. Sous le choc de cette révélation, elle embarque pour l'île de Groix et fait la connaissance de Gabon, prête-plume d'écrivains célèbres, qui devient son compagnon de fortune. Mais ce séduisant jeune homme, arrivé comme elle de la «grande terre» est-il vraiment celui qu'il prétend être ? Et Chiara reviendra-t-elle indemne de son enquête insulaire ?

Lorraine Fouchet signe un roman breton où la tendresse ne reste pas poste restante, où le bateau du courrier est porteur de bien des surprises, où les boîtes aux lettres recèlent des secrets inattendus.

notes

Voir aussi

Avec les Couleurs de la Vie, Lorraine Fouchet, la plus Groisillonne des Parisiennes a encore frappé (voir notre article)

Entre ciel et Lou, j'ai du goût pour ce roman, Gast ! (voir notre article)

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